C’est sur un terrain d’un hectare à Chusclan (Gard), près de la plateforme nucléaire de Marcoule, que la start-up franco-italienne Newcleo a choisi d’implanter son centre de recherche et développement, innovation et formation «Faster». Porteuse d’un projet de réacteur à neutrons rapides refroidi par du plomb liquide (lead-cooled fast reactor ou LFR) et le mox comme combustible, Newcleo a acheté une parcelle à l’extérieur de l’emprise des installations nucléaires. Les travaux d’un nouveau bâtiment de 4500 mètres carrés, conçu par le studio de design industriel et architectural Pininfarina doivent débuter en septembre 2025. Le site sera opérationnel fin 2026 pour le début des activités industrielles de développement et qualification, indique Newcleo à L’Usine Nouvelle. Si l’entreprise garde le montant de l’investissement confidentiel, elle précise la création d’une centaine de postes. À Marcoule, Faster sera voisin du CEA (avec lequel Newcleo à un accord de coopération depuis avril 2024), du centre nucléaire de traitement et reconditionnement Centraco (Cyclife) et de l’usine Orano Cycle-Melox de production de combustible mox.
À quoi servira Faster ? C’est l’acronyme de Fuel process Assembly Storage Training and Enhanced (formation et perfectionnement au stockage et à l’assemblage des procédés de combustible). «Cette installation de pointe ne stockera ni ne manipulera aucune matière nucléaire radioactive. Le site que l’on va construire à Chusclan va supporter l’ensemble de la R&D pour la future usine de mox», explique à L’Usine Nouvelle Cédric Barba, directeur général France de Newcleo. Les futurs réacteurs Newcleo doivent être alimentés par du combustible mox (Mixed Oxide, mélange d’oxydes d’uranium et plutonium recyclé). «A Faster seront testés l’ensemble des équipements, avec des salles de formation modernes, de la réalité augmentée et virtuelle pour favoriser la prise en main des équipes. On veut anticiper les formations, la mise au point, les tests des équipements de production, pour garantir les délais d’entrée en fonction de la future usine». L’annonce du choix du site d’implantation – en France – de la future ligne pilote d'assemblages combustibles est prévue en 2025. «L’usine de combustible spécifique, qui permet de recycler le plutonium, n’existe nulle part en Europe, insiste Cédric Barba. L’objectif, c’est de produire les combustibles en 2030, pour alimenter le réacteur prototype de 30 mégawatts électriques construit à Chinon en 2031.»
3 milliards d’euros d’investissements
Newcleo a annoncé en mai 2023 vouloir investir en France jusqu’à 3 milliards d’euros sur la période 2023-2030, répartis dans une unité pilote de fabrication du combustible (1,8 milliard d’euros) et un réacteur de démonstration (1,2 milliard). Elle fut en juin 2023 l’un des deux premiers lauréats de l’appel à projets «Réacteurs nucléaires innovants» du plan d’investissement France 2030, visant à faire émerger des concepts de réacteurs nucléaires de petite taille, en rupture, gérant mieux les déchets radioactifs. Son dossier de démonstrateur de 30 mégawatts électriques (MWe) fait partie des dix projets de petits réacteurs modulaires (PRM) en France suivis par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASNR). Celle-ci mentionne qu’au 1er mars 2025 le réacteur expérimental Newcleo LFR-AS-30 a terminé la phase de «revue préparatoire» (échanges d’informations) précédant la phase règlementaire de pré-instruction et instruction de l’autorisation de création.
Newcleo affiche un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros en 2024, 1100 collaborateurs en France, Royaume-Uni, Italie, Suisse et Slovaquie, un financement privé de 537 millions euros, ainsi que plus de 100 partenariats et collaborations dans l’industrie nucléaire. La taille «commerciale» d’un réacteur Newcleo se situe à 200 MWe.



