Reportage

Comment le groupe Seb a relancé les casseroles italiennes Lagostina

Repris en 2005 par Seb alors qu'elle était en difficulté, l’entreprise italienne Lagostina fête ses 120 ans avec un horizon qui s'éclaircit. Le groupe français a fortement modernisé son usine d'Omegna, dans le Piémont, revu sa politique commerciale et investi sur l’innovation.

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L'autocuiseur de Lagostina, emblématique de la marque italienne, produit dans son usine d'Omegna, en Italie du nord.
L'usine Lagostina à Omegna, en Italie du Nord, produit 150 000 autocuiseurs chaque année. Un brevet a été déposé en 2019 pour le couvercle, dont l'utilisation est facilitée.

Situé à l’ouest du lac Majeur, le lac d’Orta n’en a pas toute la splendeur, mais les sommets alpins qui l’encerclent, enveloppés de nuages cotonneux en plein été, lui confèrent la même magie. Sur ses bords, dans la région du Piémont, se sont développés deux districts industriels typiques du nord de l’Italie. Celui de la robinetterie, au sud du lac, toujours vivace, et celui des articles ménagers, au nord, autour de la petite ville d’Omegna, à une centaine de kilomètres de Milan. Malmené par les importations chinoises, le secteur des arts ménagers ne compte plus que quelques survivants de la grande époque, sauvés du tsunami asiatique par la qualité du design italien, comme Alessi et Lagostina. Bialetti, fabricant des célèbres cafetières à moka italiennes, a fermé son usine en 2010.

Vue depuis l'usine Lagostina à Omegna en ItalieD.R.
Vue depuis l'usine Lagostina à Omegna en Italie Vue depuis l'usine Lagostina à Omegna en Italie

L'usine historique de Lagostina est installée au pied des Alpes, au bord du lac d'Orta, dans le Piemont italien. Crédit: Cécile Maillard.

Lagostina continue de produire à Omegna des casseroles haut de gamme, dans une ancienne usine textile de 1885, remise à neuf depuis que Seb a racheté la marque, en 2005. Thierry de La Tour d’Artaise, le PDG du groupe, connaissait bien les derniers propriétaires de Lagostina, et ne leur avait jamais caché son intérêt pour l'entreprise familiale, créée en 1901 pour fabriquer des couverts dans les bandes de fer qui maintenaient les balles de coton importées par l’industrie textile. "En 2005, Lagostina était quasiment en faillite, alors que les produits chinois envahissaient le marché depuis 2004, raconte Thierry de La Tour d’Artaise. C’est une marque magique, qui conjugue technologie et design! Un produit de cuisine très beau, qui se met à table, avec un charme italien, très féminin".

La Linea d'Osvaldo Cavandoli, née pour une publicité Lagostina dans les années 70. D. R.
La Linea d'Osvaldo Cavandoli, née pour une publicité Lagostina dans les années 70. La Linea d'Osvaldo Cavandoli, née pour une publicité Lagostina dans les années 70.

La Linea d'Osvaldo Cavandoli, née pour une publicité Lagostina dans les années 70. Crédit: Cécile Maillard 

A l'équilibre depuis 4 ans

Les ventes en ligne ont doublé entre 2019 et 2020, et devraient progresser de 60% entre 2020 et 2021.

Pour relancer la marque, le groupe Seb revoit sa gestion. "Ca, on sait faire", commente le PDG du groupe, leader mondial sur les articles culinaires. A son arrivée, Seb cherche à développer les trois principaux marchés de Lagostina, l’Italie et le Canada (34% de parts de marché chacun), la France et la Belgique (18%), et tente de percer au Japon. Seb a repris la licence cédée au Canada. Réfléchi à de nouveaux circuits de commercialisation, alors que les quincailleries ferment partout en Europe, et que les listes de mariage disparaissent. Les ventes en ligne ont doublé entre 2019 et 2020, et devraient progresser de 60% entre 2020 et 2021, avec une forte part sur les sites de ventes privées. Pour le marché italien, un site de vente en ligne a été ouvert en juin 2021. Lagostina, à l’équilibre depuis quatre ans selon Seb, vise un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros d’ici quelques années.

Surtout, avec sa puissance de frappe, le groupe a investi dans l’usine d’Omegna une vingtaine de millions d’euros, auxquels s’ajouteront 800 000 euros en 2022 et 2023. Elle n’avait que 7 robots quand Seb est arrivé. Elle a depuis reçu le renfort d’une quarantaine de robots Fanuc, et teste un robot collaboratif. Emboutissage des disques d’inox, lavage automatique des cuves, ajout d’un fond thermo-diffuseur par frappe à chaud… L’essentiel des tâches est automatisé.

