Véhicule électrique, voiture autonome, nouvelles mobilités… Que restera-t-il des grandes révolutions qui traversent l’automobile alors que la crise économique engendrée par l’épidémie de coronavirus oblige les constructeurs et équipementiers à recentrer leurs investissements ? Pour éviter les sorties de route, la plupart des groupes se sont lancés dans de vastes programmes d’économies, aux effets dévastateurs sur l’emploi.
En France, Renault va supprimer 4 600 postes, tandis que Valeo a signé un accord pour améliorer la compétitivité de ses usines, au prix d’un gel des salaires.
En parallèle, de nouvelles habitudes pourraient surgir chez les consommateurs, aussi bien de la part de clients soucieux de limiter l’impact écologique de leurs déplacements, que d’autres souhaitant limiter les contacts avec l’extérieur pour se préserver du virus.
Toujours plus de voitures électriques

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S’il y a bien une révolution dont la vigueur ne faiblit pas malgré la crise, c’est l’électrification. Et pour cause. "La plupart des aides gouvernementales de soutien à l’automobile sont tournées vers les véhicules électriques. Combinés à l’intérêt des clients, ces dispositifs ont accéléré les ventes", justifie José Baghdad, associé chez PwC France. Sans oublier qu’en Europe, les constructeurs ont tout intérêt à vendre de tels modèles, sous peine d’écoper d’une amende de 95 euros par véhicule vendu et pour chaque gramme de CO2 dépassant la limite fixée par Bruxelles… Ce qui pourrait représenter des millions, voire des milliards d’euros de pénalités.
Bilan : les efforts conjoints des entreprises sur l’offre et des États sur les incitations financières ont fait bondir les ventes de véhicules électrifiés sur le Vieux Continent. Entre avril et juin, les modèles à batteries et les versions hybrides rechargeables ont grimpé de 53 %, à 129 000 unités dans l’Union européenne, selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles (Acea). En France, les modèles électriques et hybrides ont représenté respectivement 6 % (70 500 unités) et 12,9 % (150 000 unités) des ventes de voitures particulières neuves au cours des neuf premiers mois de l’année, d’après le Comité des constructeurs français d’automobile (CCFA). Une conversion du parc qui devrait s’accélérer avec le bonus de 1 000 euros qui sera créé pour l’achat d’une voiture électrique d’occasion.
En revanche, les groupes ferment les vannes de l’investissement dans le domaine du véhicule autonome. BMW a annoncé fin juin la suspension de sa coopération avec Daimler sur la conduite autonome. "Compte tenu des dépenses requises pour la création d’une plate-forme technologique partagée et des conditions économiques et commerciales actuelles, les deux groupes ont conclu que le moment n’était pas propice à une mise en œuvre réussie de la coopération", a justifié le constructeur, tout en ajoutant que chacun continuerait à travailler séparément sur le sujet. En juin, AlixPartners anticipait des coupes de 20 milliards de dollars (17 milliards d’euros) dans les dépenses totales liées à cette technologie d’ici à 2025. "Sur le plan technique, le véhicule autonome est quasiment opérationnel. Reste à trouver les cas d’usage qui font sens et généreront un retour sur investissement. Pour l’instant, le coût reste trop important et le modèle économique incertain. Or, les constructeurs n’ont plus les moyens d’investir sur tous les fronts et privilégient le véhicule électrique au détriment de l’autonomie", analyse José Baghdad.
De quoi ouvrir un boulevard à des acteurs n’ayant pas à supporter un double investissement dans l’électrique et l’autonome… Comme les géants du numérique. Amazon a racheté avant l’été Zoox, une start-up californienne spécialiste des robots-taxis, tandis que Waymo ouvre peu à peu son service de robots-taxis au grand public à Phoenix (États-Unis).
Les mobilités partagées sur la sellette
La pandémie signera-t-elle le retour de la mobilité individuelle ? C’est en tout cas la tendance qui se dégageait d’un sondage réalisé en mai par AAA Data et OpinionWay : 68 % des 1 129 Français interrogés indiquaient vouloir privilégier le recours à leur voiture individuelle à la fin du confinement. En Chine, la crainte d’être contaminé dans les transports en commun a fait croître les intentions d’achat. D’après Ipsos, 72 % des Chinois ne possédant pas de voiture et résidant dans les régions les plus touchées faisaient état de leur souhait d’en acheter une. Une mauvaise nouvelle pour les nouvelles mobilités. Aux États-Unis, General Motors a annoncé la fin de son service d’autopartage Maven en avril.
À l’inverse, Renault se félicite du dynamisme de son offre Zity, qui permet d’accéder à 500 Zoé en libre-service à Paris, Clichy et Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) depuis une application mobile. Plus de 20 000 personnes utilisent ce service dans les trois villes.
Une croissance liée au report d’usagers des transports en commun vers ces solutions alternatives ? Pas impossible. Mais pas sûr que ce phénomène profite à tous les acteurs. Des experts estiment que la crise risque d’engendrer une consolidation dans la mobilité et d’acter la disparition de certains groupes, étranglés par l’arrêt brutal de leurs services, notamment en raison du confinement décrété dans de nombreux pays.
Les SUV, rois du monde
La crise ne devrait pas remettre en cause l’attrait des clients pour les SUV. D’après AlixPartners, ces modèles représenteront 54 % des 17,2 millions de véhicules légers neufs vendus à horizon 2027 aux États-Unis, tous segments confondus, contre 43 % en 2017. En France aussi, leur part devrait continuer de grimper. En 2030, ils pourraient totaliser 43 % des 2,4 millions de ventes de voitures attendues à cette date, contre 21 % en 2015. « L’arrivée de versions hybrides et électriques contribuera à faire du SUV le type de véhicule le plus vendu au monde », prévoit Georgeric Legros, directeur chez AlixPartners France. Mais des modèles pourraient voir leur existence écourtée en Europe. En cause : le passage à 95 grammes de CO2 par véhicule et kilomètre. D’après Jato Dynamics, les émissions des SUV ont atteint en moyenne 131,5 grammes par kilomètre en 2019. Et ce alors qu’ils totalisent 38 % de parts du marché. Loin de la limite fixée par l’Union européenne. Bilan : « L’électrification pourrait être une solution, mais de nombreuses marques seront contraintes d’abandonner certains de leurs SUV », prévient Felipe Muñoz, analyste au sein du cabinet.



