Lancée en 2020, la stratégie nationale hydrogène a été mise à jour par l’Etat qui souhaite s’adapter aux évolutions du secteur. Après avoir déjà apporté plus de 2 milliards d’euros de subventions publiques à des dizaines de projets, le gouvernement se fixe de nouveaux caps.
Développer les importations pour décarboner l’industrie
Alors que l’hydrogène était jusque là présenté comme une énergie locale, le gouvernement ne ferme plus la porte aux achats à l’étranger. «Le recours aux importations d’hydrogène décarboné à moyen terme pourrait présenter des opportunités en complément de la production nationale, dans une économie ouverte», indique le nouveau document de la stratégie. Les premiers flux ne sont pas attendus avant 2030 au plus tôt et devraient véritablement se développer dans les années 2040 avec les premières infrastructures de transport d’hydrogène intercontinentales.
Pour y voir plus clair, l’Etat vient de charger l’Inspection générale des finances, l’Inspection générale de l’Environnement et du Développement durable ainsi que le Conseil général de l’Économie d’analyser «l’opportunité et les modalités d’importation» d’hydrogène en France. En effet, les modèles économiques diffèrent selon le type de gaz. Ainsi l’hydrogène liquide nécessite de lourds investissements pour créer des terminaux alors que l’hydrogène gazeux nécessite lui un réseau de canalisation dédié suivant les usages. Les conclusions du rapport doivent être rendues au premier trimestre 2024.
Augmenter la production française et la rendre plus compétitive
L’Etat veut que la capacité française de production d’hydrogène décarboné, actuellement limitée, atteigne 6,5 GW en 2030 et même 10 GW en 2035. En un peu plus de 10 ans, ces nouveaux moyens doivent permettre au pays de réduire sa production d’hydrogène issue d’énergies fossiles alors que les besoins seront croissants.
En 2021, la consommation française totale a été de 430 000 tonnes d’hydrogène, majoritairement par l’industrie pétrolière, les fabricants d’engrais et la chimie. Selon la nouvelle stratégie bas-carbone, ces besoins pourraient atteindre 770 000 tonnes en 2030 et plus de 1 000 000 de tonnes en 2035. Pour accélérer le mouvement, la loi industrie votée plus tôt dans l’année va faciliter les procédures d’accès au foncier, les raccordements au réseau électrique et réduire le délai des études préalables. Une subvention spécifique sera aussi créée en 2024 pour encourager l’installation de matériel d’électrolyse d’origine française.
Le rôle central des réseaux internationaux et des hubs
Au printemps dernier, Roland Lescure, ministre de l’Industrie, avait pris l’exemple de la construction du réseau d'autoroutes françaises entre les années 1960 et 1980 pour indiquer que l'État planifierait la réalisation de pipelines pour l'approvisionnement en hydrogène ainsi que pour le transport du CO2 vers des réservoirs de stockage notamment en mer du Nord. La gestion de ces infrastructures devrait être confiée au secteur privé. Le gouvernement a demandé à la Commission de régulation de l’Energie (CRE) de proposer un cadre pour le marché du transport d’hydrogène «assurant une juste incitation des investisseurs». Plusieurs «hubs» sont programmés autour de pôles industriels comme dans le Nord, la Vallée de la Seine, la Vallée de la Chimie le long du Rhône ou le Sud-Ouest.
Mettre l’accent sur les transports à usages intensifs
Déjà soutenus à hauteur de plus de 2 milliards d’euros, les transports vont continuer à bénéficier de l’aide publique pour leur transition vers l’hydrogène. Selon ses dernières analyses, l’État ne veut plus envisager le secteur par segment (voiture individuelle, poids-lourds…) mais par usage. «[…] L’hydrogène ne sera pas pertinent dans tous les cas d’usage, mais quand les performances requises ne permettent pas le recours à la technologie batteries et quand le coût des biocarburants serait dirimant», indique l’État dans sa nouvelle stratégie pour l’hydrogène. L’hydrogène pourrait tirer son épingle du jeu pour alimenter les engins agricoles ou de travaux publics dont l’usage intensif empêche les recharges en journée. De la même manière, les bus ou poids-lourds qui effectuent des trajets longue distance pourraient utiliser l’hydrogène pour éviter les arrêts pour recharger leurs batteries.
Dans le ferroviaire des solutions "matures" sont attendues pour la fin des années 2020, elles seront alors une alternative crédible à l’électrification d’un certain nombre de lignes. Les usages dans le maritime et l’aérien demeurent plus prospectifs.
De prochaines échéances en 2024
Soumise à consultation jusqu’au 19 janvier, cette modification de la stratégie hydrogène du gouvernement d’Elisabeth Borne sera finalisée lors d’un conseil national de l’hydrogène prévu au début de l’année 2024. En parallèle, la Stratégie française énergie climat publiée en novembre 2023 doit entamer son parcours législatif en 2024.



