Comment l’Europe espère atténuer les effets de l’embargo sur le diesel russe

L’embargo européen sur les produits pétroliers raffinés russes débute dimanche 5 février. Pour se préparer aux effets incertains de cette nouvelle vague de sanctions, notamment pour le diesel, l’Union européenne a fait des stocks et développé les sources d’approvisionnement alternatives.

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Stolt Tanker
A partir du 5 février, les produits pétroliers distillés comme le diesel ne pourront plus arriver en Europe par voie maritime.

L’incertitude est de mise. Après avoir décrété un embargo, assorti d’un prix plafond, sur le pétrole brut issu de Russie le 5 décembre, l’Union européenne réitère dimanche 5 février en s’attaquant aux raffineries. A partir de cette date, plus aucun produit pétrolier raffiné (diesel, kérosène, essence, bitume…) russe ne devrait arriver sur le Vieux Continent par voie maritime. Un blocage dont les effets devraient surtout se faire sentir sur le diesel, en raison de la spécialisation historique de la Russie sur ce créneau. Selon le cabinet S&P Global, plus d’un quart des importations de diesel par l'Europe venait encore de Russie début 2023. L'équivalent de plus de 450 000 barils par jour ! Un chiffre déjà en forte diminution si l’on considère que le même pays représentait 46% des importations de diesel du Vieux Continent avant le début de la guerre en Ukraine.

Ruée sur le stockage

D’avis partagés, l’embargo sur le diesel pourrait causer davantage de remous que celui sur le brut, dont les effets sur le cours du baril de brent – en légère hausse autour de 86 dollars fin janvier – ont été limités. Un constat qui avait d’ailleurs poussé Bruxelles à ne pas précipiter ce second embargo. Comme pour le brut, l’interdiction d’importations de produits pétroliers russes par voie maritime sera accompagnée de prix plafond imposés à l’échelle internationale. Ces derniers sont encore en négociation et devront être respectés par tous les acteurs souhaitant continuer d’acheter des services d’entreprises européennes, par exemple pour assurer des navires pétroliers.

Issu du raffinage du pétrole brut, le diesel est le carburant routier le plus utilisé en Europe. Il est quasi-omniprésent dans les poids lourds et, malgré son fort impact sur le climat et la pollution de l’air, a constitué plus de 15% des nouvelles immatriculations en France en 2022. D’où la fébrilité avec laquelle est scruté son prix. L’embargo européen ne devrait pas avoir d’effets importants à court terme, a récemment rassuré la commissaire européenne à l’énergie, Kadri Simson, en rappelant notamment que les pays européens doivent disposer de réserves stratégiques équivalentes à deux mois de consommation intérieure.

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La part de la Russie dans les importations européennes de diesel a diminué depuis 2022, mais les importations globales augmentent. Crédits : S&P Global 

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Depuis quelques mois, industriels et financiers emmagasinent aussi cet hydrocarbure. Selon le cabinet hollandais Insights Globals, qui suit les mouvements des tankers, les stocks de gazole détenus autour des grands ports du nord de l’Europe (Amsterdam, Rotterdam et Anvers) sont à leur plus haut depuis un an et demi. Le même cabinet notait que début 2023, «moins de produits remontent le Rhin car les dépôts dans l’arrière-pays sont pleins».

Des Reserves insuffisantes

En raison de l’embargo à venir, le diesel s’achète pourtant à des prix élevés sur le marché spot. Depuis un an, il bénéficie aussi de marges de raffinage (le surcoût par rapport au pétrole) très importantes. Selon l'Ifpen, celles-ci atteignent autour de 300 dollars par tonne, contre une moyenne de 130 dollars en 2018 et 2019.

L’ampleur de ce mouvement de stockage doit néanmoins être relativisée. La demande en diesel reste forte, d'autant que les capacités américaines ont été touchées par des tempêtes l'année dernière. Comme le rappelle l’Ifpen dans son dernier bilan des marchés pétroliers, les réserves des pays occidentaux (une catégorie qui inclut les Etats-Unis, qui ont beaucoup vendu) restent «relativement basses» si on les compare à leur moyenne sur cinq ans.

L'Europe sait donc qu’elle ne pourra tenir indéfiniment sur ses réserves et a déjà commencé à chercher de nouvelles sources d’approvisionnement. Malgré de premières annonces concernant une augmentation des capacités européennes de raffinage, seule la raffinerie de TotalEnergies à Donges, en France, a rouvert ses portes en 2022 dans le cadre d’une remise en service prévue de longue date. Mais les capacités installées semblent avoir été un peu plus utilisées. L’Agence internationale de l'énergie rapporte que 11,5 millions de barils de brut ont été distillés chaque jour en Europe en 2022, contre 11 millions l’année précédente.

Vers une hausse des prix du diesel

Pour s’adapter à l’absence de diesel russe, l’Union européenne a surtout multiplié les sources d’approvisionnement. Le cabinet S&P Global, estime que début 2023 l’Europe s’est notamment tournée vers les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, l’Inde et la Chine. ArgusMedia, qui s’est concentré sur la dernière semaine de janvier, note une forte augmentation du diesel importé depuis les pays du Golfe : l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït.

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Depuis le début de la guerre en Ukraine, les importations européennes de diesel sont tournées vers d'autres pays que la Russie. Crédit: S&P Global

Une situation rappelée par le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. Interrogé sur les effets de l’embargo par le média belge L’Echo, ce dernier affirme ne pas être «inquiet en ce qui concerne les réseaux de TotalEnergies», et compter sur son «système de raffinage mondial, notamment en Arabie saoudite, pour alimenter prioritairement nos réseaux de stations-services en Europe».

De quoi estomper le sevrage du gazole russe, d’autant que la demande reste pour l’instant contenue par la douceur hivernale. Les effets à long terme de cette nouvelle sanction sont, par contre, très débattus, en fonction des jugements des analystes sur la capacité de la Russie à trouver de nouveaux débouchés pour ses produits raffinés (vendus au rabais) ainsi que les navires pour transporter ces derniers, voire à faire passer discrètement son pétrole sous d’autres pavillons pour qu'il soit raffiné puis vendu à l’Europe. Alors que l'allongement des trajets maritimes d'approvisionnement et du temps de trajets en mer devrait faire pression à la hausse sur les prix, les grèves contre la réforme des retraites dans les raffineries françaises, si elles devaient aboutir à des blocages durables, pourraient encore compliquer la situation.

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