L’Europe peut réduire sa dépendance aux importations de terres rares. Mais, elle va devoir investir pour se doter de capacité de recyclage et de sites d’extraction et de transformation. L’alliance européenne pour les matières premières (Erma) a transmis à la Commission européenne son plan d'action pour créer une industrie européenne des aimants permanents, dont les terres rares sont un des composants indispensables. L'alliance avait été créée en 2020 par la Commission européenne, sur le modèle de l'alliance européenne des batteries fédérant les industriels du secteur, dans le cadre de sa stratégie afin de trouver des solutions pour sécuriser ses approvisionnements en matières critiques en particulier de la transition énergétique.
L'industrie européenne dépend à plus de 90 % des importations chinoises pour ses aimants permanents. Et ses besoins devraient augmenter rapidement, alors que 95 % des voitures électriques contiennent des aimants permanents embarquant des terres rares. Dans le monde, la demande de l’industrie automobile devrait passer de 5 000 tonnes de terres rares à 70 000 entre 2019 et 2030. Les terres rares, qui regroupent 17 minéraux différents servent par ailleurs aux aimants installés dans les rotors des éoliennes offshore et à l’industrie de défense. D'où l'enjeu stratégique pour l'industrie européenne. « La combinaison d’un manque de diversification des sources d’approvisionnement et d’une hausse exponentielle de la demande d’aimants à haute performance créent les conditions parfaites pour des ruptures potentielles des chaînes d’approvisionnement », pointe le rapport de l’Erma.
Un PIIEC pour les aimants permanents
Pour diversifier l’approvisionnement des industriels européens, l'alliance plaide pour le lancement d'un projet européen important d’intérêt commun (PIIEC), qui autorise les Etats à subventionner des projets industriels en dérogeant aux règles sur les aides d’Etat, pour soutenir des projets de recyclage, d'extraction de terres rares et de production d'aimants permanents en Europe. « Au moins quatre Etats-membres ont indiqué leur intérêt pour un tel PIIEC. Les instruments financiers devront être mis en place rapidement pour permettre un lancement rapide des sites de production et éviter les goulots d’étranglement », souligne l'Erma. A ce stade, 14 projets ont déjà été identifiés en Europe, représentant 1,7 milliard d’euros d’investissement au total. Si tous vont au bout, ils permettraient d’assurer 20 % de la demande européenne en 2030. S’y trouve notamment la start-up lyonnaise Carester, qui porte un projet de recyclage des terres rares. Des projets d'exploitation de gisements existent aussi en Suède, à Nörra Karr, en Finlande et en Norvège. Une usine de séparation fonctionne en Estonie.

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L'Europe va devoir aussi renforcer le recyclage. Celui-ci concerne pour l'instant moins de 1 % des aimants permanents. Afin d' encourager la constitution d’une filière, l'Union européenne peut passer par la normalisation et la réglementation, comme elle le fait en ce moment avec le règlement "batteries" pour le nickel, le cobalt et le lithium. Une obligation minimum d’approvisionnement local pourrait être instaurée pour les industries de défense et les certifications environnementales poussées, suggère le rapport.
Parmi ses douze propositions, se trouvent aussi l'instauration d'une centrale d’achat de matières premières pour les pays européens, et subventionnées par les Etats, sur le modèle de ce que fait déjà le Japon, afin de diversifier ses sources d'approvisionnement et la création d'un instrument financier de prêts relais, doté de 150 à 200 millions d'euros par an, pour réduire le risque et soutenir les projets d'investissement. L'Europe devra aussi réussir à créer les conditions d'une concurrence équitable avec la Chine. Une gageure, alors que la Chine subventionne largement, par des exemptions de taxes, la transformation des terres rares en aimants permanents.
Les Etats-Unis plus avancés
L’Europe n’est d'ailleurs pas la seule à se préoccuper de sa dépendance. Depuis 2017, les Etats-Unis ont réouvert la mine de terres rares de Mountain pass, en Californie, qui fournit 15 % de la production mondiale. Et le plan d'investissement de 1000 milliards de dollars, que le Congrès n'a pas réussi à ratifier fin septembre mais toujours en examen, prévoit 140 millions de dollars de subventions pour créer un démonstrateur aux Etats-Unis d'usine de séparation des terres rares, le segment sur lequel la Chine domine le plus largement. Le 24 septembre, le département du commerce américain à par ailleurs ouvert une enquête sur les importations chinoises de Néodyme, sous la section 232 pour atteinte à la sécurité nationale. Elle pourrait aboutir à l'été 2022 à des taxes prohibitives afin de soutenir une filière américaine de production.



