L'annonce a été faite début septembre. Le groupe Arc, leader mondial des arts de la table, va réduire sa production de moitié dans les prochains mois pour faire face à l'envolée des coûts énergétiques. Pour ce faire, certains fours seront mis à l'arrêt dès le mois de novembre et une partie des 5000 salariés que compte le site d'Arques, dans le Pas-de-Calais, est déjà placée en chômage partiel.
Un ministre en soutien
Roland Lescure, ministre délégué à l'Industrie, était présent ce vendredi 9 septembre pour rappeler à la direction, aux salariés et aux représentants syndicaux, le soutien de l'Etat. En effet, à plusieurs reprises, ces dernières années, l'Etat a contribué à renflouer les caisses du groupe notamment en lui accordant des aides et des prêts.
Depuis 2020, Arc a reçu 128,5 millions d'euros sous forme de prêt au titre du programme du Fonds de développement économique et social (FDES). « Je tenais à être ici car il s'agit d'une entreprise bicentenaire qui fait vivre toute la région, indique-t-il. L'Etat reste présent aux côtés d'Arc. Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, est actuellement à Bruxelles avec ses homologues pour calmer le marché européen de l'énergie et s'assurer de la baisse des prix. » En plus de son soutien, le ministre a rappelé l'engagement de l'Etat. « Nous avons été au rendez-vous chaque fois que cela a été nécessaire, rappelle-t-il. Nous avons élargi les critères d'accès au plan de résilience économique et social pour qu'Arc soit éligible. C'est désormais le cas. »
Une facture de gaz multipliée par 4
En effet, ce fonds de soutien était jusqu'alors accessible uniquement aux entreprises déficitaires en 2022, notamment à cause des dépenses de gaz et d'électricité. Or, au premier semestre 2022, Arc a réalisé ses meilleures performances depuis sept ans. Mais depuis cet été le groupe a perdu en quelques semaines près d’un quart de sa valeur, avec la chute brutale du marché des arts de la table. Parallèlement sa facture de gaz a été multipliée par quatre. « Les niveaux attendus pour 2023 ne permettent pas de maintenir le niveau de production sur l’ensemble des 45 lignes, précise Martin Debacker, directeur opérationnel verrerie. Nous allons profiter des maintenances qui étaient prévues pour arrêter certains fours. » Ainsi, les fours H et L vont s'arrêter en novembre et démarreront début 2023 lorsque la demande sera à nouveau là. «Le four P sera volontairement arrêté en novembre ou en décembre et le four D va être arrêté définitivement. Ses lignes de production seront transférées», poursuit Martin Debacker.
L'ensemble des fours utilisent du gaz. Une utilisation ponctuelle au fioul domestique est envisagée. Les petits fours pour la conception de verre opale fonctionnent à l'électricité. « Nos fours conventionnels fonctionnent tous au gaz. Ils sont dotés de systèmes qui permettent de récupérer l'essentiel de la chaleur des fumées, soit 70% de l'énergie », explique Martin Debacker. Mais les fours représentent plus de la moitié de la consommation énergétique. Une facture vite salée avec la flambée des coûts énergétiques, conséquence de la guerre en Ukraine.
Des salariés inquiets
« Certes, il y a la crise énergétique mais il y a aussi un problème de trésorerie et de gestion, juge Olivier Hembert, secrétaire adjoint au CSE, syndicat Sud. On a travaillé pendant le Covid et on n'a même pas reçu la prime Macron. » Les représentants syndicaux évoquent des salariés désabusés. « On a beaucoup de mal à les motiver, renchérit Frédéric Specque, délégué syndical central CGT. J'ai demandé à monsieur le Ministre s'il était venu avec un chèque, mais ce n'est pas le cas. Les salariés subissent de plein fouet l'inflation. Certains ne pourront peut-être même pas se chauffer cet hiver. »
Sur les 5000 salariés que compte le site, les 1600 qui occupent des fonctions support ont été placés en chômage partiel. Ces mesures se veulent temporaires jusqu'à l'amélioration de la conjoncture. «Il y aura un redémarrage, c'est sûr, ajoute Frédéric Specque. Mais le plus dur sera de garder les jeunes recrues. Et avec l'arrêt des recrutements, on risque à long terme d'avoir un problème de transmission des compétences. »



