C’était sans doute sa dernière opération de communication majeure à la tête du groupe Renault. Fin mai, devant un parterre de journalistes et de représentants politiques locaux, Luca de Meo présentait l’Alpine A390 à Dieppe (Seine-Maritime). Commercialement, ce modèle statutaire doit aider la marque à conquérir le segment du haut de gamme sportif. Sur le plan industriel, il doit assurer à l’usine locale une production continue, en attendant l’arrivée en 2026 d’une nouvelle édition électrique de la berlinette A110.
«Alpine, c’est Dieppe. Et Dieppe, c’est Alpine», entend-on dans la cité balnéaire où est née il y a 70 ans la marque de Jean Rédélé. Le maintien en activité de la manufacture et de ses 500 emplois (dont 120 intérimaires) relève toutefois du sauvetage politique. «C’est le premier endroit que j’ai visité quand je suis arrivé chez Renault il y a cinq ans. À l’époque, on n’avait pas de plan produit pour Alpine et on aurait dû fermer Dieppe à la fin de vie de l’actuelle A110. Il fallait trouver une solution», raconte Luca de Meo, qui a mis un point d’honneur à donner de l’envergure à une marque négligée par le Losange pendant des décennies.
Une minuscule usine
Construire un tel véhicule sur des volumes non négligeables dans une usine aussi atypique n’allait pourtant pas de soi. Nichée en lisière de la ville, la manufacture Alpine n’est pas une usine comme les autres. Les canons de l’industrie automobile imposent traditionnellement la mise en place de grands ensembles industriels capables de fabriquer des véhicules à cadence élevée, grâce à des temps de cycle avoisinant la minute. Et aux abords desquels sont implantés les fournisseurs.
Rien de tout cela à Dieppe. Point d’emboutissage et de tôlerie, seulement quatre petits hectares de bâtiments abritent la peinture et l’assemblage final. Pour l’A390, caisse en blanc et batteries sont livrées depuis Douai (Nord), des éléments du châssis proviennent du Mans (Sarthe). En attendant que le modèle prenne ses marques sur la ligne de montage, la vedette reste la berlinette A110. Posée sur son convoyeur en acier, la caisse en aluminium de la petite sportive avance à une allure d’escargot, accompagnée par des opérateurs qui effectuent des dizaines de tâches variées. Le temps de cycle est adapté en conséquence : 38 minutes.

- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
- 1.2165+5.8
27 Mars 2026
Gazole France HTT€/litre
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Optimiser l'espace
Alpine Moins que la cadence de production, Alpine vend le savoir-faire de ses équipes dans une manufacture aux allures d’atelier de haute couture. C’est le seul endroit chez Renault où des ouvriers sont capables de peindre à la main un dégradé de bleu sur une caisse, y compris des pièces en carbone. Les opérations manuelles sont majoritaires. En tout et pour tout, un seul robot est installé dans l’atelier montage. Son rôle : réaliser l’encollage des pare-brises.
Alpine Pour accueillir un véhicule électrique, la manufacture a néanmoins dû opérer une mue. Moyennant un investissement de dix millions d’euros, les moyens de production ont été adaptés au tonnage de l’A390 (2100 kg) et un détour de ligne pour l’installation des carters de batterie a été implanté sur 400 mètres carrés libérés pour l’occasion. «Comme chez IKEA, j’optimise les petits espaces», sourit la directrice de l’établissement, Anne-Catherine Basset.
Augmentation des flux de livraison
«Notre enjeu, c’est surtout la logistique, la flexibilité pour s’ajuster, monter et réduire la cadence» selon la demande. Qui dit hausse de la production sur le site, dit augmentation des flux de marchandises. Un parking de livraison en flux tendu a été aménagé pour accueillir jusqu’à six camions par jour et une zone de stockage de 12000 mètres carrés a été mise en place à quelques encablures de l’usine.
Alpine De quoi permettre à la manufacture de monter en puissance. Sur quel volume Renault table-t-il ? Pas de chiffre officiel, mais la production pourrait être multipliée «entre quatre et sept», assure Renault. «Dans les années 2000, on a produit jusqu’à 20000 Espace», rappelle Anne-Catherine Basset. En 2024, la manufacture a assemblé un total de 4255 unités. Le site, qui assemblait 11 véhicules par jour de travail fin mai 2025, est configuré pour atteindre huit véhicules par heure. Avec une certaine limite : les murs. «Au-delà de 79 véhicules par jour, ça devient compliqué en gestion de stock de pièces», estime Nicolas Juliard, spécialiste en ingénierie sur un site industriel hier en danger et qui aujourd’hui peut à nouveau se projeter sur les dix prochaines années.
Photos : Thibaud Chevalier / Planimonteur pour Alpine



