C’est en France, dans ses usines de Saint-Ouen-l’Aumône dans le Val-d’Oise (400 salariés) et de Saint-Marcel dans l’Eure (400 salariés) que le groupe américain Collins Aerospace (18,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit 16,91 milliards d’euros, 67 000 salariés) a choisi de développer ses actionneurs de vol de nouvelle génération. L’enjeu est de remplacer par une puissance électrique la puissance hydraulique de ces actionneurs. Il s'agit aujourd'hui de vérins hydrauliques qui "actionnent" les commandes de vol pour permettre à l’appareil de s’orienter dans l’espace, dans toutes les phases de vol : décollage, montée, croisière, descente, atterrissage. Sur un avion moyen-courrier, on compte une vingtaine d’actionneurs, situés dans les ailerons et l’empennage arrière.
Collins Aerospace va investir 18 millions de dollars (16,4 millions d’euros) sur quatre ans dans ce projet, dont la moitié sera financée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) dans le cadre de France Relance. « D’ici à 2025, nous devons avoir mis au point, testé et validé de nouvelles briques technologiques dont une boîte de transmission [qui fait le lien entre le moteur et la partie mobile de l’actionneur qui transmet le mouvement à l’aileron, ndlr] plus légère et plus compacte » explique Luc Chareyron, directeur général en France d’Actuation Systems, la branche de Collins Aersopace spécialisée dans les actionneurs de vol.
Pas de suppressions de postes
Les technologies mises au point pour ces actionneurs électriques vont entraîner l’élimination de multiples pièces hydrauliques et mécaniques. Il va en résulter un actionneur plus petit, avec un gain de poids évalué à environ 500 kilos sur l’ensemble de l’avion. Cet actionneur électrique va contribuer à l’allègement de structure des avions. Il « s’intègre dans la stratégie actuelle de transformation des avionneurs qui travaillent sur des ailes plus fines consommant moins de carburant » analyse Luc Chareyron. Sur les sites de Saint-Ouen-l’Aumône et Saint-Marcel, la mutation vers l’actionneur électrique va entraîner un « redéploiement des compétences, mais pas de suppressions de postes » assure le dirigeant.
Sur le plan technique, l’industriel va faire appel à des matériaux composites et à la fabrication additive pour certains éléments du boîtier. L’un des enjeux technologiques va être de réussir à obtenir une bonne diffusion de la chaleur émise, car l’actionneur électrique va générer plus de chaleur que la version hydraulique. Enfin, l’investissement va aussi porter sur la maintenance prédictive permettant d’anticiper les pannes des actionneurs de vol à partir d’algorithmes d’intelligence artificielle, dans l’objectif d’accroître leur fiabilité. Mais pour le groupe Collins Aerospace dont la cible commerciale est l’aviation civile, l’aviation d’affaires et l’aviation régionale, l’enjeu est aussi économique. « Le choix de l’électrique représente des coûts plus élevés que la solution hydraulique, ce qui nous conduit à penser en parallèle à la compétitivité de notre solution » souligne Luc Chareyron.
La branche Actuation Systems du groupe Collins Aerospace est implantée en France, en Italie, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. En France, ses deux usines de Saint-Ouen-l’Aumône et Saint-Marcel sont spécialisées dans les actionneurs pour avions commerciaux et hélicoptères et développent des applications militaires, dont des pièces pour le char Leclerc.



