Le coussin-tapis de fitness de Decathlon
Au premier coup d’œil, c’est un coussin... mais c’est bien plus que cela. On peut y glisser un tapis d’exercice pour pratiquer la gym, le pilates ou le yoga. Mise au point en dix-huit mois par Decathlon, cette nouveauté répond à la politique maison d’environnement, mais aussi à des changements d'usage, avec le télétravail. «Nous avons commencé la recherche de concept avec cette idée : créer une salle de fitness invisible dans le logement», explique Renaud Guillon, designer et chef de produit. L’équipe teste l’idée sur la plateforme de co-création maison et remarque que la proposition d’un tapis qui disparaîtrait sous le canapé remporte «un fort taux d’adhésion».
En douze mois, de croquis en dessins, le projet d'un coussin ou d'un tapis deux-en-un émerge, avec des préoccupations environnementales au cœur du travail des équipes de design. «Cela change nos métiers, constate Renaud Guillon. Nous avions imaginé une coque thermoformée, mais nous avons fait marche arrière à cause de la fin de vie du produit...» Le choix final d'un coussin en tissu est plus classique, mais aussi plus durable. «Notre responsabilité est aussi de ne pas produire un équipement qui finira dans un placard au bout de trois ans», argue le designer.
Le site internet Heart de Fabernovel
«C’est l’histoire du cordonnier bien chaussé», s’amuse Bastien Gatellier, ingénieur logiciel chez EY FaberNovel. Il a supervisé la mise au point de Heart, un outil destiné aux développeurs pour tester l'éco-conception, l'accessibilité et la sécurité des sites web. L’outil a lui-même été conçu suivant ces recommandations. Car, derrière chaque site, une multitude de décisions ont un impact sur l'environnement. Pour celui de Heart, le choix a été fait d'une page unique, «qui va directement à l’essentiel». Pour l'hébergement physique, ce sont les datacenters de Google qui ont été retenus, en raison de la qualité de leur PUE (l'indicateur d’efficacité énergétique).
Des questions plus techniques entrent aussi en jeu. Par exemple, les équipes ont choisi des icônes au format SVG, plus légères que le JPG. Idem pour les vidéos en ligne. «Le format Avif est très prometteur, avec un poids dix fois moins important que l’existant, le JPEG», explique Bastien Gatellier. Des choix qui ne s'improvisent pas. «Les équipes de développement doivent avoir une réflexion globale pour optimiser le plus possible. Cela conduit à des arbitrages permanents, entre les objectifs finaux à atteindre et les moyens mis en œuvre pour y parvenir», résume-t-il. C’est d’autant plus important, assure-t-il, que le sujet du numérique durable est une préoccupation grandissante chez les clients.
Le canapé Abalon de Vitra
D'une génération de produit à l'autre, les frères Ronan et Erwan Bouroullec n'ont pas peur de la rupture. Tout en courbes, le nouveau modèle de leur sofa Abalon est bien loin de son rectiligne prédécesseur. Une nouvelle forme, pour de nouvelles manières de produire. Les deux designers ont concentré leurs efforts sur les matériaux. «Nous voulons créer des objets aptes à être recyclés facilement et proprement», synthétise Erwan Bouroullec. La méthode est radicale : des matières brutes et peu mélangées. «Il fallait absolument les séparer, insiste le designer. Nous avons évité les textiles collés et, au maximum, les produits hybrides, car 80% de l’impact du produit se jouent dès la conception.»
Abalon est donc conçu à partir d’une structure en métal, sur laquelle est posée une mousse en polyuréthane. Le tout est recouvert de deux morceaux de textile (l’un à l’avant et l’autre à l’arrière). L’ensemble repose sur deux pieds en aluminium. Difficile de faire plus simple. Le choix a aussi été fait de ne développer qu'un modèle unique, dans une seule taille, pour limiter les variations. «Pour l’industrialisation, nous cherchons à réduire la complexité, synthétise Erwan Bouroullec. Elle multiplie tout.» Car chaque option entraîne son lot de pièces... de rebuts et de chutes de toutes sortes.
Le disjoncteur MTZ de Schneider Electric
Les équipements professionnels n'échappent pas à l'éco-conception. Pour concevoir une nouvelle version plus efficiente de son disjoncteur MTZ qui s'adresse aux professionnels du bâtiment ou des datacenters, Schneider Electric a analysé ses impacts environnementaux tout au long du cycle de vie. Dans ce domaine, l'équipe évalue aussi les performances du nouvel objet par rapport à celui qu'il remplace. L’une des difficultés de l’exercice vient du fait «qu’une action ayant un effet positif en phase de conception, peut s'avérer négative pendant l’utilisation. Ou l’inverse. Les analyses de cycle de vie offrent une meilleure décision en réalisant des arbitrages conscients des impacts», précise la responsable éco-design chez Schneider Electric.
Par exemple: «Avant, le déclencheur électronique intégrait une pile. Pour la changer, il fallait retirer complètement la face avant du disjoncteur, rappelle Djamila Saou. Nous avons fait le choix de faciliter le remplacement de cette pile, sans démontage de la face avant, ce qui évite le déplacement d’un agent spécialisé». Idem pour l’afficheur qui n’était pas dissociable du déclencheur dans la conception précédente. En cas de panne, il fallait tout changer. «Notre travail a été de faciliter le remplacement de l’afficheur, d'une durée de vie moindre que le reste du déclencheur, détaille-t-elle. Nous limitons ainsi la création de déchets, ce qui réduit la consommation de ressources». Le MTZ est conçu pour être réparable. Une ligne a même été ouverte pour cela dans l’usine de Moirans (Isère).



