Entretien

«Dans le bâtiment, il faut moins démolir et mieux construire», estime Sylvie Simon-Elia (Kardham)

Dans un contexte de changement climatique, les architectes doivent adapter leurs manières de travailler. Sylvie Simon-Elia, directrice du pôle Ingénierie du cabinet de conseil en bâtiment et en immobilier Kardham (500 personnes, 100 millions d'euros de chiffre d’affaires), décrypte les enjeux de ce pivot nécessaire dans la profession.

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Sylvie Simon-Elia, Kardham
Les façades des bâtiments devront s'adapter au changement climatique, estime Sylvie Simon-Elia (Kardham).

L’Usine Nouvelle - De quelle manière intégrez-vous les enjeux liés au changement climatique dans votre activité ?

Sylvie Simon-Elia - Réconcilier la ville et le végétal fait partie de nos ambitions, même si la réglementation n’intègre pas encore le vivant. Nous essayons de convaincre nos maîtres d'ouvrage à moins construire en sous-sol : afin de garder de la pleine terre, pour faire pousser de vrais arbres et limiter l’apport de carbone mais aussi de créer des puits de carbone. Le végétal ne doit pas se limiter à la végétalisation d’une toiture ou d’une façade, mais cohabiter avec le bâti pour atténuer les îlots de chaleur. Mieux s’adapter, c’est aussi prendre en compte la réglementation locale, l’orientation de la parcelle, la nature des sols, la forme du bâtiment, la gestion des chantiers... Il faut moins démolir, ou tout du moins avoir une démolition sélective, et mieux construire.

La ventilation naturelle des bâtiments devra être favorisée

—  Sylvie Simon-Elia

Quelles sont les conséquences en matière de choix architecturaux ?

On ne peut plus concevoir quatre façades identiques ! La quantité de surfaces vitrées installée doit être un compromis entre les besoins d’éclairage et les déperditions et apports de chaleur. Les performances des vitrages doivent être adaptées en fonction des façades, par exemple en triple vitrage au nord et en double vitrage au sud. Les murs rideaux devront être limités pour gagner sur le poids carbone du bâtiment, car ce sont généralement des structures en métal et verre, mais aussi pour réduire les consommations énergétiques. La ventilation naturelle des bâtiments devra être favorisée pour limiter la mise en place de matériels de climatisation. De même, la reconversion des parkings, lorsque les mobilités douces seront installées, sera plus facile si, semi-enterrés, ils bénéficient de lumière naturelle.

Quel est l’impact en matière de matériaux ?

Pour un maître d’ouvrage, il est compliqué de choisir entre différents matériaux ou labels. Il faut trouver le bon équilibre entre l’adaptation au changement climatique et les enjeux économiques en mettant dans la balance les futures  économies d’énergie. Dans le choix des matériaux, on s’appuie sur les fiches de déclaration environnementale et sanitaire pour choisir les meilleurs matériaux à installer entre différents fabricants, et on travaille également sur les circuits courts. La mise en place d’une démarche d’économie circulaire et de réemploi sur les projets devra se systématiser.

Pour la construction neuve, quels sont les apports de la réglementation environnementale RE2020 ?

Grâce à la RE2020, la France se place à la pointe mondiale de la réglementation environnementale, et nous disposons d'outils pour faire la chasse au carbone et nous adapter au changement climatique, et notamment avec le confort d’été contre les températures extrêmes. Nous devons prendre en compte l’évolution des températures, ainsi la RE2020 utilise des nouveaux scénarios météo actualisés par rapport à la RT 2012 pour tenir compte des nouveaux phénomènes de températures extrêmes. Nous avons aussi la loi climat et résilience qui demande par exemple aux bâtiments de plus de 1 000m² d’installer des panneaux photovoltaïques ou une toiture végétalisée sur les nouveaux bâtiments de bureaux, de diviser par deux l'artificialisation des sols d’ici 2030 par rapport à la décennie précédente, ou encore la taxonomie européenne qui concerne les entreprises de plus de 500 salariés.

Qu’en est-il pour les bâtiments existants ?

Les réglementations sur l’existant n’ont pas été revues depuis 2017 et sont moins impactantes. Pourtant, la rénovation du parc existant reste un levier majeur de la transition énergétique. Le décret tertiaire ne concerne que l’énergie, mais nous sensibilisons nos maîtres d'ouvrage sur les intérêts d’une rénovation quant aux aspects carbone, recyclage, ou encore usages. Il faut moins consommer, et mieux consommer dans une perspective holistique et à long terme.

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