La filière aéronautique va-t-elle parvenir à maintenir sa production en pleine pandémie de coronavirus ? C’est la question qui agite toute la filière, car si le trafic aérien s’effondre, les carnets de commandes des grands donneurs d’ordres restent quant à eux bien fournis. Mais rien ne dit que les avionneurs et les motoristes vont pouvoir maintenir leurs activités à flot, comme cela a été évoqué lors d’un comité directeur du Groupe des Équipements Aéronautiques et de Défense (GEAD) – au sein du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales GIFAS – qui s’est tenu jeudi 19 mars.
Selon nos informations, outre Airbus qui l’a fait savoir officiellement, les autres grands donneurs d’ordres français de l’aéronautique que sont Safran, Dassault Aviation et Daher ont tous mis leurs usines françaises à l’arrêt temporairement à partir du mercredi 18 mars et ce jusqu’au vendredi 20 mars. Objectif : adapter les postes de travail pour assurer la santé des salariés et mettre en place de nouvelles règles d’hygiène. Tous misent désormais sur un retour à la production pour le lundi 23 mars.
Les donneurs d'ordre pour une reprise rapide
"Safran a suspendu hier (18 mars) ses activités de production dans les pays les plus impactés par l’évolution du Covid-19 afin de renforcer les mesures d’hygiène et de nettoyage déjà existantes, fait savoir le groupe à ses collaborateurs. Ces mesures permettront la reprise des activités dès lundi 23 mars pour la majorité des sites français, selon une organisation du travail adaptée et dans des conditions maximales de sécurité sanitaire pour les salariés."

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Mais les donneurs d’ordres seront-ils écoutés ? Pas sûr que tous les salariés suivent, au sein des grands groupes comme des rangs inférieurs de la filière. "L’ambiance est compliquée en ce moment, confirme un dirigeant sous couvert d’anonymat. Pour résumer brutalement, le débat tourne autour des cols blancs qui peuvent se mettre à l’abri grâce au télétravail et des cols bleus qui mettent leur vie en danger en allant à l’usine. Et c’est ce qui risque de bloquer car on ne peut pas aller à l’encontre des salariés. Tous les sous-traitants sont dans la même situation."
Une nouvelle lutte des classes
Le bras de fer est directement engagé entre Airbus, tête de pont de la filière aéronautique en France, et ses propres syndicats. "La CFDT appelle à interrompre complètement les activités des usines de production d’Airbus en cohérence avec l’esprit des mesures prises à l’échelon national", explique le syndicat dans un communiqué publié jeudi 19 mars. Des propos qui font écho à ceux publiés la veille par FO : "[…] nous continuons de revendiquer l’arrêt de l’ensemble des postes de travail qui mettent notre santé en danger, soit par l’impossibilité de maintenir une distance de sécurité entre nous, soit par le manque de sécurité sanitaire".
Même situation tendue chez Dassault Aviation, en particulier au niveau de son site d’Argenteuil (Val d’Oise). "Suite aux propositions de la direction locale réellement insuffisantes, ne concernant que des aménagements d'horaires, nous avons quitté la séance, suivis par les autres organisations syndicales, précise dans un communiqué la CGT faisant référence à une réunion extraordinaire de CSE ayant eu lieu le matin. La réponse à apporter est indiscutable : il faut fermer notre site de production et renvoyer les salariés chez eux en confinement le temps qu’il faudra."
Chez Safran aussi, le débat fait rage. "Depuis l’allocution du président de la République lundi soir, la situation était tendue dans plusieurs établissements en France. Les salariés étant inquiets pour leur santé et en colère à la suite de décisions incompréhensibles face à la dangerosité et la propagation du coronavirus, a précisé FO mercredi 18 mars. A Caudebec-lès-Elbeuf, Gennevilliers, Florange, Besançon, Le Creusot, sous l’impulsion de FO, ou encore à Bidos, les salariés n’ont pas hésité à cesser le travail, jugeant insuffisantes ou inadaptées les mesures de prévention et d’hygiène mises en place et que toutes les conditions n’étaient pas réunies pour assurer leur sécurité."
La filière de toute façon au ralenti
Tout l’enjeu pour les donneurs d’ordres et les grands équipementiers est donc de convaincre leurs collaborateurs de l’efficacité des nouvelles mesures, qui doivent être validées par des autorités médicales : respect des distances entre les personnes, désinfection régulière des postes de travail, lavages des mains réguliers… "Nous sommes en train de nous organiser mais nous sommes tiraillés entre les donneurs d’ordre d'une part, désireux et sommés de continuer la production par les politiques, et les organisations syndicales d'autre part, témoigne un cadre dirigeant. Ce qui est sûr, c’est que même en cas de reprise d’activité, les cadences seront inférieures."
La filière se trouve dans l’expectative et chaque donneur d’ordres, mais aussi chaque équipementier, pourrait se trouver bloqué si ses organisations syndicales ou celles de ses fournisseurs parvenait à imposer un arrêt total de production. "Figeac Aéro, en concertation avec ses donneurs d’ordre, a pris la décision d’arrêter sa production en France, tout en permettant d’assurer, si nécessaire, une continuité régulée des livraisons et de la chaîne logistique", a précisé le sous-traitant jeudi 19 mars, démontrant sa volonté de s’adapter suivant l'évolution de la situation. Comme les autres secteurs de l’industrie, l’aéronautique entame une période trouble.



