Reportage

Chez Sun’Agri, des panneaux solaires protègent les vergers des coups de chaud

La PME Sun’Agri a inauguré début septembre une petite centrale solaire installée au-dessus d’un verger dans les Pyrénées-Orientales. Les panneaux offrent une bonne protection à la plante tout en assurant un rendement intéressant pour l’investisseur.

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Sun agri Perpignan
Les panneaux solaires pivotants couvrent 2,3 hectares de poiriers à Llupia.

A quelques kilomètres au sud de Perpignan, une exploitation étend ses vergers sur quelque 250 hectares, produisant principalement des pêches et autres nectarines. Principalement car, il y a sept ans, Pierre Battle, maître des lieux, a décidé d’introduire de la poire dans ses parcelles. «On est allés trop loin dans la monoculture et c’est une catastrophe en cas de maladie, rembobine l’agriculteur. Depuis, on a créé une culture en damier à grande échelle, histoire d’empêcher les maladies de circuler d’une parcelle à l’autre.»

Problème, si l’harrow sweet aime les ondes du soleil occitan, sa peau verte doit limiter l’exposition aux UV. Et si, dans ces grandes parcelles, des haies se glissent parfois au milieu des vergers, les gros coups de vent de la région viennent lui friper la peau. Sans parler des épisodes de gel… Sur les 45 tonnes produites en moyenne par hectare, Pierre Battle se retrouve avec 20% de fruits abîmés.

Manque à gagner dû au risque météotruncate

«Ces poires, je vais devoir les revendre entre 25 et 40 centimes à un industriel, contre 1,2 euro si elles avaient pu finir sur un étal», explique-t-il. Pour combler ce manque à gagner, l’exploitant pense avoir trouvé la parade. Sur 2,3 hectares de son exploitation, dédiés à la culture des poires, il a fait installer une armature métallique qui culmine à cinq mètres du sol, le tout couvert de petits panneaux solaires, dont l’orientation varie afin d’apporter de l’ombre aux arbres - plantés pour l’occasion.

L’entreprise Sun’Agri est porteuse du projet. Cette PME d’une trentaine de salariés se charge de tout. Elle trouve un investisseur pour acheter la structure, pour qui elle a négocié un tarif de revente de l’électricité – fixé sur vingt ans en l’espèce -, et gère pour lui l’installation et l’entretien des panneaux solaires. «Notre chiffre d’affaires dépend principalement du service de pilotage des panneaux», détaille Cécile Magherini, la directrice générale déléguée de la PME. L’entreprise se rémunère aussi sur ses prestations d’assistance à la maîtrise d’ouvrage. Il faut toutefois d'après elle compter au moins trois ans pour faire aboutir un projet, en raison notamment des procédures administratives.

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La couverture de la parcelle de Pierre Battle aura coûté 2,35 millions d’euros. Bientôt rentable ? «C'est la même rentabilité que pour des projets photovoltaïques en toiture, avec un rendement autour de 7%, explique Olivier Guillaume, directeur d'investissement chez RGreen Invest, dont une filiale a financé le projet. Sun'Agri a remporté les appels d'offres de la CRE (la Commission de régulation de l'énergie) sur les projets photovoltaïques innovants. Cela nous garantit un tarif autour de 90 euros le MWh.»

Moins de fruits abîmés

Aucun coût ne pèse sur l’agriculteur. Ce dernier doit s’engager à exploiter la parcelle pendant trente ans. Pierre Battle liste déjà les premiers bénéfices : il n’a pas eu besoin de payer le palissage pour son nouveau verger, la structure assurant l’office, il économise déjà au moins 20% d’eau par rapport à une parcelle témoin et la croissance des arbres est plus rapide que sur cette dernière. Les capteurs infrarouges et autres sondes se chargent de lui faire remonter une foule de données sur son téléphone.

«J’ai pu contrôler la température sur le feuillage pendant la canicule : c'est monté jusqu’à 45 degrés sur la zone témoin, ce qui stoppe la croissance de l'arbre, explique Pierre Battle. Sous la structure, c'est resté un peu au-dessus de 30 degrés. A l'inverse, les panneaux bloquent le rayonnement nocturne : en cas de gel, cela devrait permettre de conserver 2 ou 3 degrés en plus, de quoi faire la différence.» A terme, il espère diviser par deux le nombre de fruits abîmés. Pour cela, il compte aussi doter la structure d’un filet anti-insectes et d’un filet anti-vent.

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