Halte au saupoudrage ! La région Auvergne-Rhône-Alpes veut mettre le paquet sur l’hydrogène. C’est ce qu’a décidé le Conseil régional dès 2017 avec son projet Zero emission valley (70 millions d’euros, dont 15 millions issus de la région) soutenu par l’Ademe auprès de la Commission européenne. Depuis six ans, la collectivité présidée par Laurent Wauquiez (LR) met l’accent sur la mobilité hydrogène pour décarboner les transports. La première pierre de cet édifice soutenu par des fonds européens ? «Le déploiement d’un réseau de stations-service pour alimenter les véhicules», indique Thierry Kovacs, maire (LR) de Vienne (Isère) et vice-président du Conseil régional. La région a pris une participation dans le fournisseur d’énergie Hympulsion, situé à Lyon (Rhône). Avec son programme de 50 millions d’euros, l’entreprise répond en partie à l’objectif ambitieux affiché par la région : 120 000 tonnes d’hydrogène vert par an en 2030, délivrées par un réseau de 130 stations, ce qui représenterait 13% de la capacité en France, estime Thierry Kovacs. Vingt stations de recharge sont déjà installées ou sur le point de l’être. Elles sont fabriquées par deux acteurs régionaux : l’isérois HRS (ex-TSM), un spécialiste de tuyauterie industrielle en environnement critique qui a surfé sur la vague de l’hydrogène vert pour se réinventer, et le savoyard Atawey.
Ce dernier, à l’étroit sur son site historique de Technolac, au Bourget-du-Lac (Savoie), lance la construction d’une usine. Avec l’objectif de produire 60 stations de recharge d’hydrogène par an d’ici à 2025, soit quatre fois plus qu’aujourd’hui. L’entreprise, qui compte une cinquantaine de salariés, envisage d’embaucher 100 personnes de plus à cette échéance. Une autre pépite régionale partage les mêmes ambitions dans le domaine : McPhy, qui a inauguré en octobre 2022 une usine dédiée à la mobilité hydrogène et aux stations de recharge à Grenoble (Isère).
Les jeunes pousses de l’hydrogène d’Auvergne-Rhône-Alpes sont dans la roue des grands industriels historiques du territoire. Comme Michelin, qui a déjà développé une voiture roulant avec une pile à combustible. Cette auto expérimentale, baptisée HyLight, a été mise au point à la fin des années 2000 par son équipe MRT (Michelin recherche et technique). «Son design n’a rien d’élégant», s’excuse presque Yves Faurisson, le directeur des activités hydrogène du pneumaticien de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), où travaillent une trentaine de cadres, d’ingénieurs et de techniciens. Le service sert de laboratoire et de cellule de veille. «En aucun cas Michelin ne veut devenir énergéticien», prévient-il. C’est pour cette raison que la multinationale s’intègre à plusieurs écosystèmes autour de l’hydrogène, en France et en Europe, avec l’ambition de réaliser un tiers de son chiffre d’affaires hors du pneu en 2030.
Rétrofiter les transports
Une partie de l’innovation de MRT a été reversée dans Symbio. Hébergé à l’Usin Lyon Parilly, une zone d’activités et un accélérateur de la métropole de Lyon qui a pris corps sur la friche Bosch à Vénissieux, Symbio veut devenir la référence mondiale dans les piles à combustible hydrogène, qui apportent plus d’autonomie aux véhicules à moteur électrique que les batteries lithium-ion. La coentreprise de Faurecia et de Michelin prévoit d’investir 1 milliard d’euros d’ici à 2028. Elle va réceptionner sa gigafactory de Saint-Fons (Rhône) à la rentrée, la production devrait démarrer en octobre. Elle compte aussi se développer outre-Atlantique, avec un premier site d’assemblage en Californie dès 2023.

