Comment Biose Industrie cultive le microbiote à Aurillac

Située dans le Cantal, Biose Industrie développe et produit de nouveaux actifs pharmaceutiques à base de microbiote. Grâce à une nouvelle levée de fonds de 80 M€, l'entreprise projette de passer de la petite à la grande série d'ici trois à quatre ans.

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Biose Industrie
Biose Industrie continue d'investir dans ses installations.

« Dans la médecine, il y a d'abord eu la chimie, ensuite les plantes, puis les thérapies cellulaires. Le microbiote pharmaceutique arrive comme un nouvel actif pharmaceutique pour compléter l'arsenal médical », affirme Adrien Nivoliez, directeur de Biose Industrie. Son entreprise, située à Aurillac dans le Cantal, développe et produit ces nouveaux médicaments à base de bactéries.

Ces dernières ont été sélectionnées par ses clients pour leur efficacité dans le traitement de l'acné, de l'arthrose, des maladies intestinales inflammatoires, d'Alzheimer, de Parkinson, ou encore comme anti-cancéreux. « Nous nous sommes positionnés en plateforme technologique pour accompagner les projets cliniques des clients et leurs futurs projets commerciaux », ajoute le directeur.

Car pour le moment, ces nouveaux actifs ne sont pas sur le marché mais administrés à des patients lors d'études cliniques. Certains clients ont cependant obtenu l'autorisation de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) pour passer à la phase III, la dernière étape.

Adrien Nivoliez en est sûr, cette nouvelle catégorie de médicament va exister d'ici trois à dix ans. Actuellement, l'entreprise ne produit que des petits lots « qui nous demandent, chaque jour et chaque semaine, un changement total, donc une grande agilité dans nos activités », détaille-t-il et projette de produire en grande série d'ici trois à quatre ans. L'entreprise a en effet annoncé, en début d'année, un plan d'investissement de 80 millions d'euros à travers lequel la région Auvergne-Rhône-Alpes est devenue actionnaire minoritaire. De nouvelles lignes de production lui permettront à nouveau de doubler ses capacités industrielles et d'embaucher de nouvelles personnes pour atteindre un peu plus de 500 salariés.

À nouveau, car en 2020, Biose Industrie a réalisé un premier tour de table de 40 millions d'euros qui lui avait permis, déjà, de doubler ses capacités de production, avec l'ouverture de nouvelles lignes pour ses substances actives et produits finis, notamment sous forme de gélules et de comprimés. Sa capacité de fermentation est passée de 8 000 à 16 000 litres.

« Avant l'investissement, nous pouvions traiter deux projets en parallèle, désormais nous en faisons six », précise Adrien Nivoliez. Ces lignes sont complexes, puisque les bactéries développées sont extrêmement sensibles, notamment à l'oxygène. Il faut donc un environnement particulier, à la fois pour la fermentation mais également pour les encapsuler, pour assurer le maintien de l'anaérobie.

D'une à deux cents souches

Créée en 1951, la société Biose Industrie amis au point un médicament à base d'une bactérie, Antibiophilus, commercialisée aujourd'hui sous le nom de Lenia, pour traiter les crises de diarrhée. « Une pionnière ! », affirme Adrien Nivoliez. « Même si on ne parlait pas de microbiote à l'époque… », poursuit-il. Ce produit est toujours sur le marché et est produit à Aurillac à 10 millions d'unités par an.

Mais c'est en 2017, en réponse à l'émergence de nombreuses entreprises autour du microbiote, que Biose Industrie prend un nouveau tournant et devient la plateforme technologique de développement et de production de lots cliniques qui deviendront, dans quelques années, de nouveaux médicaments sur le marché. « Nous sommes passés d'une CMO à une CDMO », pointe-t-il. C'est à ce moment-là, conquis par cette proposition d'Adrien Nivoliez, que les actionnaires le nomment directeur, après douze années de travail en interne. « Aujourd'hui, il est plus compliqué de sortir un nouveau médicament sur le marché », explique-t-il.

« Comme pour tout autre médicament, il faut faire des études de toxicologie, des phases cliniques de I à III, démontrer son efficacité significative et l'amélioration qu'il apporte », détaille-t-il. Alors qu'elle utilisait à l'origine une seule souche, Biose Industrie en utilise désormais plus de 200 différentes. « Toutes présentent un profil de santé intéressant », affirme Adrien Nivoliez. « L'objectif est de passer, pour un anti-cancéreux par exemple, d'une efficacité de 30 % à 40 voire 50 %. Soit en prise directe, soit en association avec le médicament. Ce sont nos clients qui choisissent les bactéries et nous assurons leurs développements industriels pour qu'ils puissent tester leurs stratégies cliniques », expose-t-il.

Chaque nouveau projet apporte une complexification et une sensibilité toujours plus importantes des nouveaux micro-organismes. « Ce sont des challenges tous les jours ! », s'enthousiasme-t-il. Et dans ces projets complexes, Biose Industrie explore également les phénomènes de coculture, c'est-à-dire qu'au lieu de réaliser la fermentation d'une seule bactérie, il en fermente plusieurs dans le même bioréacteur afin de stabiliser l'écosystème correspondant à un ensemble bactérien. « Sur certains projets de quinze souches, par exemple, nous sommes capables de faire une seule et même fermentation », détaille Adrien Nivoliez. « Ce travail permet également de réduire les coûts et les délais de production », souligne-t-il.

Une région dynamique

Biose Industrie travaille dans une région dynamique dotée d'un savoir-faire historique sur la microbiologie. Tellement dynamique que le besoin en compétences y est très important. Pour y répondre, tout en continuant d'entretenir ce terreau local, elle a lancé, avec d'autres acteurs du territoire (Lallemand, Agrolab, Inrae, etc. ), soutenus financièrement par la région et la CCI du Cantal, une filière complète de formation (voir encadré), allant d'agent de laboratoire à ingénieur en microbiologie.

« Ce quine nous empêche pas d'aller recruter des profils en dehors de la région ! », ajoute Adrien Nivoliez. Ces talents sont formés à la fois pour travailler chez Biose Industrie mais également dans d'autres entreprises locales. Alors que Biose Industrie est très investie dans son écosystème, ce n'est pourtant pas en France qu'elle fait sa plus grande part de chiffre d'affaires.

Le marché américain représente 60 %, la France moins de 10 %. Le reste est partagé par l'Europe et l'Asie. « Les trois gros pôles de la microbiologie sont les États-Unis, la Corée du Sud et l'Europe », détaille-t-il. C'est d'ailleurs pour cela que Biose Industrie a ouvert à Boston, aux États-Unis, une plateforme technique afin d'être surplace pour faire les transferts technologiques avec leurs clients américains. Cependant, c'est bien en France que l'entreprise réalise ses achats de matières premières : 92 % dans des entreprises françaises (99,7 % en Europe).

« On retrouve en fait tous les métiers traditionnels de la médecine », ajoute Adrien Nivoliez. « Mais avec une adaptation pour des micro-organismes anaérobies, pour la majorité des cas », précise-t-il. Que ce soit à l'international ou en local, Biose Industrie booste son écosystème.

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