Le destin du platine, métal précieux miné à plus de 70% dans une seule région d’Afrique du Sud, est intimement lié à la diversification des motorisations automobiles (40% des volumes mondiaux, devant le reste de l’industrie et la bijouterie). Victime du désamour pour le diesel dont il assurait en grande partie la catalyse dans le pot d’échappement pour en réduire les émissions, il a cédé du terrain à ses cousins platinoïdes que sont le palladium et le rhodium, plébiscités par les motorisations à essence. Avec l’envol de l’hydrogène, le platine prépare son come-back. Il mise pour cela sur le développement des véhicules à hydrogène, à l’instar de ceux annoncés récemment par Hyundai et surtout Toyota, pionnier avec la Mirai.
Six fois plus de platine que dans un diesel
Ce dernier a annoncé en février vouloir développer des modules de piles à combustible pour les trains, camions, bus et navires. Le 25 mars, on apprenait le partenariat conclu par le constructeur japonais avec Isuzu pour développer des véhicules utilitaires électriques et à hydrogène. Et il n’est pas le seul constructeur à refuser de mettre tous ses œufs dans la batterie électrique, contrairement à Tesla, dont le bruyant dirigeant Elon Musk avait en janvier qualifié de « particulièrement idiote » la voiture à hydrogène, une énergie qui en consomme déjà beaucoup à produire. Ce qui lui a valu une passe d’armes avec Andrew Forrest. Le patron de la compagnie minière australienne Fortescue, converti à l’hydrogène, lui a rétorqué qu’il s’appuyait sur « l’élément chimique le plus courant de l’univers » quand les matériaux des batteries étaient disponibles en quantité finie sur Terre.
« Le nombre de véhicules à hydrogène – commerciaux et de transport de passagers - sur les routes de Chine, des Etats-Unis, d’Europe et du Japon devrait passer de quelques dizaines de milliers en 2020 à plus de 11 millions en 2030 », affirme le World Platinum Council, confiant. Or un véhicule roulant à l’hydrogène contient actuellement 30 à 60 grammes de platine, contre 5 à 10 grammes dans une voiture diesel et 2 à 7 grammes dans un modèle essence. Soit six fois plus que dans une voiture diesel.

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Des efforts de substitution
Le platine est un composant indispensable des piles à combustible classiques, généralement à membrane échangeuse de protons. Le métal, en alliage dans les électrodes, y sert de catalyseur pour séparer les protons et les électrons de l’hydrogène, ces derniers prenant un autre chemin, ce qui crée le courant électrique. Plusieurs technologies sont en développement pour se passer du platine (en lui substituant par exemple du nickel ou un alliage fer-azote-carbone soumis à des températures élevées), mais aucune n’a pour l’instant démontré sa supériorité à l’échelle d’une automobile.
Le ministre sud-africain des Mines a rappelé lors du grand raout minier Indaba le projet d’une « Platinum Valley » reliant la province du Limpopo au corridor Johannesburg-Durban, pour capturer plus de valeur ajoutée en transformant dans le pays sa production quasi-hégémonique de platinoïdes. L’Afrique du Sud vise une part de marché de 25% des catalyseurs à base de platine pour l’hydrogène et les piles à combustible. Il faudrait pour cela que les déboires de son électricien national Eskom cessent de mettre à l’arrêt l’industrie du pays, à force de délestages.



