Dans le Loir-et-Cher, le laboratoire italien Chiesi se prépare à changer d’ère

Le laboratoire, installé à la Chaussée-Saint-Victor depuis 1992, va faire sortir de terre un nouveau bâtiment pour produire des sprays dotés d’un nouveau gaz moins polluant. Un investissement symbole de la confiance de Chiesi pour ce site, sur lequel 150 M€ ont été investis, ces dix dernières années.

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Chiesi Usine
La première pierre de l'extension de l'usine Chiesi a été posée le 10 avril.

Chiesi est chez lui, à la Chaussée-Saint-Victor. Pour aller jusqu’au site, en périphérie immédiate de Blois, il faut ainsi emprunter la « rue des Dr Alberto et Paolo Chiesi ». Une rue baptisée en l’honneur des deux entrepreneurs italiens, fondateurs du laboratoire, qui ont posé leurs valises au début des années 1990, en reprenant un site, alors propriété de Promedica.

Depuis, le site a bien grandi. « Nous étions une trentaine, à mon arrivée dans les années 1990, et nous sommes 212, aujourd’hui », chiffre Franck Vilijn, directeur général du site, témoin privilégié de la croissance des installations. Celui qui assure encore la visite guidée va prochainement prendre sa retraite et passer le relais à Fabien Lefrançois, anciennement directeur de site chez Delpharm, à Reims.  À l’image de ce changement de direction à sa tête, le site s’apprête à changer de dimension… et de technologie.

Une empreinte carbone diminuée de 90 %

Chiesi a ainsi posé, début avril, la première pierre d’une extension de 3 500 m2, avec une nouvelle unité de production dédiée aux sprays. Le laboratoire a fait appel à Idhec pour gérer ce chantier, une entreprise voisine, puisque l’ingénieriste est, lui aussi, installé à proximité de Blois. Cet investissement de 70 M€ (initialement chiffré à 60 M€) avait été annoncé à l’occasion de Choose France et s’ajoute à une usine qui comprend déjà 15 000 m2 de surfaces bâties. Prévue pour être mise en service en 2026, la nouvelle installation devrait abriter la production de sprays dotés d’un nouveau gaz plus performant, capable de diminuer l’empreinte carbone du dispositif de 90 %. « Demain, nous serons avec un gaz HFA 152a, avec un meilleur bilan carbone que celui [du gaz, N.D.L.R.] utilisé aujourd’hui, le HFA 134a », explique Franck Vilijn.

Une partie du site héberge déjà ce changement de formule, en fabriquant les sprays qui sont actuellement évalués en essais cliniques. Des sprays qui représentent le cœur de métier historique du site de la Chaussée-Saint-Victor, devenu un centre de spécialité, au début des années 2000. Ils sont fabriqués dans un environnement ATEX, mais pas question de jouer à se faire peur pour autant, le risque reste contenu. « Nous ne sommes pas dans un film hollywoodien où on peut transformer nos sprays en lance-flammes, avec un simple briquet », s’amuse Franck Vilijn.

L’éthanol nécessaire à la fabrication est stocké à l’extérieur de l’installation, avant d’être acheminé par une conduite dans un mélangeur, dans lequel va être aussi introduit le principe actif, venu de Suisse ou d’Italie. « On reçoit tous les ingrédients, mais on fabrique le quatre-quarts », image le directeur pour détailler les étapes de formulation, remplissage et conditionnement, effectuées sur place. Sur cette partie de conditionnement, la ligne est cadencée à haute vitesse, « avec la fabrication de 240 boîtes par minute, avec un fonctionnement en 3/8 », décrit Franck Vilijn qui nous guide dans la première ligne dédiée à la production de sprays.

Devant une caméra qui flashe et vérifie les emballages, le directeur insiste également sur le nombre de produits qui sortent de ces lignes. La palette de Chiesi reste large. Plus d’une vingtaine de produits différents, sous une centaine de formes. Le laboratoire italien s’est spécialisé sur les pathologies respiratoires, les maladies rares ainsi que les traitements contre le rejet des greffes. Avec ces sprays, le site est positionné sur le segment fort du groupe, qui représente près de la moitié d’un chiffre d’affaires du laboratoire de 3 milliards d’euros par an.

Le site exporte 80 % de la production au travers de l’Europe. Prochaine étape ? « Le marché américain avec l’inspection de la FDA », projette le directeur. Une internationalisation qui se fera donc sous le signe d’un gaz propulseur plus propre. Le site sera le seul dans le monde à produire ces sprays de nouvelle génération. Avec cette bascule, Chiesi se targue d’avoir été le premier laboratoire fabricant de sprays à se positionner sur des gaz plus respectueux de l’environnement. Un mouvement entrepris également par GSK qui va aussi procéder à la bascule de sa ventoline en mode « green », sur son site d’Évreux.

Une étude de phase III en cours

Il faudra désormais que Chiesi valide les essais cliniques montrant la similitude entre les deux formulations. Une phase III vient d’être lancée. Une étape que le laboratoire a anticipée en préparant la bascule entre les deux gaz depuis 2019, grâce à un plan d’investissement de 400 millions d’euros, à l’échelle du groupe.

La partie qualité du site recouvre ainsi des surfaces impressionnantes avec un équipement propre aux sprays. Un appareil tout inox qui simule un arbre bronchique. Au travers de ses différents conduits se trouvent des membranes. Connecté à une pompe, l’appareil va simuler une inhalation par le patient et le laboratoire peut mesurer ainsi la quantité de médicament qui va passer dans les poumons.

Et demain, quelles pourraient-être les prochaines évolutions ? « Nous disposons encore de surfaces pour, éventuellement, ajouter une unité de production », estime le directeur général. « Mais laissez-nous le temps de digérer la croissance des dernières années », sourit-il. Le site de la Chaussée-Saint-Victor est l’un des trois sites de production de Chiesi dans le monde, avec une usine en Italie et au Brésil.

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