Des tentes gigantesques, entourées de monticules de terre, sont déployées dans le quartier de Saint-Denis-Pleyel (Seine-Saint-Denis). C’est sur ce chantier gigantesque que sera érigé le centre aquatique olympique, avec son bassin de 50 mètres et ses dix lignes d’eau entourées de 6000 places assises. Un investissement d’un peu plus de 111 millions d’euros.
Avant de commencer la construction l’été prochain, les travaux de déconstruction ont commencé en mars 2020 sur la ZAC Plaine de Saunier à Saint-Denis. Délimité par l’autoroute A86, la ligne 13 du métro et le stade de France, ce site abritait jusqu’en 2019 le centre de recherche d’Engie. Mais il a surtout derrière lui près d’un siècle de production de gaz. Entre 1885 et 1977, s'élevait ici l’usine à gaz du Landy, qui alimentait la capitale. Les hydrocarbures, métaux et solvants enfouis dans le sol ont rendu indispensables des travaux de dépollution.
"Ce chantier dure 14 mois, d’octobre 2020 à décembre 2021, précise Sébastien Amiot, responsable régional Ouest et Île-de-France chez Séché Environnement. Nous allons excaver 165 000 m3 de terres, dont 30 000 m3 fortement polluées seront envoyées par bateau ou camion dans les filières de dépollution, le reste sera réintroduit sur le futur chantier." Un chantier de 14 millions d’euros, dont 10 millions pour Séché Environnement, environ 1 million pour la société Keller Fondations spéciales qui assure la mise en place des tentes et des pieux, et 4 millions pour la société Charier, qui réalise le terrassement.
photo Pascal Guittet Une protection indispensable pour travailler sur le chantier. Photo Pascal Guittet.
Masque à ventilation assistée et détecteur multigaz
Les conditions de travail demandent des protections et des analyses biologiques régulières. Pour pénétrer sur le chantier sous tentes, il est indispensable de s’équiper d’une combinaison intégrale jetable, de gants, de chaussures de sécurité, mais surtout d’un masque à ventilation assistée et d’un détecteur multigaz. Pour les opérateurs qui travaillent dans les camions et les grues, l’air dans les cabines pressurisées est filtré. Une quarantaine de personnes travaillent sur le site, dont une douzaine pour le groupe Séché. Sous la tente, qui dans cette première phase couvre 18 000 m2 de chantier, l’excavation peut être pratiquée sans risque d’émissions atmosphériques. Elle évite également les nuisances olfactives. L’air y est renouvelé et traité en permanence avec des systèmes d’insufflation, d’extraction et d'assainissement.
Au total, ce sont 26 000 m2 de tentes qui seront montées sur 90 pieux plantés à 14 mètres de profondeur. A l'entrée du chantier abrité, deux grues s’affairent pour excaver la terre et remplir un camion qui fait la navette pour l'évacuer. Chaque parcelle de cette terre découpée comme un gâteau est numérotée, pour assurer une traçabilité précise. Séché Environnement a une longue expérience des chantiers hors normes de dépollution. Elle dépollue actuellement la cathédrale de Nantes, notamment pour le plomb. Auparavant, elle a participé à la dépollution de Notre-Dame de Paris et du site Lubrizol.
Sur le futur site olympique, il est toujours possible d’avoir des mauvaises surprises dans le sous-sol, mais elles sont limitées car "une importante cartographie a été effectuée en amont", explique Rémy Muth, directeur technique chez Séché.
photo Pascal Guittet Le chantier du futur centre aquatique olympique donne directement sur le Stade de France. Photo Pascal Guittet.
Pomper et traiter les eaux souterraines
En amont des travaux, des études ont été réalisées pour identifier précisément toutes les zones polluées. Le diagnostic a révélé d’importantes traces d’hydrocarbures, de solvants et de métaux sur une zone en particulier, à plusieurs mètres de profondeur. Et la pollution atteint les eaux souterraines en contact avec les terres contaminées.
Pour dépolluer ce site, l’excavation des sols est considérée comme la solution la plus adaptée. Les terres souillées se trouvent entre 3 et 14 mètres de profondeur. Après chaque excavation, des prélèvements de sols sont réalisés et envoyés dans un laboratoire extérieur, pour s’assurer de la conformité du sol. Les terres les moins polluées sont réutilisées sur le site, tandis que celles qui sont fortement polluées sont remplacées par des gravats concassés issus du chantier de démolition.
Pour pouvoir dépolluer les sols en profondeur, "nous pompons les eaux souterraines et nous les envoyons dans une unité de traitement des eaux d’une capacité de 50 m3 par heure sur le site", explique Rémy Muth. La station est située près des tentes. L’eau dépolluée est ensuite rejetée dans le réseau des eaux de pluie. Après la dépollution, un chantier de 26 mois (jusqu’à décembre 2023) doit permettre d’être prêt à temps. Le centre aquatique olympique doit être mis à disposition du Comité d’organisation des Jeux Olympiques en avril 2024.

90 pieux plantés à 14 mètres de profondeur. Photo Pascal Guittet.



