Depuis l'annonce de la suppression de 3 000 postes chez Hutchinson, dont un millier en France, l'inquiétude grandit au sein des 23 usines françaises du groupe, filiale de Total, notamment à Châlette-sur-Loing, près de Montargis (Loiret), berceau industriel de ce fabricant de joints, durites, antivibratoires, isolants et autres pneus vélo.
Faire face à un recul d'activité de 20% cette année
Hutchinson a réalisé un chiffre d'affaires de 4,3 milliards d'euros en 2019, en hausse de 5 %, dont les deux tiers auprès des constructeurs automobiles et des motoristes. Le reste de l'activité est réalisé pour l'aéronautique, la défense, le ferroviaire et l'industrie en général. Mais la direction anticipe pour 2020 un recul d'au moins 20 % à cause de la crise du Covid-19. Hutchinson emploie plus de 40 000 salariés dans une centaine d'usines dans le monde, dont 14 aux Etats-Unis, 6 en Allemagne et 5 en Chine.
La direction, qui invoque un ralentissement d'activité jusqu'en 2023 voire 2025, ne donne aucune information sur la manière dont elle va procéder à cette restructuration. Tout juste a-t-elle annoncé aux syndicats que le plan de ruptures conventionnelles devait être réglé d'ici fin juillet 2020.
Du côté de la CGT, premier syndicat de l'entreprise, on parle "d'aberration étant donné le soutien de l'Etat au groupe Total, propriétaire d'Hutchinson", exprime son coordinateur Didier Godde, qui demande à la direction de stopper cette restructuration, rappelant que l'entreprise vient de verser 220 millions d'euros de bénéfices à son actionnaire.
Privilégier les départs volontaires
Face à cette incertitude, "la tension est palpable dans la ville", témoigne le député de la circonscription de Montargis (Loiret) Jean-Pierre Door (Les Républicains). Hutchinson évoque un plan de départs volontaires, ce qu'il avait obtenu à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) en 2019. "C'est vrai, mais est-ce que c'est bon signe pour la qualité de vie au travail, pour l'attachement à l'entreprise, que des collègues préfèrent partir avec une prime plutôt que de rester ?", interroge Didier Godde.
A Montargis, l'annonce a été perçue comme une "déclaration de guerre", selon Dominique Clergue, déléguée syndicale CGT, qui rappelle que la direction a contraint des salariés à venir travailler le 17 mars, déclenchant un droit de retrait pour une centaine de personnes.
Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, est intervenu auprès du Premier ministre Édouard Philippe le 9 juin. "Les aides à l’achat de véhicules ainsi que les exonérations fiscales doivent permettre de préserver l’emploi en France", estime-t-il, prônant la relocalisation d'activités. Le site historique de Châlette-sur-Loing, où a été construit un centre technique d'innovation en 2016, baptisé Fab House, dispose d'atouts que les parlementaires du Loiret comptent faire valoir en réclamant un rendez-vous à Jacques Maigné, le président d'Hutchinson.



