Analyse

Comment des miniers peuvent détruire de bon droit des sites paléolithiques

La destruction par Rio Tinto, en Australie, d’un site aborigène datant de 46 000 ans fait tache, à l’ère de la licence sociale d’opérer. Cette acceptabilité par les communautés riveraines se révèle vraiment à géométrie variable selon les pays.

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Les grottes aborigènes de Juukan se trouvaient sur le chemin de l'extension de la mine de fer Brockman 4 de Rio Tinto, dans le Pilbara (région minière de l'Australie occidentale).

L’an dernier, la Social licence to operate (SLO), un blanc-seing des riverains pour développer une nouvelle mine désormais présenté comme incontournable, est passé du 7e au 1er rang des dix principaux risques identifiés par l’industrie minière dans l’étude annuelle du cabinet EY.

Pourtant, durant les travaux d’extension de la mine de fer Brockman 4, dans la région minière du Pilbara (Australie occidentale), Rio Tinto a fait exploser deux grottes de la gorge de Juukan qui contenaient des traces d’occupation humaine parmi les plus anciennes au monde. Pierres à écraser, outils en os, cheveux tressés datés de 4 000 ans... Quelque 7 000 objets d’intérêt ont été découverts sur ce site. La plupart après que Rio Tinto a obtenu, en 2013, l’autorisation de le détruire.

Un cadre réglementaire inadapté aux enjeux

À défaut d’éthique, le groupe agissait donc de droit, en vertu de l’article 18 de l’Aboriginal Heritage Act, qui décriminalise la destruction de sites protégés dans l’article 17. Le texte doit être révisé, a annoncé le gouvernement australien après les protestations qui ont suivi cette destruction.

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Après plusieurs jours de silence, Rio Tinto s’est finalement excusé du désarroi causé aux aborigènes, avant de promettre une réévaluation des prochains travaux miniers touchant à des sites patrimoniaux, puis d’annoncer le 19 juin lancer une enquête interne sur la genèse et l’impact de la destruction de Juukan, dont les résultats doivent être rendus publics en octobre. Une revue de ses procédés concernant les sites historiques et patrimoniaux sera menée dans le même temps.

Mais quelques jours après la destruction de Juukan Gorge, l’Australie a autorisé un autre groupe minier, BHP, à détruire une quarantaine de sites sur les terres du peuple Banjima, pour mener à bien l’extension de la mine de fer de South Flank. Le groupe a promis d’en rediscuter avec les Banjima, à qui il verse depuis 2015 des royalties importantes sur la durée de vie des mines situées sur leurs terres ancestrales.

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