Comment la 5G va quadrupler le trafic sans augmenter la consommation d’énergie

Pour la première fois dans l’histoire des communications mobiles, la 5G n’augmentera pas la consommation d’énergie alors qu’elle va quadrupler le trafic de données. La maitrise de cet aspect à forts enjeux de coût et d’environnement découle en partie de la norme. Le reste vient de l’effort des équipementiers télécoms. Témoignage d'Ericsson.

 

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5G
La 5G, une rupture dans la consommation d'énergie des réseaux mobiles

La consommation d’énergie des technologies d’information et de communication, et plus particulièrement des réseaux mobiles, soulève tous les fantasmes. La 5G va-t-elle, comme la 3G puis la 4G, perpétuer l’inflation de la consommation d’énergie ? Bonne nouvelle pour les opérateurs télécoms : elle ne sera pas plus énergivore alors qu’elle va quadrupler la capacité de trafic de données.

La consommation d'énergie, 85% de l'empreinte carbone des réseaux

Franck Bouétard, PDG Ericsson France, tient à tordre le coup à une idée reçue. "Il n’y a pas de corrélation entre trafic de données et consommation d'énergie, souligne-t-il à L’Usine Nouvelle. Le trafic de données sur les réseaux mobiles a augmenté de presque zéro en 2 000 à 2 500 millions de téraoctets en 2018. La consommation d’énergie associée a progressé mais dans une proportion beaucoup plus faible. Nous voulons rendre l’augmentation du trafic la plus neutre possible sur l’environnement. "

Selon le rapport d’Ericsson sur la consommation d’énergie de la 5G, les réseaux télécoms représentent une empreinte carbone de 200 millions de tonnes par an, équivalente à celle des datacenters mais moitié inférieure à de celle des terminaux : PC, téléviseurs, mobiles…etc. " Elle provient à 15% de leur production et à 85% de leur consommation d’énergie, explique Franck Bouétard. Dans les terminaux, elle est répartie à égalité entre les deux postes, ce qui signifie qu’on a intérêt à en garder l’usage le plus longtemps possible. C’est l’inverse de la tendance actuelle qui pousse à en changer tous les 12 à 18 mois. Et savez-vous quel terminal consomme le plus d'énergie? C'est le téléviseur à cause de son écran. "

La consommation d’énergie des réseaux mobiles coûte 25 milliards de dollars par an. C’est un poste à forts enjeux de coût et d’environnement pour les opérateurs télécoms. Les technologies d’information et de communication représentent 1,4% des émissions totales de C02 et 3,6% de la consommation électrique dans le monde en 2018 alors qu’elle pèsent 6% dans le PIB mondial. "Mais elles peuvent réduire l’empreinte carbone de 15% des autres activités humaines, remarque Franck Bouétard. C’est un aspect important à mettre au regard de leur empreinte carbone. "

Antennes intelligentes

La 5G marque une rupture. Elle est la première technologie mobile à avoir été pensée dans la norme pour minimiser la consommation d’énergie et donc l’impact environnemental. "Dans les générations précédentes, les antennes, qui constituent le plus gros poste de consommation d’énergie du réseau mobile, restent allumées tout le temps, même s’il n’y a pas d’utilisateurs, explique le PDG d’Ericsson France. La 5G utilise des antennes intelligentes qui scannent en permanence leur environnement. Et c’est seulement quand elles détectent un utilisateur qu’elles émettent un faisceau juste le temps de la communication, ensuite il est éteint. "

A cette configuration standard, les équipementiers télécoms ajoutent leur propres astuces pour améliorer encore la sobriété énergétique des réseaux. Ericsson propose par exemple des stations de base qui assurent à la fois les fonctions 2G, 3G, 4G et 5G avec la promesse de réduire la consommation de 30% par rapport à la solution combinant des stations de base différentes 2G, 3G, 4G et 5G. "Cela suppose de moderniser le réseau en remplaçant les anciens équipements par ces équipements 5G faisant aussi office de 2G, 3G et 4G, note Franck Bouétard. Certes, cela coûte plus cher. Mais le surcoût est amorti par les économies d’exploitation provenant de la baisse de la consommation d’énergie. "

Neutralité carbone d'Ericsson en 2030

Capteurs, intelligence artificielle, maintenance prédictive, contrôle à distance… Ericsson met en œuvre toute une panoplie d'autres mécanismes dans ses équipements avec à chaque fois le potentiel de réduire la consommation de 10 à 15%. "La prise en compte des préoccupations d'environnement est dans l'ADN d'Ericsson, revendique le patron de la filiale française. Le groupe vise la neutralité carbone en 2030. "

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