L'Usine Nouvelle. - En quoi la crise actuelle pose-t-elle des problèmes particuliers au monde de l’aéronautique, du spatial et de la défense en Nouvelle-Aquitaine ?
Sébastien Maire - Dans cette région où elles sont très présentes, il s’agit d’industries de pointe, pour lesquelles il y a une exigence d’excellence. Elles s’appuient sur des réseaux de fournisseurs certifiés par elles-mêmes et par les autorités de tutelle. Or mettre en place et maintenir cette certification coûte cher aux industries.
Elles ont donc fait le choix de limiter leurs fournisseurs, n’en ayant parfois qu’un seul pour certaines pièces. Elles les ont trouvés un peu partout dans le monde, les choisissant pour des raisons économiques ou géopolitiques, en échange de marchés de compensation et de la garantie de faire travailler des fournisseurs locaux.
Aujourd’hui, la plupart de ces fournisseurs sont à l’arrêt ou au ralenti. Or chacun de leurs produits est indispensable dans le processus industriel. En d’autres termes, la production s’est interrompue lorsque le premier fournisseur s’est arrêté et ne redémarrera que lorsque le dernier aura repris son activité. On doit donc attendre la fin de la crise sanitaire non pas dans un pays mais dans le monde entier.
Cette situation était-elle évitable ?
En partie au moins, certainement. Souhaiter voir son industrie de pointe se développer, donc chercher ce qu’il y a de meilleur un peu partout dans le monde, n’est pas évitable ni problématique en soi. En revanche, le choix d’avoir un seul fournisseur sera forcément remis en question dans le futur. Pour tout dire, c’était d’ailleurs une démarche que certains grands groupes avaient engagée. Mais c’est très long : il y a d’une part le développement technique, puisqu’il faut concevoir un produit équivalent à un autre, dont on n’a pas la propriété intellectuelle, et d’autre part les étapes de certification. En tout, cela prend deux à trois ans.
La situation actuelle peut-elle avoir des répercussions majeures pour les entreprises du secteur en Nouvelle-Aquitaine ?
Oui, notamment pour celles qui sont dans l’aviation civile, très présentes dans la région. Parce qu’on est dans une zone de découragement où des opérateurs, compagnies aériennes par exemple, vont être tentés de s’appuyer sur leur parc existant, de le laisser vieillir plus que prévu avant de le renouveler, faute de trésorerie. Le marché qui sera le plus mis à mal, à mon sens, c’est celui du renouvellement. On parle souvent, en théorie, de l’importance de gouverner prudemment. C’est le moment de passer à la pratique. Et en pratique, beaucoup d’entreprises avaient considéré comme acquise la croissance annoncée de 4 %.
En Nouvelle-Aquitaine, le marché est sous tension depuis dix ans avec de fortes montées en cadence. Les entreprises du secteur qui n’ont pas accordé la même importance à leur solidité financière qu’à leur outil de production risquent d’être en grande difficulté, notamment les plus petites, celles dont le chiffre d’affaires se situe en dessous de 50 millions d’euros…



