A Berlin, Mercedes-Benz teste le robot humanoïde Apollo pour ses usines

Ce 18 mars au Digital Factory Campus de Berlin, Mercedes-Benz a fait la présentation de plusieurs innovations, numériques ou non, qui jalonneront sa production industrielle ces prochaines années. Le robot humanoïde Apollo, conçu par l’américain Apptronik, était assurément la principale vedette du show. Le constructeur allemand imagine pouvoir le déployer opérationnellement en 2030 pour des tâches d’assemblage et de logistique.

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Apollo, le robot humanoïde d'Apptronik, réalise une opération d'assemblage de pièces, au Digital Campus Factory de Mercedes-Benz, à Berlin, le 18 mars 2025.

Le rideau à peine ouvert, tout ce qui ressemble à un appareil de prise de vue se braque instantanément sur la « star » de la présentation orchestrée par Mercedes-Benz, ce 18 mars 2025 : Apollo, le robot humanoïde de la start-up américaine Apptronik, que le constructeur automobile allemand a entrepris de former dans l’espoir que cet être synthétique soit un jour suffisamment compétent pour oeuvrer dans ses lignes de production.

Voilà qui explique la présence, depuis quelques semaines, d’une poignée d’Apollo au Digital Factory Campus. Il s’agit d’un centre axé sur l’innovation et implanté depuis 2022 dans le quartier de Marienfelde, au sud de Berlin, sur un site industriel historique de Mercedes-Benz. En ces lieux, la marque au logo étoilé développe et éprouve les méthodes et technologies qui perpétueront la « digitalisation » de ses activités : jumeau numérique du nouveau coupé 4 portes CLA, système d’exploitation MB.OS à bord des véhicules, agent conversationnel basé sur des grands modèles de langage qui extraient les documentations techniques à la demande des employés… La mécanique n’a pas été laissée de côté, l’usine de Marienfelde ayant mis au point les étapes de fabrication d’un moteur électrique à flux axial (plus dense énergétiquement qu’un moteur à flux radial), qui sera produit en 2026.

Un symbole de la fusion de l'IA et de la robotique

A la croisée de ces deux mondes, Apollo s’apparente à une « IA physique », formule Jörg Burzer, responsable de la gestion de la production, de la qualité et de la chaîne d’approvisionnement de Mercedes-Benz. Il a été appelé à montrer ses talents durant un petit quart d’heure. On est d’abord un poil déçu de ne pas le voir gambader librement au milieu de l’atelier. Pour des raisons de sécurité – c’est la justification entendue sur place -, il est immobile derrière son pupitre, le bassin attaché au sol.

La première démo commence. Apollo saisit avec ses deux mains deux pièces devant lui et parvient à les assembler, au bout d’une dizaine de secondes. Il transfère le composant à un opérateur en chair et en os, venu le rejoindre, qui le fixe ensuite sur le moteur. Quiconque a regardé les nombreuses vidéos postées sur lnternet par les représentants de la nouvelle vague de robots humanoïdes (Figure, Tesla, 1X, Sanctuary AI, Unitree…) pourrait lâcher un soupir blasé. Mais au moins a-t-on la chance d’observer directement le robot en action, sans les habituelles mises en scène faisant parfois douter de la réalité de ce qu’on voie.

Vision, langage... action !

Dans un deuxième temps, Apollo se munit cette fois d’une visseuse électrique pour fixer quelques vis sur une plaque. On se dit qu’il est vraiment adroit pour son jeune âge, puisqu’il est né en août 2023. Dans le cas présent cependant, les actions du robot miment les gestes d’un téléopérateur équipé d’un casque de réalité virtuelle. L’occasion, pour Mercedes-Benz, de montrer comment se déroule l’apprentissage du robot, ou plutôt de l’IA qui lui sert de cerveau.

Ce type d’IA est un dérivé des IA génératives de type ChatGPT. Multimodales, elles sont capables d’associer des objets et les mots qu’elle identifie dans une instruction orale ou écrite, puis de traduire ces instructions en actions, en activant les moteurs du robot adéquats. L’idée est de ne plus programmer les robots, mais de les entraîner à accomplir des actions.

Ces modèles d’IA, appelés VLA (pour vision language action), suscitent un fort intérêt de la part de la communauté R&D en robotique depuis deux à trois ans. Le modèle Helix présenté par Figure en février dernier est de ceux-là, de même que Gemini Robotics par Google Deepmind quelques semaines plus tard. Apptronik et Google Deepmind ont du reste signé un partenariat en décembre dernier, qui promet l’intégration prochaine de Gemini Robotics dans Apollo, qui emploie pour le moment une IA développée par Apptronik.

Google partenaire d'Apptronik

« Beaucoup d’avancées comme l’architecture Transformer et les modèles VLA ont été inventées par Google, répond le PDG et cofondateur d’Apptronik, Jeff Cardenas, quand on lui demande la raison de ce rapprochement avec Google. Donc nous sommes très contents de faire équipe avec eux pour repousser les frontières de ce qui est possible en matière d’IA et de robotique. » Parmi les nouveautés introduites par Gemini Robotics, Google cite notamment la généralisation, permettant à un robot de réaliser une tâche pour laquelle il n’a jamais été entraîné.

Les expérimentations en cours à Berlin ainsi qu’à Kecskemet, un site hongrois de Mercedes-Benz qui accueille aussi des robots Apptronik depuis quelques mois, nourriront la prochaine génération du robot Apollo, attendue d’ici à la fin de l’année. Le constructeur allemand, de son côté, va étudier les applications pour lesquels Apollo pourrait se rendre utile. Comme à l’accoutumée, il est question de tâches rébarbatives voire dangereuses pour la santé des humains.

Mercedes-Benz investit aussi de l'argent

Jörg Burzer décrit un cas d’usage précis dans l’intralogistique, réalisée par des prestataires de service : « On éprouve des difficultés à obtenir du personnel. Un robot humanoïde pourrait alors faire le picking de pièces tout en réduisant significativement les erreurs, grâce à son IA. Ce n’est en effet jamais la même voiture qui est assemblée d’une semaine à l’autre et si une mauvaise pièce est livrée, la production peut être interrompue. C’est un cas d’usage intéressant. C’est aussi une situation où vous ne remplacez pas du personnel existant, mais des personnes que vous n’avez plus à disposition. »

Quand ces robots seront-ils vraiment opérationnels ? « Je suis convaincu que certains de ces robots seront impliqués dans notre production automobile en 2030, affirme-t-il. Et il faut garder à l’esprit que ces robots peuvent être aussi employés dans d’autres environnements de production. » Mercedez-Benz y croit au point d’avoir annoncé ce 18 mars sa participation à un tour de table sursouscrit, s’ajoutant aux 350 millions de dollars levés par Apptronik en février dernier – ce qui fait un total de 403 millions de dollars au total pour la start-up. Les investisseurs continuent de faire les yeux doux aux robots humanoïdes.

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