Chronique

[Chronique] Ni cadres ni ouvriers, cette autre catégorie prise en tenaille de l’inflation

L’inflation grimpe et les salaires ne suivent qu’en partie. Le constat n’étonnera pas, mais il vient d’être quantifié par le ministère du Travail qui a publié des statistiques sur l’évolution des salaires sur l’ensemble de l’année 2022. Qui va souffrir le plus de l’inflation? Il faut aller au-delà des chiffres bruts pour le comprendre. 

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Si les cadres enregistrent aussi une baisse de leur pouvoir d'achat, ils sont évidemment mieux en capacité de l'absorber que les autres catégories professionnelles.

Sur l’ensemble de l’année 2022, le salaire de base mensuel des salariés du privé a progressé de 3,8%. Ce salaire mensuel de base (SMB), calculé par les services du ministère de Travail, correspond au salaire brut avant déduction des cotisations sociales et avant versement des prestations sociales. Une hausse bien plus élevée qu’en 2021. Mais comme les prix à la consommation ont augmenté eux de 6% en 2022, c’est un manque à gagner pour les salariés. En euros constants, les Français ont vu leur salaire de base diminuer de 2,2%. Dans cette course vers le bas, toutes les catégories professionnelles ne sont pas à la même enseigne. L’évolution du SMB est de 4,6% pour les ouvriers, 3,2% pour les professions intermédiaires, quand elle n’est que de 2,9% pour les cadres. En euros constants, la baisse n'atteint finalement «que» 1,4% pour les ouvriers, mais 3,1% pour les cadres.

Les cadres sont-ils les plus mal lotis pour autant? Sûrement pas. D’abord, parce que la capacité d’absorption d’une légère baisse de pouvoir d’achat n’est pas la même lorsque l’on gagne en moyenne, comme un cadre du privé, 4 230 euros net (selon les dernières statistiques de l’Insee) ou 1 830 euros comme un ouvrier. Plus le salaire est bas, plus la part dévolue aux besoins essentiels est importante dans le budget. Il est donc assez naturel que les entreprises, en accord avec leurs syndicats, aient fléché les augmentations vers les ouvriers, d’autant que l’inflation la plus élevée s’est concentrée sur deux postes vitaux: l’énergie, et surtout l’alimentaire, qui a grimpé à 12% en fin d’année.

Conditions de vie, primes et jobs inégaux

Une grande partie des cadres est également avantagée. Ceux qui habitent en Ile-de-France bénéficient d’un réseau de transport en commun. Il n’est pas toujours très confortable au quotidien, mais leur permet de s’exonérer de leur véhicule, et de ses coûts d'entretien, pour se rendre au travail. Or, les cadres se concentrent dans cette région: 32% des emplois franciliens sont occupés par des cadres, pour 15% des emplois en dehors de l'Ile-de-France. Et si un Parisien intra-muros sur dix, ou un habitant de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) sur trois, prend sa voiture pour aller travailler, à Ménétréol-sur-Sauldre (Cher) - commune sélectionnée au hasard sur cette intéressante carte -, 100% des travailleurs prennent leur voiture.

Par ailleurs, si les revalorisations salariales des cadres entament leur pouvoir d’achat, ils bénéficient d’une porte de sortie, pour peu qu’ils changent d’emploi. 63% des cadres sont augmentés en changeant de poste et 67% s’ils changent d’entreprise, selon l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Et leurs perspectives sont au beau fixe, comme le confirment les prévisions d’embauches sur le premier trimestre 2023. «La dynamique est même encore plus forte qu’elle ne l’était au deuxième semestre de 2022», indique Gilles Gateau, le directeur général de cet organisme.

Les professions intermédiaires dans la tourmente

Les cadres ont enfin un autre avantage: nombre d’entre eux touchent des primes sur objectifs, qui ne sont pas comptabilisées dans le salaire de base calculé par la Dares. Et la conjoncture n’a pas été si mauvaise pour les entreprises. En moyenne, 54% des cadres perçoivent une prime sur objectifs, et 8%, une commission sur le chiffre d’affaires. Beaucoup d’ouvriers en bénéficient aussi: primes de nuit, de panier, etc. En revanche, les professions intermédiaires sont plutôt exclues de ces compléments de rémunération. En réalité, plus que les cadres ou les ouvriers, c’est cette dernière catégorie, celle des professions intermédiaires, qui va souffrir de cet effet de ciseau de l’inflation. Avec un salaire net moyen de 2 410 euros, elles sont très loin des rémunérations des cadres et souvent au-dessus des plafonds des prestations sociales. En 2022, elles ont perdu, en euros constants, 2,8% de leurs salaires.

Alors que la plupart des économistes voient le pic d’inflation se transformer en plateau, c’est toute la classe moyenne qui est frappée. Pas étonnant qu’une bonne partie d’entre elle, souvent dans les petites villes, se retrouve dans la rue à battre le pavé contre une réforme qui ajoute encore une goutte d’eau au vase de leur malaise économique.

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