Ce sont des produits pharmaceutiques qui vivent dans l’ombre, accessibles seulement depuis les pharmacies centrales des établissements hospitaliers, loin des rayonnages d’officine. Plusieurs produits utilisés en réanimation sont aujourd’hui en première ligne dans le combat contre le Covid-19, en premier lieu pour traiter les patients souffrant de formes sévères et graves. Des formes qui engendrant des détresses respiratoires aigües à traiter en urgence, et de manière plus lourde quand la ventilation non invasive, avec seulement un masque distribuant de l'oxygène, ne suffit pas..
Tous sont des produits injectables, avec différentes fonctions, comme celles d’anesthésier, donc d’endormir les patients (produits d’anesthésie générale, sédatifs), de relâcher les muscles du corps pour faciliter l’intubation des patients, comme les curares, ou encore des analgésiques, souvent morphiniques, pour atténuer les douleurs.
Des productions en France
Parmi tous ces produits distribués, autorisés et utilisés en France, les productions sont essentiellement européennes, de l’Autriche à l’Allemagne, de la Lettonie au Royaume-Uni, de l’Espagne ou encore l’Italie.
Mais plusieurs sont fabriqués en France, selon la Base de données publiques de médicaments. Parmi les anesthésiques généraux on trouve ainsi le Diprivan, fabriqué par le groupe français Panpharma dans son usine de Luitré en Ille-et-Vilaine. Ce producteur fabrique aussi le sédatif Midazolam, dans la même usine, lequel est aussi produit par le Laboratoire Aguettant dans son usine de Lyon, et par le génériqueur américain Mylan à Saint-Priest (Rhône). Le laboratoire lillois Accord Healthcare ne fait pas produire dans l’Hexagone mais depuis des filiales au Royaume-Uni et en Pologne.
Du côté des curares, on trouve le Cisatracurium qui est produit par Mylan toujours à Saint-Priest et la Celocurine, produite à Livron (Drôme) par Haupt Pharma. Enfin du côté des produits anesthésiants ou analgésiques, sont fabriqués en France le Remifentanil par Elaiapharma à Sophia Antipolis (Alpes Maritimes) pour Arrow Génériques, mais aussi par Mylan à Saint Priest, et le Sufentanil, produit par Haupt à Livron pour le compte de Mylan et d'Eurocept, ou encore par le Laboratoire Renaudin à Itxassou (Alpes Maritimes).
Demande explosive et tensions sur tous les produits
Aujourd’hui, "tous ces produits d’anesthésie sont en tension" sur le marché français, affirme Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR). Lequel ne parle pas encore de pénurie mais évoque des "rationalisations dans les hôpitaux". L’AP-HP signale aussi, son côté, des tensions sur l'approvisionnement en "médicaments de base utilisés dans les services de réanimation comme les curares".
Car la demande explose face aux malades du Covid-19. En France, il y avait au 31 mars 5565 patients atteints du Covid-19 accueillis en réanimation pour des soins lourds. Depuis le début de la crise, les 767 établissements de santé mobilisés sont passés de 5000 lits de réanimation disponibles à presque 8000, selon la Direction générale de la Santé (DGS), qui estime pouvoir atteindre 10 000 lits dans quelques jours. D’où une demande explosive tant en matériel médical qu’en produits anesthésiants, sachant qu'une prise en charge en réanimation nécessite entre deux et trois semaines de soins. Aujourd’hui, les établissements de santé disposant de services de réanimation en France réclament que les pouvoirs publics travaillent avec les industriels pour augmenter les productions.
La DGS, par la voix de Jérôme Salomon, son directeur général, reconnaît que "des besoins importants en drogues anesthésiques et médicaments de réanimation", et ce dans "l'ensemble des pays du monde. C'est pourquoi nous sommes extrêmement attentifs à toute tension sur ce marché". Pour faire face, Jérôme Salomon évoque des "solutions locales, comme des prêts entre établissements de santé" mais aussi des "solutions nationales avec des réquisitions de stocks non utilisés dans des régions où il y a moins de cas". Sans plus de précision, il indique aussi que la DGS mobilise "les industriels pour s'assurer que l'ensemble de leurs capacités de production sont utilisables pour nos malades".