Lagostina usine d'Omegna@www.mafstudio.it
Lagostina usine d'Omegna Lagostina usine d'Omegna (@Andrea de Gennaro)

Depuis la reprise par Seb, une quarantaine de robots ont été installés dans l'usine. Crédit: www.mafstudio.it

Une ligne de polissage est consacrée au produit phare de Lagostina, un autocuiseur avec un couvercle à poignées qui s’introduit dans la cuve avant d’être serré, produit italien iconique, très apprécié au Japon. Trois autres carrousels polissent les cuves de casseroles des autres modèles. Dans l’usine, la centaine d’ouvriers (sur les 160 salariés de Lagostina) vérifie que les machines tournent et que le produit fini répond à la qualité attendue (garantie 25 ans).

Production venue d'Allemagne

L’usine Lagostina a été une des premières, dans les années 30, à produire des casseroles en acier inoxydable, un matériau qui conjugue l’esthétique – on s’y voit comme dans un miroir - et la souplesse – on peut concevoir des casseroles incurvées, des formes rondes au design tout italien. Mais l’inox est mauvais conducteur de chaleur. Un disque d’aluminium est donc ajouté au fond de la casserole, pris en sandwich entre deux épaisseurs d’inox. Une technologie brevetée en 2016 (Lagofusion) permet à Lagostina d’ajouter un fond en disque d’aluminium cranté grâce à une découpe laser faite à Omegna, qui remonte légèrement le long de la casserole pour mieux y diffuser la chaleur.

Lagostina, technologie Lagofusion pour le fond de la casserole@www.mafstudio.it
Lagostina, technologie Lagofusion pour le fond de la casserole Lagostina, technologie Lagofusion pour le fond de la casserole (@Andrea de Gennaro)

La technologie Lagofusion, brevetée en 2016, permet de mieux diffuser la chaleur du fond vers les parois de la casserole. Crédit: www.mafstudio.it

Avec WMF, la production du site va passer de 400 000 à 850 000 unités par an.

Reconnue comme un centre d’excellence du groupe pour l’inox, l’usine d’Omegna fabrique depuis cette année les poêles et casseroles en inox de la marque allemande WMF, rachetée en 2016. Avec WMF, la production du site va passer de 400 000 à 850 000 unités par an. Une trentaine de salariés a été recrutée. Une consolidation importante du site, sur fond de progression du marché de la casserole en inox. Le site allemand va, lui, se spécialiser dans le matériel professionnel. Autre synergie entre marques du groupe: depuis 2016, Lagostina vend sous sa marque les produits Ingenio fabriqués par Tefal.

Bientôt 80% d'inox recyclé

Au rez-de-chaussée légèrement enterré, les salariés du bureau d’études et du service développement conçoivent de nouveaux modèles dans un local repeint en blanc et rouge, les couleurs de Seb. En 2019, un nouveau brevet a été déposé pour le couvercle de l’autocuiseur, pour en faciliter l’utilisation.

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Usine Lagostina à Omegna Italie Usine Lagostina à Omegna Italie

L'usine d'Omegna est devenue le centre d'excellence du groupe Seb pour l'inox. Crédit: Cécile Maillard

Début juillet, pour fêter ses 120 ans, Lagostina a lancé deux nouvelles gammes. L’une, destinée aux marchés français et italien, vendue surtout en ligne, rend abordables les casseroles classiques de la cuisine italienne, une risottiera (pour faire le risotto), une pastaiola (nom déposé, pour cuire les pâtes, avec un panier à fentes verticales pour l’écoulement de l’eau), une saltapasta (où mélanger pâtes et sauce). Leur couvercle, en verre et bois, utilise un bois de cerisier originaire de la région d’Omegna.

L’autre gamme, destinée au marché italien pour commencer, est produite à partir d’inox recyclé. Son arrivée est prévue en France en mars 2022. Objectif du groupe: qu’à terme, 80% de l’inox utilisé à Omegna soient d’origine recyclée. Peut-être parce que le prix des matières premières, dont l’acier, flambe? "On ne va jamais dans le recyclé pour faire des économies, nuance le PDG de Seb. Il nous a fallu dix ans pour que l’utilisation de l’aluminium recyclé par Téfal soit rentable, le temps d’augmenter les volumes et de diminuer les coûts de revient. Pour que l’inox recyclé soit rentable, il faudra qu’il y ait une filière".

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