L’avenir d’Alpine continuera de s’écrire à Dieppe (Seine-Maritime). Vendredi 28 janvier, le groupe Renault a confirmé que le site assemblerait l’un des premiers modèles 100% électriques de la marque française. Avec ce futur véhicule, présenté comme un crossover GT, l’entreprise souhaite démultiplier les volumes de production de l’usine normande qui ressemble aujourd’hui davantage à une manufacture. Le constructeur automobile devra rendre ce modèle rentable, sans sacrifier l’identité haut de gamme de ses véhicules.
« Dieppe était, est et sera le cœur d'Alpine », a martelé le directeur général de Renault, Luca De Meo. Un soulagement pour les 385 salariés de l'usine normande, qui avait frôlé la fermeture en 2020. « Pour moi, il était impensable que ce site ferme. Cela a été des années de négociations », a rappelé le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. Le nouveau SUV doit être produit à partir de 2025. Alpine espère redevenir rentable à la même date. Malgré son positionnement de niche, la marque devra donc compenser ses investissements dans l'électrique et le sport automobile.
Alpine voit l'avenir en grand
Alpine s'engage sur des territoires inconnus. Elle ne fabrique qu'un seul modèle aujourd'hui, la berlinette A110. Mais la marque sportive espère se relancer en assemblant pour la première fois un crossover 100% électrique. Le succès commercial des SUV n'a pas échappé à Renault. Luciano Biondo, le directeur du pôle industriel ElectriCity, estime qu'un tel modèle « sera plus porteur de volumes » et « correspond plus à ce dont cette usine a besoin ».
Simon Chodorge (Après une longue veille, la marque Alpine avait été relancée en 2017 avec l'A110. Crédit : SC)
Dans les allées de la manufacture, Luca De Meo compare le travail des opérateurs à de la haute couture. On entend au loin les cris des mouettes. Les A110 sont assemblées à la main dans un calme qui dénote avec les lignes de production automatisées d'autres sites. À Dieppe, chaque véhicule nécessite environ 85 heures de travail, contre une vingtaine d’heures dans des usines de production de masse. Le site assemble 15 voitures par jour.
C'est peu, mais Renault compte bousculer le petit rythme d'Alpine. En 2021, la marque a déjà vu ses ventes bondir de 74% à 2 659 unités. Luca De Meo ne compte pas s'arrêter là. « Dans un segment comme celui-ci, nous pouvons réfléchir à multiplier la production par six, sept, dix voire par vingt, si nous sommes capables de faire un produit au niveau », avance le dirigeant.
La crème de la crème de Renault
Le groupe ne chiffre pas encore ses investissements ou les embauches prévues pour ce projet. « Tout le défi est de rester sur la même surface. La compacité est un signe de réussite », suggère Luciano Biondo. De la même manière, Renault dévoile peu de caractéristiques sur le prochain véhicule. On sait tout de même qu'il sera basé sur la plateforme CMF-EV, qui accueille déjà la nouvelle Renault Mégane E-Tech électrique.
Simon Chodorge (Le futur crossover utilisera des moteurs électriques fabriqués par Renault à Cléon en Seine-Maritime. Crédit : SC)
Une marque française arrivera-t-elle enfin à concurrencer les signatures allemandes dans le haut de gamme ? Sur le futur crossover, tout le développement reste à faire. « Nous allons jouer dans la cour des grands. Nous allons être en compétition avec des monstres sacrés et allons nous adresser à une clientèle de passionnés », reconnaît Luca De Meo.
Le directeur général assure toutefois que la marque concentre « la crème de la crème » du groupe français. « Nous avons inclus dans Alpine l’équipe d’ingénierie qui travaillait avant chez Renault Sport. Il s’agit de quelques centaines d’ingénieurs », souligne-t-il. « L'industrie automobile haut de gamme n'est pas réservée à l'Allemagne », veut croire de son côté Bruno Le Maire.
Conserver l'ADN d'Alpine
Dans les projets d'investissements pour Dieppe, Luciano Biondo évoque une modernisation avec des travaux sur le numérique. La manufacture travaille déjà avec quatre imprimantes 3D pour réaliser des pièces en plastique tels que des éléments d'outillage. Pas question en revanche de dénaturer le mode de travail des salariés. « Bien sûr, il y aura plus de volumes. Nous travaillerons peut-être en trois équipes, mais nous retrouverons globalement la même logique de fabrication. Nous n'allons pas automatiser le montage », assure Luciano Biondo.
La nouvelle gamme d'Alpine prévoit également le lancement d'une voiture compacte et d'un successeur pour l'A110 avant 2026. Les deux modèles seront également 100% électriques. Leur site d'industrialisation reste indéterminé. Dieppe ne récupérera pas forcément la nouvelle A110, d'autant plus que Renault développe le véhicule en collaboration avec Lotus.
Simon Chodorge (Dans ce « tunnel de validation », les opérateurs d'Alpine effectuent des derniers contrôles visuels. Crédit : SC)
Conserver l'ADN d'Alpine, mais aller vers de nouveaux segments. Rester dans le haut de gamme sans demeurer confidentiel. Au fil des interventions, les dirigeants de Renault semblent évoluer sur une ligne de crête. « Nous voulons faire un produit qui est au niveau des attentes de n’importe quel client dans le monde, pas seulement en France », ajoute Luca De Meo à la liste de ses ambitions. La renaissance d'Alpine fait partie des grands axes du plan Renaulution initié par le directeur général en 2021. Une première épreuve de vérité attend la nouvelle gouvernance du groupe le 18 février, lorsqu'elle présentera ses résultats financiers.



