Dans l'Hérault, une dépollution sous confinement pour le site de l’ancienne raffinerie Mobil

C’est l’un des plus grands chantiers de dépollution d’Europe, à Frontignan (Hérault), le site de l’ex-raffinerie Mobil est pollué aux hydrocarbures, plomb et arsenic. Financée par Esso SAF (venant au droit de Mobil) pour un coût de 55 millions d'euros, la réhabilitation lancée en août 2022 doit s’achever à l’été 2026. Une méga-tente gonflable permet de mener les excavations sous confinement.

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Chantier de dépollution du site de l’ex-raffinerie Mobil de Frontignan (Hérault)
Le chantier de dépollution du site de l’ex-raffinerie Mobil de Frontignan (Hérault) devrait s’achever à l’été 2026 et nécessiter un investissement de 55 millions d'euros.

Voisine du canal du Rhône à Sète et du centre-ville de Frontignan (Hérault), la raffinerie de pétrole Mobil s’est arrêtée en 1986, après huit décennies d’activité. Un grand programme de réhabilitation a débuté à l’été 2022 sur la partie nord du site (la zone sud de 70 hectares est exploitée par GDH (groupe BP) comme dépôt pétrolier), soit 11 hectares propriété de la commune qui veut aménager un pôle d’échange multimodal, un parking et une zone pour des entreprises «tournées vers la transition écologique».

Esso SAF (venant au droit de Mobil Oil) a confié la réhabilitation à Antea Group, et les travaux à Séché Eco Services, filiale du spécialiste de la réhabilitation de sites industriels Séché Environnement. 40 personnes travaillent en moyenne sur le site, dont 56% a été dépollué à fin septembre. «L’opération doit se terminer en juin 2026, indique Hervé de Gréef, responsable du service environnement Esso, lors d’une visite de site le 15 octobre. Cela coûte 55 millions d’euros. Durant les quinze années précédentes, nous avions engagé quatre à cinq millions dans des études.»

Antea et Séché Eco Services ont dû gérer la taille du site et la complexité de la mission. Le terrain est pollué par des hydrocarbures dégradés (odorants), du plomb et de l’arsenic, et un bombardement en 1944 a entraîné une nécessité de sécurisation pyrotechnique. En outre, la nappe d’eau peut être à deux mètres sous la surface, d’où l’installation d’un système de pompage des fouilles et d’une unité de traitement des eaux. Le plan de conception des travaux d’Antea Group doit maîtriser les nuisances pour les riverains, notamment les odeurs, les bruits, les poussières. Le choix : travailler sous confinement.

Une tente gonflable, à déplacer 17 fois

Inédit, le principe d’une tente gonflable de grand volume a été validé après un test de sept mois en 2020-2021. Faite sur-mesure et débarquée en trois conteneurs du Canada, une tente de 50 mètres par 120 et haute de 16, fonctionne depuis début 2023. Ses 28 colonnes en tissu de trois mètres de large sont gonflées en permanence par des souffleurs. Le système de traitement de l’air par filtres à charbon actif, conçu par Séché, renouvelle totalement l’air trois fois par heure. Le plan d'excavation comprend 700 mailles de 10 mètres par 10, profondes de 4 mètres. La tente, qui couvre 30 mailles, sera déplacée 17 fois, sans démontage. La structure de 60 tonnes, posée sur un matelas en caoutchouc, peut être déplacée par cinq treuils reliés à des barres de traction et pilotés depuis un poste automatisé.

«Nous venons de faire le dixième déplacement et le suivant est programmé fin décembre», indique Audrey Porchier-Reversat, directrice de projets Antea Group. L’opération de 8 minutes nécessite deux semaines entre la préparation et la reprise des travaux. «C’est à comparer aux trois mois de démontage-remontage de la tente de stockage, qui a dû être déplacée une fois», commente Hervé de Gréef. «Sous cette tente de 40 mètres par 100 sont criblés les bétons et blocs calcaires venus des fouilles. Une partie est concassée pour servir de remblai sous les matériaux propres venant de carrières», explique la directrice des travaux Emilie Seyer. «Sur 170000 mètres cubes terrassés, 40% seront réutilisés sur site», affirme Rémi Muth, directeur technique Séché Eco Services. Les matériaux inutilisables partent en camions vers des centres agréés à Bellegarde dans le Gard.

Pour les bordures du site, inaccessibles à la tente gonflable, les opérations dépendent de conditions météo favorables, «en moyenne un jour sur trois» selon Hervé de Gréef. La tramontane doit souffler à plus de 10 km/h pour pousser les odeurs vers la Méditerranée, au large… La technique de la tente gonflable déplaçable aura-t-elle d’autres applications ? Rémi Muth assure : «Nous l’avons proposée sur plusieurs marchés à l’étranger».

Un site web permet aux riverains de suivre l’avancée du chantier.

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