[Covid-19, la bataille de la production] Le casse-tête du sous-traitant électronique Alliansys

Chez le sous-traitant électronique Alliansys, le coût des mesures sanitaires s’ajoute à la perte d’efficience liée au télétravail et aux précautions de sécurité en production, ce qui se traduit par une perte de productivité de plus de 15 %. Un défi qui se pose à toute la profession.

 

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Eric Burnotte, DG d'Alliansys
Eric Burnotte, directeur général d'Alliansys

A l’heure du Covid-19, la question de productivité devient l’une des préoccupation de la filière de production électronique. En témoigne Alliansys, un sous-traitant de 70 personnes assemblant des cartes et systèmes électroniques à Honfleur, dans le Calvados.

Contrairement  à certains de ses confrères, qui ont arrêté leur production au début du confinement, il a choisi de poursuivre ses activités, moyennant l’utilisation du télétravail et la mise en place de mesures sanitaires appropriées dans l’usine.

Investissement dans le réaménagement des locaux

" Pour nous le déconfinement n’a rien changé, confie à L’Usine Nouvelle Eric Burnotte, directeur général de la PME et président du Snese, le syndicat de la sous-traitance électronique. Nous continuons à fonctionner avec l’organisation que nous avons mise en place au début de mars pour assurer la continuité de nos activités en toute sécurité pour le personnel. "

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L’heure des comptes a commencé, car ces mesures sanitaires ont un coût non négligeable, qui affecte la rentabilité, et cette organisation draconienne grève l’efficience de travail et donc la productivité, ce qui devrait conduire inévitablement à augmenter les prix facturés aux clients. " Il y a deux poste de coûts liés directement au Covid-19, explique le patron d’Alliansys. D’un côté, les consommables comme le gel hydroalcoolique, les masques, les gants ou autres équipements de protection individuelle, ce qui représente quelques centaines d’euros par jour. C’est supportable pour la PME que nous sommes. De l’autre, les investissements de réaménagement des locaux avec l’installation de robinets automatiques, de systèmes d’allumage et d’extinction automatique des lumières dans les couloirs ou de systèmes d’ouverture automatique des portes pour éviter les risques de contamination par contacts manuels des interrupteurs électriques ou poignées de portes. Nous avons commencé à le faire, mais l'effort n'est pas terminé. La facture devrait se situer entre 30 et 40 000 euros, auxquels s’ajouteront des frais récurrents de visites de sécurité et de maintenance. " A cela, il faut ajouter le coût de désinfection des ateliers, des postes de travail, des bureaux et des équipements collectifs par le prestataire de nettoyage.

Comme ses confrères, Alliansys est également confronté au l’explosion des coûts de transports et au surenchérissement de certains composants en provenance d’Asie. " Du fait de l’arrêt des avions, les coûts des transports ont été multipliés par quatre à cinq, déplore Eric Burnotte. Nous travaillons avec des produits lourds. Donc l’impact en coût est important. Il peut atteindre 2 à 5 % du prix final."

Perte d'efficience liée au télétravail

Voilà pour les coûts directs. Les mesures sanitaires ont aussi des coûts indirects. Eric Burnotte pointe le télétravail dans lequel une quinzaine de ses salariés ont basculé dès début mars. "Certaines informations, qui circulent naturellement devant la machine à café ou au déjeuner à la cantine, ne circulent plus aussi bien, constate-t-il. Pour se les échanger, il faut prendre le temps de téléphoner ou d’écrire un mail. Cela nuit à l’efficience et donc à la productivité. "

Depuis une semaine, pour suivre la remontée d’activité, Alliansys est passé en production d'une à deux équipes sur des postes de huit heures. Pour éviter les croisements, les prises de postes sont décalées d’un quart d’heure. Avant de commencer leur boulot, les opérateurs doivent eux-mêmes désinfecter leurs postes de travail et leurs outillages. "C’est une précaution de sécurité, affirme Eric Burnotte. Ainsi, ils sont sûrs que leurs postes sont bien désinfectés. A cela, il faut ajouter les contraintes du masque et des autres équipements de protection individuelle, qui compliquent nécessairement le travail et le rendent moins efficient.Il y a aussi les temps de pause allongées pour laisser aux gens le temps de se laver les mains. Tout cela fait perdre du temps et donc de la productivité. "

Au final, Eric Burnotte estime la perte de productivité à plus de 15 %. "Et encore nous sommes bien lotis en comparaison avec d’autres, note-t-il. Nous avons la chance d’avoir retrouvé notre niveau normal d’activité grâce notamment à l’afflux de commandes de notre client SteamOne, dont les défroisseurs de linge à la vapeur sont très prisés pour la désinfection de vêtements dans les magasins. Ce n’est pas le cas de la plupart de nos confrères qui ont subi une baisse de 30 à 40 % des commandes. Or ils ont des frais fixes de structure. Les petits comme nous sont suffisamment agiles et flexibles pour pouvoir s’adapter. Mais pas les gros. "

Tensions en perspective avec les donneurs d'ordre

Ces problèmes posent une question sensible : qui devra supporter le surcoût ? Le sous-traitant ou le client ? " Je ne vois pas autrement que de le répercuter sur le client, répond Eric Burnotte. Car à ce stade, j’ai beau cherché, je ne vois pas par quel miracle je peux compenser la perte de productivité. Nous travaillons déjà avec des marges très faibles". Voilà de quoi exacerber les tensions avec les donneurs d’ordre, qui subissent, eux aussi, l’impact du Covid-19. Black & Decker a par exemple exigé une baisse de 12 % des prix des prestations de fabrication au motif de la crise. Une demande jugée "honteuse" par toute la profession.

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