Les affaires reprennent dans le ferroviaire. Alstom a livré le centième tramway Citadis au Sytral, le syndicat mixte des transports pour le Rhône et l'agglomération lyonnaise. Il va circuler prochainement sur les lignes T3 et T4 du réseau de l’agglomération lyonnaise.
"Les grands donneurs d’ordre de la filière ont bien entamé la reprise. Alstom est revenu à plus de 70 % de son activité, Bombardier est en redémarrage. En complément, ils ont bien travaillé sur la supply chain", analyse Igor Bilimoff, le délégué général de la Fédération des industriels ferroviaires (FIF) qui craint pour la fragilité de certains sous-traitants confrontés à des problèmes de trésorerie.
Un tiers d’entreprises en difficultés
"La machine peut se gripper. Un tiers des 1200 entreprises de la filière sont en difficulté. Les retards des projets en cours affectent les PME. On est certain qu’il y aura un décalage dans le temps. Mais pour certains un décalage de trois mois ne se rattrape pas."
Pour redémarrer avec les conditions sanitaires, il a fallu revoir les horaires de travail pour éviter que les équipes ne se croisent, adapter parfois les ateliers et équiper tout le monde avec des masques.
Chez Faiveley à Amiens (Somme), spécialiste des systèmes de freinage pour le transport ferroviaire, l’activité tourne à 50 %. L’usine n’a été fermée que du 30 mars au 3 avril. Les cols blancs restent généralement en télétravail pour ne pas encombrer les bureaux où la distanciation est plus difficile. A la production, les horaires des 3x8 ont été adaptés pour éviter que les différentes équipes ne se croisent. Le restaurant d’entreprise est resté ouvert en respectant les mesures sanitaires. "Un véritable ballon d’oxygène, un lieu de détente, qui évite de se préoccuper du repas et qui permet de repartir plus serein", l’après-midi, indique t-on du côté de la direction.
Mais l’application des règles sanitaires a un coût. Dans l’usine picarde de Faiveley qui réalise 120 millions d’euros de chiffre d’affaires, on estime que le budget dédié à la sécurité sanitaire atteindra en fin d’année 150 000 euros.
Décalage dans les livraisons
Le Covid-19 fait peur, notamment dans la zone industrielle nord d’Amiens qui enregistré plusieurs cas. Du coup, "la productivité est impactée par l’absentéisme qui atteint 15% au lieu de 4 à 6% en temps normal et le chiffre d’affaires a chuté de 50% en avril et en mai", précise Franck Courcelle, le directeur général de Faiveley Transport Amiens qui évalue déjà une perte de 15 à 20% sur l’année 2020.
L’incertitude demeure pour le second semestre, certains fournisseurs ont pris du retard et les clients de Faiveley, Alstom et Bombardier ont demandé un décalage dans les livraisons de 4 à 8 semaines car ils disposent déjà de stocks importants.
La grande inquiétude pour la filière provient aussi de la RATP et de la SNCF qui ont fait rouler peu de trains durant cette période de confinement et qui ont des besoins réduits en maintenance et par conséquent en pièces de rechange.
A Crespin, la production a redémarré le 11 mai
Chez Bombardier Transport à Crespin (Nord), le déconfinement est allé de pair avec le redémarrage des usines. "Les représentants du personnel ont exercé leur droit de 30 jours de consultation pour permettre à l’usine Bombardier de Crespin, près de Valenciennes, de rouvrir", prévient une porte-parole.
Avant de relancer la production, l’entreprise canadienne, dont l’activité ferroviaire devrait être rachetée par Alstom en 2021, a préparé les ateliers et formé le personnel, à commencer par les superviseurs d’équipes. Les salariés en télétravail continuent à travailler depuis leur lieu de confinement jusqu’à nouvel ordre.
"On a noté un petit ralentissement de la production le temps de s’habituer aux masques et aux mesures de distanciation. On a fait une approche par groupe avec les opérateurs et les superviseurs. Quand les salariés reviennent, une formation est dispensée le matin et on leur distribue le kit covid avec à la clé un petit quizz", indique-t-on chez Bombardier. A Crespin, à la fin de la semaine, plus de 300 personnes auront réintégré la production. La chaudronnerie redémarre et à la priorité est donnée aux trains en cours de finition.
Activité à 100% chez Alstom avant la fin mai
Chez Alstom, les inquiétudes sont pour la plupart balayées. Le taux d’activité est d’environ 70-75% et la direction vise 100 % d'ici à la fin du mois de mai. "On doit mettre les bouchées doubles sur certains programmes comme les métros MP14 qui auraient déjà dû être livrés", indique la direction.
Sur les 38 000 salariés, 24 000 se sont retrouvés en télétravail, notamment l’ingénierie qui depuis le site du Creusot (Saone-et-Loire) a suivi les tests du futur TGV américain à Pueblo. "Nous avons marqué un pause dans nos usines, pour appliquer en accord avec les organisation syndicales les dispositifs sanitaires, explique Henri Poupart-Lafarge. Une fois les mesures mises en place, nous avons repris progressivement."
Alstom a rouvert les sites progressivement dès la fin avril avec "un travail de terrain mené au jour le jour" pour mettre en place les mesures de sécurité avec un redémarrage partiel de la production début mai. Les sites en 2x8 sont souvent passés au 3x8 pour respecter la distanciation. "On nous demande des efforts le samedi et la nuit pour rattraper les retards", précise Patrick de Cara, délégué Syndical CFDT Alstom Siège Social.
Une crise de la production
"Ce n’est pas une crise de la demande, mais de la production", a indiqué Henri Poupart-Lafarge, le PDG du groupe ferroviaire français dans une conférence de presse, le mardi 12 mai 2020. Du côté syndical, on considère que les sites industriels qui produisent les composants ont peu subi les effets de la crise au contraire des sites intégrateurs.
Alstom a aidé les entreprises sous-traitantes de la filière, notamment en coordonnant l’achat de masques, mais surtout un plan de relance de l’activité. "Outre une bonne synchronisation entre donneurs d’ordre et sous-traitants, l’amplification de la reprise nécessite de la part des clients (essentiellement publics) l’application effective d’un moratoire des pénalités de retard et une juste prise en compte des coûts supplémentaires induits par la crise (allongement des délais, mesures de sécurité…), demande Patrick de Cara. Dans la mesure où la SNCF demande une aide de l’Etat, il faut qu’elle en fasse bénéficier toute la filière, notamment en supprimant les pénalités pour les retards".
Dans cette situation particulière, on comprendrait difficilement un manque de compréhension sur les retards de livraisons…



