Du plomb au lithium... le recycleur de batteries Ecobat poursuit la vente de ses actifs européens

Alors que sa première installation américaine de recyclage de batteries au lithium est entrée en service en janvier 2025, le recycleur britannique Ecobat, connu comme un leader mondial du recyclage en boucle fermée du plomb, accélère la purge de ses actifs jugés non essentiels. Entrant dans le cadre d'un plan de transformation stratégique vers davantage d'industries durables, le groupe se débarrasse ainsi de ses activités italiennes autour du plomb, après avoir acté, en mai, la vente de ses actifs français de recyclage des batteries et de fabrication de produits en plomb.

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Ecobat batterie Europe

En Europe, le britannique Ecobat souhaite changer son fusil d'épaule. Spécialiste mondial du plomb – avec une production annuelle de près de 840 000 tonnes dont 80 % est issue du recyclage – Ecobat finalise, en juillet, la vente de ses activités italiennes de production d'alliages de plomb (à partir de matériaux recyclés) et de polypropylène (PP). L'acquéreur : la société de gestion des déchets lombarde Haiki+, près de 185 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024 pour plus de 600 salariés, qui aspire à devenir le premier opérateur intégré du plomb dans le pays, de la collecte au raffinage.

Une batterie plomb-acide, dont le recyclage est une part importante des activités de la branche italienne d'Ecobat, contient du plomb métallique (Pb) à l'anode, du dioxyde de plomb (PbO2) à la cathode, de l'acide sulfurique (H2SO4) comme électrolyte et du PP faisant office d'enveloppe. Après un broyage mécanique en vue de séparer les différents composants, une pâte noire (mélange d'oxydes et de sulfates de plomb) est obtenue. Cette pâte subira ensuite une réduction à haute température (environ 1000°C) en présence de carbone, afin d'obtenir de nouveau du plomb métallique. Le procédé affiche des taux de recyclabilité très élevés (supérieure à 95 %), mais reste très énergivore, émetteur de gaz toxiques, sans compter les impacts du composé chimique sur la santé humaine.

Départ définitif d'Italie

« Cette vente marque une nouvelle étape dans nos efforts stratégiques visant à optimiser l'empreinte géographique d'Ecobat. Nous continuons à rechercher de nouvelles opportunités pour maximiser la valeur pour les actionnaires au-delà de cette transaction », souligne Tom Slabe, p-dg du groupe britannique. La transaction, d'un montant de 22,9 millions d'euros, comprend les sites d'Ecobat situés à Marcianise, Paderno Dugnano et Bologne, qui acte par la même occasion la sortie définitive du britannique sur le sol italien.

En France, la même scène s'est produite en mai. Les activités tricolores de recyclage de batteries et de fabrication de plomb passeront surement dans le giron du recycleur belge Campine avant la fin du mois de juillet. La transaction comprendrait normalement les installations d'Ecobat à Estrée-Saint-Denis (Oise), Bazoches (Nièvre) et Pont-Sainte-Maxence (Oise). La transaction envisagée reste soumise au processus d'information et de consultation juridique auprès des instances représentatives du personnel concerné, ainsi qu'aux approbations réglementaires habituelles. Le chiffre d'affaires consolidé des sociétés françaises s'élève à environ 100 milllions d'euros en 2024. Les activités de collecte de batteries lithium-ion d'Ecobat ainsi que la distribution et la vente de batteries plomb-acide neuves en France ne font pas partie du deal. 

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En route vers le lithium

Selon l'ILZSG (International Lead and Zinc Study Group), un surplus mondial de 82 000 tonnes de plomb est attendu en 2025. Une troisième année consécutive d'offre excédentaire sur le marché, qui se matérialise par des prix à la baisse, doublés d'une demande faible. « Nous ne prévoyons pas de déclin du plomb », précise Eliott Ethridge, vice-président des ventes mondiales d'Ecobat, « ce n'est pas un jeu à somme nulle. Nous voyons le lithium s'imposer pour compléter de nombreux domaines que le plomb ne dessert pas. »

Si les actifs européens autour du plomb semblent désintéresser, le recyclage des batteries lithium trouve grâce aux yeux d'Ecobat. En janvier, le Britannique mettait en service une usine de recyclage située à Casa Grande (Arizona), dans la continuité de l'acquisition, dès 2021, de Promesa, opérateur du recyclage de batteries au lithium pour véhicules électriques basé à Hettstedt (Allemagne), ou de la mise en service en 2024 du site de recyclage de Darlaston (Angleterre). Nécessitant aussi une étape de prétraitement mécanique comme pour les batteries plomb-acide, la black mass obtenue (mélange de lithium, cobalt, nickel manganèse et graphite) est notamment traitée par hydrométallurgie - procédé d'extraction et de purification à base de différents solvants et d'acide sulfurique pour précipiter les métaux contenus - dans l'optique de produire de nouvelles cellules. Lors du rachat de Promesa, Ecobat précisait que « la demande de recyclage de batteries lithium-ion pour véhicules électriques continue de s'accélérer en Europe et dans le monde, et devrait atteindre 4,7 milliards de dollars d'ici à 10 ans ».

Pleinement opérationnelles depuis avril 2025, les trois usines du Britannique sont capables de traiter jusqu'à 10 000 tonnes de batteries lithium-ion par an, avec un projet d'expansion des capacités à 25 000 tonnes. Selon le cabinet de conseil Arthur D. Little, les besoins de recyclage pour les batteries lithium-ion en Europe pourraient atteindre 700 000 tonnes en 2030, avec une possibilité de voir ce marché quadrupler d'ici à 2040, notamment en raison d'une arrivée massive de batteries en fin de vie.

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