Annoncé en 2023 dans la foulée des contrats de transition écologique relatifs aux 50 sites industriels français les plus émetteurs de CO2, le projet de décarbonation de la cimenterie Vicat de Montalieu-Vercieu (Isère) est officiellement mis sur les rails. Le fabricant de matériaux de construction (10000 personnes, 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024) lance le projet Vaia, qui vise à capturer 1,2 million de tonnes de CO2 par an sur le plus gros site de production de ciment en France (1,2 million de tonnes fabriquées par an).
Prévu pour une mise en service en 2030, le projet consiste en la capture de l’intégralité du CO2 à la sortie de l’atelier de cuisson de l’usine, soit 1,2 million de CO2 par an en 2030. Un pipeline de 20 kilomètres doit être construit, qui doit être relié à un pipeline existant –qui transportait du brut de Fos-sur-Mer jusqu’en Allemagne. Vicat souhaite utiliser la partie qui va de Lyon (Rhône) à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), transformée en carboduc.
Au terme de son trajet de 200 kilomètres jusqu’à Fos-sur-Mer, le CO2 doit être liquéfié par Elengy, une filiale de Natran (ex-GRTGaz). Il sera ensuite acheminé par voie maritime vers un site de stockage de CO2 en sous-couche géologique, en mer Adriatique, au large de Ravenne (Italie). A ce sujet, Vicat est«en discussions avancées»avec Eni, qui a ouvert ce site au troisième trimestre 2024. Interrogé sur l’impact écologique d’un stockage du CO2 liquéfié en mer, Eric Bourdon estime que «le CO2 sera dans sa phase critique, au sein de laquelle il est plus stable, et stocké à au moins 800 mètres sous le plancher océanique».
Un pipeline existant converti en carboduc
Dans le cadre du projet Vaia, Vicat prendrait en charge l’équipement de son usine pour la capture du CO2. SPSE, l’opérateur du pipeline existant, est chargé de sa reconversion en carboduc, et de la réalisation du branchement de 20 kilomètres jusqu’à Montalieu-Vercieu. En réutilisant un pipeline existant, les partenaires espèrent abaisser de 80% des coûts d’infrastructures du projet. Le carboduc dispoera d’une capacité supérieure à 4 Mt de CO2 par an, dont 1,2 million prévus pour les besoins de Vicat. Pour le reste, SPSE et Elengy ont lancé un appel à manifestation d’intérêts, «Rhône CO2».
Chiffré à «plusieurs centaines de millions d’euros», sans plus de précisions, le projet reste conditionné à l’obtention d’aides publiques. D’ici à la fin avril 2025, le cimentier doit déposer un dossier auprès du fonds d’innovation européen (Innovation fund). D’ici à la fin mai 2025, en France, Vicat compte répondre à l’appel à projets relatif aux grands projets industriels de décarbonation, prévu dans le cadre de France 2030.
«Sans aides publiques significatives, ce type de projets ne fonctionne pas. Nous prendrons aussi en compte l’évolution du prix du CO2. Par ailleurs, nous comptons sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour ne pas souffrir d’importations carbonées peu chères», indique à L’Usine Nouvelle Eric Bourdon, le directeur général adjoint de Vicat en charge de l’industrie, de l’innovation et du climat. Une décision finale d’investissement sera prise en 2027.



