Comme prévu, la production repart. Après quatre jours d’arrêt, mis à profit pour adapter les postes de travail aux nouvelles consignes de sécurité face à l’épidémie de coronavirus en France et en Espagne, Airbus relance la production. Mais l’avionneur européen sait déjà que la crise aura un impact significatif sur son activité.
"Nous avons annulé nos prévisions 2020 en raison de la volatilité de la situation", a affirmé le groupe lundi 23 mars dans un communiqué de presse. En clair, l’objectif de livrer environ 880 avions cette année semble fortement compromis, ce qui devrait avoir pour conséquence une baisse mécanique du chiffre d’affaires.
"Nous sommes en train d’apprendre de nouvelles façons de travailler, précise un porte-parole du groupe. Il faut encore définir de nouveaux standards pour certains postes, ceux en particulier où les compagnons (les salariés sur les chaînes aéronautiques, ndlr) travaillent à proximité. Nous effectuons tous ces changements en concertation avec les partenaires sociaux. Tant que le niveau de sécurité n’est pas atteint sur un poste, il ne peut pas fonctionner." Un sujet délicat, car plusieurs organisations syndicales, chez Airbus comme au sein de plusieurs acteurs de l’aéronautique, ont appelé à un arrêt complet de la production pour que les salariés restent confinés chez eux.

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La peur du grain du sable
C’est la hantise du groupe : que le moindre rouage de la complexe chaîne d’approvisionnement se bloque… entraînant l’immobilisation de toute la filière. Soit au total environ 350 000 emplois, selon les estimations du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS) qui représente la filière. Or les organisations syndicales de plusieurs poids lourds du secteur, comme chez Safran et Dassault, ont clairement affiché ces derniers jours leur volonté d’un arrêt complet de la production dans les usines… Bel exerce d’équilibrisme alors que l’activité en Allemagne ne semble en revanche pas compromise.
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A ce stade, l’avionneur n’est pour autant pas en danger et semble loin de l’opération de sauvetage dont son rival Boeing pourrait faire l’objet. Airbus a annoncé une série de mesures financières pour surmonter cette crise majeure mais temporaire. Le groupe a obtenu une nouvelle facilité de crédit de 15 milliards d’euros "en plus de la facilité de crédit renouvelable existante", précise l’industriel dans son communiqué. Airbus renonce également à sa proposition de dividende pour 2019, représentant une valeur totale d’environ 1,4 milliard d’euros et suspend le financement volontaire des retraites complémentaires.
Maintenir coûte que coûte le carnet de commandes
"Grâce à ces décisions, l’entreprise dispose de liquidités suffisantes pour faire face aux besoins de trésorerie supplémentaires liés au Covid-19", assure le groupe. Au final, Airbus fait monter le niveau de ses liquidités à 30 milliards d’euros, contre 20 milliards d’euros avant cette série de mesures. "Airbus entend assurer la continuité de ses activités, même en cas de crise prolongée, en maintenant la production, en gérant son carnet de commandes résilient, en soutenant ses clients et en garantissant la flexibilité financière de ses opérations", tient à préciser le groupe.
Des décisions qui visent à maintenir la trésorerie du groupe à flot. Si Airbus tente d’emmener avec lui l’amont de la filière (les fournisseurs), il doit aussi s’activer sur un autre front : ses clients, les compagnies aériennes, qui se trouvent confrontées à une situation inédite par son ampleur. "Nous menons de nombreuses discussions et négociations avec les compagnies aériennes", confie un porte-parole du groupe. Comprendre : le couteau sous la gorge, certaines demandent à reporter, voire annuler, leurs commandes d’appareils. Le groupe ne fournit aucune précision sur l’ampleur du phénomène, qui devrait a priori davantage toucher les long-courriers. Au vu des initiatives de certains Etats de sauver leurs compagnies nationales, Airbus peut espérer que son carnet de commandes conserve la majeure partie de son épaisseur.



