Comment Biosynex veut relocaliser ses autotests

Pour sécuriser sa chaîne d’approvisionnement alors que la demande en autotests pour le Covid 19 bat son plein, l’entreprise Biosynex s’est rapprochée d’un plasturgiste jurassien pour passer à une production entièrement nationale d'une partie de ses tests. 

 

Biosynex
Les cassettes des autotests sont composées de deux pièces en plastique médical.

Le volume de tests Covid-19 ne cesse d’atteindre chaque semaine de nouveaux records. Parmi eux, de plus en plus d’autotests. Biosynex détient aujourd’hui 35 % des parts de ce marché dans l’hexagone. Basée à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin), près de Strasbourg, ce spécialiste des tests de diagnostic rapide et premier fournisseur en France de tests antigéniques, fabrique depuis 2005 une large gamme de réactifs pour divers types de virus mais également des tests de grossesse ou encore des thermomètres. 

Bien que satisfaite de ses relations avec ses fournisseurs chinois et indiens, l’entreprise a anticipé les difficultés d’approvisionnement potentielles liées à la pandémie. Elle a décidé de mettre en place une nouvelle collaboration avec un mouliste jurassien certifié médical pour les boîtiers contenant les réactifs, afin de pouvoir proposer un autotest entièrement réalisé sur le territoire national. 

“Avant le Covid, nous ne nous serions jamais imaginés faire revenir cette partie de la production en France car nos partenaires indiens et chinois nous fournissent des produits de bonne qualité. Mais le virus a changé la donne... Nous avons pris cette décision pour améliorer la sécurisation de nos approvisionnements. La livraison par bateau implique généralement un besoin de stockage pour 6 mois. Nous pourrons donc diviser notre stock par deux ou trois”, précise Gaël Lévy, directeur industriel de Biosynex.  

Deux pièces d’importance 

Les boîtiers permettant de présenter les résultats des autotests, appelés cassettes, sont composés de deux pièces en polystyrène pharmaceutique qui viennent s’ajuster l’une sur l’autre. “Le réactif est appliqué sur une bande de cellulose qui est ensuite découpée en bandelettes. Ces dernières sont ensuite placées dans la cassette en plastique qui permet de maintenir la bandelette et de lire rapidement les résultats du test”, détaille Gaël Lévy. “La conception des cassettes nécessite une grande précision que nous avons découverte avec le mouliste avec lequel nous collaborons désormais. En effet, si les deux parties de la cassette qui englobent la bandelette sont trop compressées, cela peut bloquer la migration du réactif. Dans la configuration inverse, une ombre portée se forme et peut modifier les couleurs apparentes”. 

Le moule, pour lequel Biosynex a investi 700 000 euros est encore en cours de finalisation et permettra de produire jusqu’à 1 million de cassettes par an, tous formats confondus. “Nous l’avons développé au départ pour les tests Covid mais nous souhaitons pouvoir disposer de variantes et l’utiliser également pour d’autres tests ou pour notre thermomètre. Aujourd’hui nous disposons de deux formats différents et allons travailler sur un troisième format pour avoir un sourcing 100 % français ”, note M. Lévy.  

Une aide de l’Etat  

Biosynex a bénéficié de l’aide du plan de relance gouvernemental pour l’acquisition d'une machine d’assemblage des cassettes qui représente à elle seule un coût de 1,4 million d’euros. Pour la totalité de l’opération de rapatriement de cette production en France, “nous avons investi 2,4 millions sur notre site, soit 2 millions pour les surfaces et les machines et 400 000 euros pour la partie d’étude en thermométrie et en R&D”, détaille Gaël Lévy.  

La proportion de pièces venues de Chine et d’Inde reste pour l'instant majoritaire tant que l’organisation n’est pas encore entièrement en place. “Nous ne nous sommes pas fixés d’objectif précis en termes de production en France car il est actuellement très difficile d’évaluer la demande. Tout cela dépend des types de tests plébiscités et des annonces gouvernementales. L’explosion de notre chiffre d’affaires le montre bien. Nous avons réalisé 35 millions d’euros en 2019 et cela devrait être multiplié par 10 en 2021”, estime M. Lévy. 

Le calcul du surcoût occasionné par la production en France “est assez complexe car il faut comptabiliser l’aide du plan de relance, retrancher les frais liés à la livraison par bateau et considérer que les pièces fabriquées en France sont effectivement plus chères que celles venues d’Asie. Le Made in France sera quoi qu’il en soit mis en valeur auprès de nos clients professionnels et du grand public mais je ne peux vous dire s'il y aura un surcoût au final et si c’est le cas, s'il sera répercuté”, indique le directeur technique. 

Une fois effective, la version Made in France, déjà déclinée pour les autotests intolérance au gluten, le sera également pour les tests dengue et les autotests VIH développés par Biosynex. Les tests de grossesse restent aux yeux de l’entreprise un marché bien trop important en volumes, avec des prix très bas, pour pouvoir rivaliser et absorber les coûts d’une fabrication française. 

Créée en 2005, par Larry Abensur, Thomas Lamy et Thierry Paper, Biosynex emploie plus de 250 collaborateurs dont 17 pour la R&D, 14 dédiés à la qualité et à la règlementation et 42 à la production.  

Au premier semestre 2021, Biosynex a réalisé un chiffre d’affaires de 225,2 millions d'euros soit plus de 5 fois celui du 1er semestre de l’année précédente. L’entreprise a débuté en 2005 avec son premier test breveté de rupture de la membrane amniotique à destination des hôpitaux et maternités. En 2018, elle a lancé un autotest pour le VIH et, en 2020, une chaîne de production PCR. Entre 2020 et 2021, 1 000 m2 de surface de production sont installés sur trois niveaux et c’est en 2021 qu’elle débute la production des tests antigéniques et des autotests Covid-19.  

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