[Covid-19, la bataille de la production] La pharmacie jamais arrêtée

L’industrie pharmaceutique en France sort du confinement comme elle y est entrée : sans s’arrêter. La production s’est maintenue, avec même des renforcements sur certaines lignes de médicaments, notamment pour les produits de réanimation. Toutefois, le secteur a subi et continue de supporter des surcoûts pour ce maintien de l’activité.

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Sanofi Production site - Le Trait 2014
La production pharmaceutique n'a jamais arrêté en France durant le confinement.

"Nous avons bien été confinés mais la production s’est maintenue, voire développée parfois", relate Pascal Le Guyader. Le directeur général adjoint des Entreprises du médicament (Leem) dresse un constat positif pour la production pharmaceutique en France lors de cette longue période de confinement. "Sur 271 sites pharmaceutiques, nous avons enregistré seulement trois cas d’activité partielle en 15 jours, pour des cas de Covid-19", poursuit-il. Mais aucune usine ne s’est arrêtée. Ainsi, à l’heure du déconfinement, le secteur décrit une absence de reprise puisque l’activité n’a jamais arrêté.

Absentéisme de 15% à 20%

Pour une industrie en première ligne face à cette crise sanitaire, ce bilan n’est pas surprenant. Pourtant, derrière cette continuité d’activité, le confinement a quand même eu des incidences. En premier lieu à cause des arrêts de travail de collaborateurs n’ayant pas de solution pour la garde de leurs enfants. Pascal Le Guyader souligne un "taux d’absentéisme de 15% à 20% en fonction des sites et des régions. Ce qui a affecté la productivité".

Renforcement de certaines productions

Les industriels ont ainsi dû trouver des solutions pour maintenir le taux d’activité des lignes de production et même le renforcer pour les lignes de médicaments les plus demandés, comme ceux de réanimation, qui se sont retrouvés sous tension. Au sein du Laboratoire Aguettant, qui produit justement à Gerland (Rhône) des médicaments d’anesthésie-réanimation, Eric de Rougemond, le PDG, indiquait début avril un accroissement "de nos capacités de production, contrôle et logistique jusqu’aux limites du possible" et précisait avoir "grandement réalloué les capacités pour répondre à la demande émanant des structures de santé présentes en France".

Dans les faits, certaines usines pharmaceutiques ont ainsi fermé ou réalloué certaines lignes pour prioriser les fabrications les plus en tension. Ce qui n’a pas concerné que les médicaments de réanimation. Le géant Sanofi a ainsi augmenté ses productions de Doliprane pendant le confinement pour répondre à un pic de demande. "Pour nos sites de production de principes actifs et d’intermédiaires pharmaceutiques, ou encore de produits essentiels particulièrement demandés en cette période de crise sanitaire (solvants, solution hydroalcoolique, etc.), nous avons, quand nous le pouvions, renforcer nos productions", témoigne aussi Gildas Barreyre, directeur des Affaires publiques du groupe français Seqens, spécialiste de la synthèse pharmaceutique.

Heures supplémentaires et aménagements des horaires

L’industrie du médicament a également eu recours aux heures supplémentaires, que ce soit pour faire face à la demande ou aux arrêts de travail. Voire même face à des cas de Covid-19 sur site. C’est ce qui est arrivé au groupe Servier. Sur son site pharmaceutique de Gidy (Loiret), Pierre Venesque, vice-président exécutif Industrie, raconte qu’au "démarrage nous avons perdu 10% de capacités. Avec la survenue de quelques cas supposés de Covid-19, nous avons fermé temporairement certaines unités, réduisant à 25% nos capacités pendant une semaine. Mais nous avons étendu les heures de travail, en instituant du 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et fait appel à du volontariat pour travailler les jours fériés afin de maintenir nos productions à 100% pendant toute la période malgré tout". Par contre, sur le site chimique de sa filiale Oril Industrie à Bolbec (Seine-Maritime), qui produit les principes actifs des laboratoires Servier, l’activité s’est intégralement maintenue. Sur le plan des effectifs, le laboratoire Servier estime qu’au plus fort de la crise, les arrêts de travail ont touché environ 10% des salariés. Un taux qui demeure aujourd’hui aux environs de 7%.

Les usines pharmaceutiques ont parfois eu recours à des aménagements des temps de travail pour le respect des gestes barrières. Les efforts ont essentiellement porté sur des modifications des horaires, pour améliorer la sécurité des salariés avec une meilleure distanciation sociale au sein des unités, des vestiaires, ou encore des salles de repos.

Surcoûts d’équipements, de transports, de matières

En parallèle, l’industrie pharmaceutique a aussi subi des surcoûts pour prévenir les risques de propagation du virus même si le secteur dispose déjà de très fortes règles et dispositions de propreté, inhérentes à ses productions. Mais les industriels ont mis à disposition de plus grandes quantités de gels hydro-alcooliques, ont ajouté des équipements de protection individuelle comme des masques ou des gants, et ont aussi augmenté les opérations de nettoyage tant des postes de travail que des espaces de vie.

Les surcoûts ont aussi concerné d’autres paramètres. Comme les frais d’expédition. Chez Servier, dont 92 % des produits princeps partent à l’export, Pierre Venesque évoque avoir rencontré des "difficultés de transport par voie maritime et par la route. Pour éviter des risques de rupture d’approvisionnement dans certains pays, nous avons donc reporté sur l’aérien. Mais avec la réduction des vols, le coût du fret aérien a augmenté de 100 % à 200 % suivant les destinations". Gildas Barreyre décrit aussi certaines "difficultés d’approvisionnement et de disponibilité de sous-traitance". De plus, en raison des tensions sur certains produits, le "prix d’un certain nombre de matières et d’équipements s’est envolé", ajoute le directeur des Affaires publiques de Seqens. Autant de facteurs qui, s’ils n’ont pas entravé la production pharmaceutique pendant le confinement, ont pesé et continuent de peser sur la productivité de cette industrie.

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