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Avant de rendre le kilo d’hydrogène accessible à l’automobiliste lambda, c’est la mobilité lourde qui va essuyer les plâtres. La région Auvergne-Rhône-Alpes a commandé trois trains Alstom pour son réseau TER et va mettre en service un bus à hydrogène sur une ligne à haut niveau de service entre Trévoux (Ain) et Lyon. Mais en attendant de disposer de véhicules neufs, on peut déjà transformer le parc existant. C’est le credo de Green Corp Konnection (GCK). Le groupe, créé par Guerlain Chicherit et Éric Boudot en 2020, grandit à toute vitesse, affichant 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022. Un pied dans le Puy-de-Dôme, l’autre en Savoie, il compte désormais 150 collaborateurs. Son terrain de jeu ? Le rétrofit de véhicules lourds, soit la transformation de véhicules thermiques comme des bus, dameuses et même des bateaux, en engins zéro émission. GCK dispose de trois sites de production dans le Puy-de-Dôme. «Les perspectives du groupe pour 2023 sont de passer le cap des 200 salariés, de doubler le chiffre d’affaires et de lancer la production en série de véhicules rétrofités», planifient les cofondateurs. GCK a aussi lancé sa propre société baptisée Flex’hy, dédiée à la distribution d’hydrogène sur le territoire national. «L’objectif est de faciliter la distribution d’hydrogène n’importe où et n’importe quand en mode agile, favorisant ainsi l’amorçage des écosystèmes hydrogène via des stations ou solutions mobiles, avec ou sans production d’hydrogène embarquée», précisent-ils.
Muscler la recherche et la formation en amont
Côté recherche, l’écosystème d’Auvergne-Rhône-Alpes s’appuie sur l’IFP Énergies nouvelles (Ifpen). Doté d’un budget de 260 millions d’euros, le laboratoire public compte près de 800 chercheurs et techniciens, qui disposent, à Lyon, de plusieurs bancs d’essai sur les motorisations alternatives et les piles à combustible. L’un d’eux peut tester les piles jusqu’à 210 kW, pour la mobilité lourde. «L’Office européen des brevets vient de nous positionner comme le deuxième acteur mondial de la recherche sur l’hydrogène», signale Éric Heintzé, le directeur de l’Ifpen à Lyon. Le laboratoire travaille aussi sur les carburants de synthèse, à l’instar du projet BioTJet en partenariat avec Avril et Elyse, opérateur lyonnais d’installations de biocarburants et d’hydrogène. «L’hydrogène est l’une des solutions à la décarbonation des transports, mais pas la seule», insiste Éric Heintzé.
La région a ajouté une brique formation à cet ensemble. Pendant du projet Zero emission valley, le projet européen Remed (Réussir l’efficience des mobilités d’excellence décarbonées) est piloté par l’université de Lyon Claude Bernard, avec l’Insa et Centrale Lyon. Il vise à créer un campus autour des disciplines de l’électronique et de la chimie. Ce programme franco-italien est doté de 21 millions d’euros, dont 14,5 millions de ce côté des Alpes. Il s’agit de faire monter en compétences les formations des CFA et lycées professionnels pour préparer les garagistes de demain à l’arrivée des véhicules qui rouleront grâce à l’hydrogène et aux motorisations alternatives.
Verkor, espoir tricolore de la batterie
Une croissance éclair. Fondée en 2020, la jeune pousse grenobloise Verkor multiplie les levées de fonds afin de concevoir des batteries de véhicules électriques made in France : 100 millions d’euros en 2021, 250 millions en 2022 et... 1,5 milliard d’euros espérés en 2023 ! Une manne qui doit lui permettre de construire sa gigafactory de 500 000 m² à Dunkerque (Nord) cette année, puis de lancer sa production en 2025. En plus d’une équipe expérimentée et internationale, Verkor peut compter sur des investisseurs de premier plan : Schneider Electric, le groupe Idec, Capgemini, Plastic Omnium, Arkema ou encore Renault, qui a pris plus de 20% du capital lors du tour de table de 2021. La marque au losange sera également son premier client : elle a déjà commandé chaque année l’équivalent de 12 GWh de batteries pour équiper ses modèles Alpine, soit les trois quarts de la capacité de production de cellules lithium-ion de Verkor au démarrage. L’ambition étant de fournir 1 million de batteries en 2030 (soit 50 GWh). Massif.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3720-3721 - Juillet/août 2023



