Produire des meubles de salles de bains en France, Burgbad y croît encore. Cette entreprise d’origine allemande, dans le giron du groupe turc Eczacibasi, qui possède trois usines outre-Rhin a réalisé 3,3 millions d’euros d’investissements en 2023 et en 2024 sur son site français de Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir). 2,4 millions d’euros ont été consacrés à un nouveau bâtiment dédié à la logistique (2200 m²), mis en service en janvier dernier, et 932000 euros dans un bâtiment de bureaux, qui accueille également les équipes françaises de la marque de mobilier en céramique Vitra.
«Le groupe nous permet de continuer à faire des investissements en France. Sur nos marchés de la salle de bains, on est poussés à délocaliser, et nous avons la possibilité de continuer à investir en Europe. Plus on descend en prix, plus nous estimons qu’il faut fabriquer au plus près», explique Brice Nastorg, le président de Burgbad France. La région France-Benelux constitue la deuxième zone commerciale de l’entreprise, derrière l’Allemagne et l’Autriche. Signe du dynamisme affiché par l’entreprise, Burgbad France indique avoir gagné 50% de chiffre d’affaires au cours des cinq dernières années, au-dessus des 30 millions d’euros, sans donner plus de précisions.
Franck Stassi Un nouveau centre d'usinage, consacré à la découpe de formes complexes, a été mis en route en mars 2024. (Photos: Franck Stassi)
A Nogent-le-Roi, l’ancienne menuiserie construite en 1971, qui était à l’époque sous-traitante pour le groupe Porcher, est entrée dans le groupe en 1991 et compte aujourd’hui 128 personnes, qui évoluent sur une superficie totale de 28650 m². Entre 2021 et 2024, 2,6 millions d'euros avaient précédemment été investis dans différents équipements industriels (stockeur de panneaux, scie, plaqueuse de chants, perceuse de caissons, centre d’usinage polyvalent, pose de façades).
Trois formats de livraison
Franck Stassi L'atelier de laquage a évolué régulièrement depuis 2010, avec l'introduction progressive de nouveaux produits.
L’usine de Nogent-le-Roi fabrique de 400 à 500 meubles de salles de bains par jour, essentiellement pour la France et le Benelux. Chez Burgbad, elle a développé des compétences particulières sur la découpe, le plaquage de chants (le profil des pans de meubles) et la laque, avec processus sans rejet de solvants. Elle utilise des laques dites «hydro», composées à 97% d’eau. Les panneaux mélaminés sont pour leur part certifiés PEFC. «On a un fabricant qui développe un panneau de particules plus facilement recyclable. Il faut que les fabricants s’en emparent, et que les distributeurs acceptent de financer le petit surcoût», estime Brice Nastorg.
Franck Stassi Le nouveau bâtiment logistique dispose de plusieurs pistes pour les poids-lourds.
Le nouveau bâtiment logistique de l’usine Burgbad lui permet de quadrupler la surface de stockage de produits finis. Trois formats de livraison peuvent désormais être proposés : en camion complet, en «cross docking» pour répartir les produits dans différents hubs logistiques destinés à approvisionner des magasins, ou toujours à la contremarque, en livrant dans les points de vente les meubles de salles de bains commandés par des clients donnés.
Franck Stassi Les stocks de produits mélaminés doivent être davantage ajustés en fonction des commandes.
La fabrication «à la contremarque», déclenchée par une commande client spécifique, représente plus de 60% des volumes de l’usine. Burgbad France fabrique des produits sous marque Burgbad dédiés spécifiquement à certains clients distributeurs (grandes surfaces de bricolage, réseaux spécialisés), des produits sous sa marque présents en catalogue, et à hauteur de 40% sous marques de distributeurs, un segment au sein duquel l’entreprise a débuté il y a treize ans.
Un marché chahuté
Brice Nastorg défend la pertinence d’une fabrication en France. «Le made in France plaît. L’inflation galopante a réduit cet argument qui a été très forte post-Covid. On doit être compétitifs pour rester français, avec un écart tarifaire compris, pour les consommateurs, de +12% à +20% au maximum. Plus on descend en gamme, plus ce gap doit être réduit.» Le dirigeant estime que, sur le haut-de-gamme, les prix des produits asiatiques sont moins pertinents, et que les fabricants français sont challengés sur l’entrée de gamme et sur le milieu de gamme.
Les investissements réalisés par Burgbad France interviennent par ailleurs dans un contexte économique chahuté. La tendance du marché du mobilier de salles de bains est attendue, en 2024, en repli de 6% à 8% en valeur, après une baisse de 3% en 2023. «Face à l’inflation, les gens ont peur et thésaurisent. De plus, on a toute une frange de la population qui travaille, et qui n’arrive pas à vivre correctement», constate Brice Nastorg.
La chute des transactions dans l’immobilier ancien (-21,1% à fin novembre 2023, sur un an, d’après les Notaires de France) pénalise également les ventes, puisqu’en moyenne un projet sur trois contient une intention de rénovation de la salle de bains.



