Tirer parti des bénéfices que peut apporter l’intelligence artificielle pour optimiser les ressources ou s’adapter aux conséquences du changement climatique, tout en limitant l'empreinte de ces systèmes de calcul ultra-énergivores. C’est la problématique à laquelle le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a cherché à répondre dans son avis intitulé «Impacts de l'intelligence artificielle : risques et opportunités pour l'environnement», adopté à l’unanimité le 24 septembre par les 112 membres de cette assemblée consultative composée de représentants des organisations issues de la société civile.
Car, ont rappelé les deux rapporteurs de l’avis Fabienne Tatot (groupe CGT) et Gilles Vermot-Desroches (groupe Entreprises), si lors de la COP 28 en décembre 2023 l’IA était regardée comme un instrument de lutte contre le changement climatique, la vision s’est depuis nuancée.
Explosion des émissions carbone des géants du numérique
«L’intelligence artificielle permet de réaliser des inventaires des espèces végétales et des oiseaux, de concevoir des modèles plus rapides et robustes pour la surveillance des ouragans, ou encore pour l’optimisation de la consommation énergétique des bâtiments et des transports», reconnaît Gilles Vermot-Desroches. Mais la technologie est aujourd’hui surtout mise au service de domaines tels que la finance, le marketing ciblé ou l’industrie. Et seulement deux ans après l’apparition de ChatGPT, le robot conversationnel d’OpenAI, les IA dites «génératives» se sont largement démocratisées, au point d’être désormais «embarquées» dans les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et la bureautique.
Avec à la clé, un bon des émissions carbone des géants du numérique. Google a par exemple admis que l’explosion de ses besoins en intelligence artificielle et donc en capacité de calcul compromettait son objectif de neutralité carbone d’ici 2030. Alors que le bilan carbone d’une requête faite à ChatGPT est dix fois supérieur à celui d’une simple recherche Google.
Clarifier le bilan environnemental
Première préconisation des rapporteurs qui ont mené des consultations pendant six mois après de différents acteurs du monde économique, celle d’un «bilan environnemental des systèmes d’IA à l’échelle internationale...dans le cadre de l'organisation d'un événement de grande envergure sur le modèle de la COP 21».
Un bilan aujourd’hui complexe à réaliser, alors que des acteurs comme Nvidia refusent de communiquer sur l’impact de la fabrication de ses cartes graphiques destinées à faire tourner les serveurs d’intelligence artificielle. «C’est sur l’empreinte carbone que nous avons aujourd’hui le plus de données, mais les impacts sur la consommation d’eau, l’artificialisation des sols et l’épuisement des métaux critiques sont encore mal évalués» a notamment rappelé Anne-Laure Ligozat, chercheuse au Laboratoire Interdisciplinaire des Sciences du Numérique (LISN) qui a étudié l’impact du modèle de langage Bloom, créé par la communauté scientifique.
Obliger à l'écoconception des algorithmes
L’avis préconise également d’intégrer des exigences «d’éco-conception et d’usage frugal» pour les algorithmes d’IA dans la formation initiale et continue, en particulier celles d'ingénieurs. Car, souligne Fabienne Tatot, «aujourd’hui les équipes d’innovation qui conçoivent les solutions à base d’IA sont souvent déconnectées des questions environnementales qui sont laissées au département RSE».
Autres recommandations : «l’écoconception des équipements, notamment des terminaux» et la limitation de l’artificialisation des sols en favorisant l’utilisation de bâtiments existants pour l’installation des nouveaux centres de données.
Bientôt un « IA score » pour les requêtes à ChatGPT ?
L’avis préconise aussi d’orienter les financements publics sur des projets d’IA dite «frugales» ou à finalité environnementale pour leur assurer une viabilité. À l’instar de l'application Pl@ntNet, une application participative de protection de la biodiversité qui permet d’identifier une plante à partir d'une photo. Financée uniquement par des fonds publics et des dons, l’application n'est entraînée que mensuellement sur de nouvelles données afin de limiter la consommation d’énergie.
Aujourd’hui mal informé sur l’impact environnemental du numérique, le grand public (particulier et entreprises) doit également être sensibilisé. À cette fin, l'avis propose la mise en place d'un «IA score» pouvant par exemple renseigner sur l’impact environnemental de différents usages comme celui d’une requête à ChatGPT. Reste à voir si cette proposition fera le poids face à l'engouement actuel pour l'IA.



