Comment les Pays de la Loire comptent réduire de 75% leurs émissions de CO2 industrielles

Six industriels de la région Pays de la Loire et Nouvelle Aquitaine ont lancé le 10 juillet les études du projet de captage et stockage de CO2 industriel. Baptisé GOCO2, il doit entrer en service en 2030 et permettra de piéger jusqu’à 4 millions de tonnes de CO2 à l’horizon 2050.

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Terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne
Le projet GOCO2 prévoit l'installation d'un terminal de liquéfaction de CO2 par Elengy à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique).

Les feuilles de route des 50 sites les plus émetteurs de gaz à effet de serre en France ont parlé. Impossible de réduire les émissions de 55 % en 2030 comparé à 1990 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050 sans une dose de captage et stockage de CO2 industriel. Même si la solution fait débat, le gouvernement a dévoilé le 26 juin sa stratégie nationale de captage et stockage de CO2. Elle vise à piéger de 4 à 8,5 millions de tonnes de CO2 (MtCO2) par an à horizon 2030 sur les sites industriels les plus émetteurs en France et de 15 à 20 Mt à horizon 2050.

La stratégie CCUS prévoit en effet de prioriser le CCS par grande zone industrielle en commençant dès 2026 par les grands ports industriels de Dunkerque (Nord), du Havre (Seine-Maritime) et de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Avant de s’attaquer à partir de 2028 aux bassins de Lacq/Sud-Ouest et de Loire-Estuaire, puis en 2033 au Grand Est. C’est dans ce cadre que des industriels de l’estuaire de la Loire ont dévoilé le 10 juillet le projet GOCO2 (Grand Ouest CO2). Il vise à capter et transporter jusqu’à un hub de liquéfaction et d’export à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) 2,6 millions de tonnes de CO2 par an (Mt/an) à partir de 2030 et prévoit d'atteindre 4 Mt/an à l’horizon 2050. De quoi réduire de 75 % les émissions industrielles du Grand Ouest à cet horizon.

Du captage de CO2 sur les cimenteries et raffineries

GOCO2 est porté par six industriels. Le cimentier allemand Heidelberg Materials captera le CO2 sur son usine d’Airvault (Deux-Sèvres), dans laquelle il investit 285 millions d’euros pour sortir des fossiles et atteindre 90 % de combustibles alternatifs. « Ce projet est clé pour décarboner l’industrie du ciment et de la chaux dans le Grand Ouest de la France. Deux tiers des émissions de CO2 de l’industrie cimentière sont liées au process. Sans captage du CO2, pas de décarbonation du ciment », rappelle Bruno Pillon, président des activités France d’Heidelberg Materials.

Le cimentier Lafarge fera de même sur son site de Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne) tout comme le chaufournier Lhoist sur son site de Neau (Mayenne). Ce dernier a été le premier industriel à signer avec l’Etat un contrat de transition écologique le 22 mai avec pour objectif de capter 94 % de CO2 en 2030 sur le site de Neau. Il sera aussi le premier à produire de la chaux décarbonée à échelle industrielle sur son site de Réty (Nord). TotalEnergies est aussi de la partie pour capter du CO2 sur son site de Donges (Loire-Atlantique) notamment. Mais il reste prudent quant à ses objectifs chiffrés. Le responsable de la business unit CCS de TotalEnergies, Étienne Anglès d’Auriac, rappelle juste que « l’objectif de la compagnie est de développer une offre de stockage en Europe pour ses émissions résiduelles et celles de ses clients. »

Un terminal CO2 à Montoir-de-Bretagne

Une fois capté, ce CO2 sera acheminé par un réseau de canalisations local construit par le transporteur de gaz GRTGaz, jusqu’à un hub de liquéfaction, à Montoir-de-Bretagne (Loire Atlantique), opéré par Elengy, filiale gérant les terminaux GNL d’Engie. De là, il sera ensuite transporté par bateau vers des zones de stockage sous-marin en mer du Nord, voire en Méditerranée, dans un premier temps, avant l’éventuel développement de stockage souterrain terrestre en France prévu dans la stratégie CCUS nationale. « La destination des sites de stockage est ouverte », expliquent les partenaires industriels du projet. Mais ce dernier n’en est qu’au début de la phase d’études techniques préliminaires (2023-2024), avant de lancer les études d’ingénierie de base (2025-2026), pour une décision d’investissement en 2027 et une mise en service en 2030.

Le projet GOCO2 nécessitera un investissement total d’environ 1,7 milliard d’euros, a estimé le cabinet E-CUBE Strategy Consultants. La chaine complète, comprenant captage, transport et stockage, coûterait aux industriels autour de 200 euros la tonne de CO2, avant subvention. Le projet, qui a déjà reçu des lettres de soutiens des ministères de l’Industrie et de la Transition écologique, serait éligible aux programmes d’aides ZIBAC Loire Estuaire, France 2030 et au fonds européen Connecting Europe Facilities et Innovation Fund. L’objectif étant d’ouvrir ce réseau à d’autres industriels de la région.

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