Dans la Vallée de l’Arve, la reprise des sous-traitants soumise aux aléas de l’activité

La remise en route des usines courant mai n’est pas une évidence chez les sous-traitants. Si certains patrons rouvrent leur usine en pointillé selon les activités de leurs clients, pour d’autres c’est au contraire l’arrêt des commandes et de leurs activités qui débute.

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Décolletage
La Vallée de l'Arve concentre beaucoup de PME sous-traitantes, notamment spécialisées dans le décolletage.

Une usine qui tourne à plein régime, Lilian Monod ne l’attend pas avant le mois de septembre. Le dirigeant du site Kongsberg de Cluses (Haute-Savoie), une PME de sous-traitance mécanique de plus de 100 ans – rachetée en 2008 par le groupe norvégien Kongsberg Automotive – a redémarré son activité le 24 avril après l’avoir totalement stoppée le 17 mars à 18 heures, date officielle du début du confinement en France.

Avec 99% de son activité réalisée auprès de deux clients, Renault-Nissan et Peugeot (groupe PSA), l’usine de 200 salariés environ ne reprend qu’au rythme des soubresauts de l’industrie automobile en crise historique. "Le redémarrage du site ne s’est fait qu’avec 15% de notre capacité de production, explique Lilian Monod. La première semaine de reprise, l’atelier n’a accueilli qu’une équipe de jour, soit 25 personnes. La semaine du 27 avril, nous sommes redescendus à 5 personnes seulement. Pour la suivante nous devrions revenir à une équipe de jour complète."

200 000 euros de chiffre d’affaires en avril, contre 4 habituellement

Avec des ateliers non remplis, faire respecter la distanciation sociale et les gestes barrières n’est pas trop compliqué. Les lignes comptent moins d’opérateurs et quelques postes de travail ont été modifiés. Certaines toilettes ont été condamnées, l’essuie-tout jetable a remplacé le sèche-main en tissu dans les autres. Gants, gel hydro-alcoolique et masques ont été commandés en Chine. Une société de nettoyage extérieure passe chaque jour désinfecter les locaux, poignées de porte incluses. A titre indicatif, la PME a reçu de Peugeot un protocole sanitaire de 52 pages. Et s’est vue demander de lui envoyer le sien en retour.

"Nous avons essayé de faire un plan de charge sur le mois de mai, mais c’est compliqué", souligne le dirigeant. Son activité est suspendue à celle de ses clients. Il s’attend à voir son usine tourner à 25 ou 30% de sa capacité sur le mois de mai, peut-être à 50 / 60% en juin. L'entreprise a réalisé 200 000 euros de chiffre d’affaires en avril, contre 4 millions habituellement.

Désormais, le chômage partiel pour le personnel de production

Toujours à Cluses, la PME d’une centaine de salariés Azeta avait, elle, continué de produire en mars et avril. "Nous avions des commandes à honorer donc nous n’avons pas stoppé notre activité, explique son dirigeant Laurent Carrier. C’est maintenant qu’elle commence à baisser. Les constructeurs automobiles n’ont pas rouvert ; Airbus et Boeing n’ont pas de commande d’avion. Seule la connectique connaît une forte activité et un peu pour le médical." Il estime que l’activité de la PME devrait être réduite de moitié sur les deux prochains mois.

Même son de cloche à La précision, une société de micro-mécanique d’une centaine de salariés, implantée à Scionzier, dans la Vallée de l’Arve. "Le 11 mai, tout le monde ne viendra pas retravailler, explique son dirigeant Hervé Depery. Le télétravail va continuer pour ceux qui le peuvent. Mais surtout, alors que nous avons déjà mis en place le chômage partiel pour les fonctions supports, nous allons aussi le demander pour le personnel de production."

Entraide entre dirigeants

Si l’entreprise, qui travaille à 70% pour l’implantologie dentaire et 20% pour l’aéronautique, a connu une activité soutenue jusqu’à début avril, "là elle commence à baisser franchement". "Et ça va être de mal en pis jusque fin août au moins", craint Hervé Depery. "Tous les dentistes sont fermés donc plus personne ne consomme nos produits. Maintenant que nos clients ont fait leurs stocks de sécurité, nous n’avons plus aucune activité."

Idem du côté de l’aéronautique. "En tant que sous-traitant de rang 3, nous avons encore eu un peu d’activité le temps que ceux de rangs 1 et 2 remplissent leurs stocks. Mais aujourd’hui, nous n’enregistrons plus de commande." Ses demandes de chômage partiel pourraient être prolongées jusqu’à décembre.

Au-delà des difficultés financières, les entreprises de la région s’entraident sur les aspects sanitaires à gérer. "Grâce au réseau du pôle Mont Blanc Industrie [le cluster de la région, ndlr], les entreprises se dépannent dans leurs approvisionnement en gel, masques et gants, explique Laurent Carrier de Azeta. Nous avons aussi créé un groupe WhatsApp entre dirigeants pour s’entraider."

Le marquage au sol, une aide précieuse

Azeta avait mis en place dès le 29 février les gestes barrières dans ses ateliers, avec interdiction d’être plus de six dans la même salle. Mi-mars, le maintien de l’activité s’est organisé avec 40% du personnel en moins, notamment en arrêt maladie pour garde d’enfants. Du marquage au sol a été disposé dans les ateliers comme dans le réfectoire. "En mettre dans les zones sensibles est précieux : cela aide les salariés à se situer dans l’espace et à corriger les aménagements des postes de travail", juge Laurent Carrier.

Lui-même ne s’est jamais mis en télétravail. "En tant que dirigeant, il faut être présent pour rassurer et prendre la bonne décision, notamment pour sur-stocker le gel, les masques, les gants. Quand c’est le chef de l’entreprise qui demande la distanciation sociale, ça a plus de poids que quand c’est le chef d’atelier. Même la comptable vient un peu au bureau. Il faut éviter la guerre interne entre cols bleus et cols blancs." Des conseils à retenir pour ceux qui vont rouvrir leurs usines après le déconfinement.

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