Reportage

A l'école Nantes Atlantique, le design s'adapte aux enjeux de la transition écologique

L'école de design Nantes Atlantique mise sur un enseignement en phase avec les objectifs de transition écologique. Un savoir-faire qui intéresse les entreprises en quête de durabilité.

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Les 1 800 étudiants de l’école de design Nantes Atlantique profitent de ce lieu d'échange pour fignoler une maquette, discuter d'un prototype, retoucher un croquis.

Installés près des nefs des anciens chantiers navals, là où évoluent aujourd'hui les célèbres Machines inspirées de l'univers de Jules Verne, les nouveaux locaux de l'école de design Nantes Atlantique (Loire-Atlantique) ont été pensés comme une ode à la créativité. Inauguré en octobre 2022, le bâtiment de cinq étages s'articule autour d'une vaste agora, baignée de la lumière de sa façade et de son toit transparents.

Les 1 800 étudiants de l’établissement profitent de ce lieu d'échange pour fignoler une maquette, discuter d'un prototype, retoucher un croquis. Armés de ciseaux et de tubes de colle, ils sembleraient presque échappés d'une colonie de vacances. Derrière leur enthousiasme, se cachent des préoccupations on ne peut plus sérieuses : nombre d'entre eux planchent sur des solutions pour lutter contre le dérèglement climatique.

«Le design est un métier de l'ombre, son impact est méconnu alors qu'il est considérable, assure Nathalie Ciprian, la directrice du cycle master. Tous les objets qui vous entourent ont été dessinés par un designer.» Son collègue Jean-Luc Barassard, chargé de la coordination de la politique design durable de l'école, considère même cette discipline comme l'une des clés de la transition écologique. «Le design, c'est soit le poison, soit l'antidote, résume-t-il. Si l’on ne prend pas garde à ce que l'on fabrique, cela peut avoir des effets dévastateurs. Mais lorsqu'on envisage la conception avec une approche systémique, on peut générer des répercussions positives énormes.»

De l’économie circulaire jusque dans les ateliers

L'école n'a pas attendu les derniers rapports du Giec pour placer l’environnement au cœur de ses enseignements. Matériaux biosourcés ou recyclés, consommation d'énergie, emballage, transport, fin de vie... En bachelor comme en master, les élèves bénéficient depuis longtemps de cours spécifiques afin d'imaginer des initiatives et des objets viables, tant économiquement qu'écologiquement. Une dynamique adoptée jusqu'au sein des multiples ateliers, où toutes les chutes de bois, de papier, de tissu ou de métal sont, si possible, récupérées et réutilisées.

Originaire de La Réunion, Owen n'est pas venu à Nantes pour apprendre à «réaliser de beaux meubles». Alors qu'il peaufine ses panneaux de présentation, ce passionné nous dévoile son projet de fin d'études de master Digital design. «La plupart des plantes d'intérieur disponibles en France sont produites aux Pays-Bas de manière industrielle, en employant énormément de ressources, regrette-t-il. Pour relancer l'horticulture locale, j'envisage de créer une application de livraison et un système de consigne de pot en plastique.»

Si son concept séduit le jury, l'apprenti designer aura peut-être la chance de le voir exposé à la Cale 2 Créateurs, un espace artistique situé à quelques centaines de mètres de l’établissement qui, tout comme le Muséum de Nantes, met régulièrement en valeur les idées novatrices des étudiants. Une façon de sensibiliser la population aux vertus de l'écodesign. Jusqu’à fin février, les curieux ont notamment pu découvrir des toilettes mobiles capables de transformer en électricité verte l'urine des employés d'une usine, ou un système de lavage de bennes à béton pour récupérer la matière inexploitée afin de l'injecter dans de nouveaux chantiers.

Inclure une notion d’effort dans les projets

«En master, nous décentrons nos étudiants d'une simple vision produits, explique Florent Orsoni, le directeur du service de la prospective. Ils doivent répondre à une problématique socio-économique, dans une démarche de designer de solution.» Les impératifs écologiques rendent cette tâche beaucoup plus complexe, mais aussi plus stimulante, garantit Jean-Luc Barassard: «Avant, on croyait que le design permettait de nous faciliter la vie. La crise climatique nous oblige désormais parfois à inclure dans nos projets une notion d'effort, qu'il faut réussir à rendre désirable. C'est un vrai défi, car cela nécessite d'élaborer de nouveaux récits, de transformer l'imaginaire collectif.» Pour parvenir à convaincre leurs futurs clients d'embrasser un mode de consommation plus responsable, les élèves acquièrent aussi des compétences en communication et en sciences du comportement.

Qu'elles soient réellement convaincues de l'importance de cette transition durable ou tout bonnement contraintes de respecter des normes toujours plus restrictives, les entreprises apprécient ces jeunes designers. Bouygues, L'Oréal, Vinci, Airbus ou encore Stellantis, partenaires de l'école nantaise, sollicitent souvent l'équipe pédagogique et les étudiants pour réfléchir avec eux à l'avenir de leurs secteurs. «Nous venons même de créer une chaire avec la SNCF pour développer un modèle d'écologie industrielle territoriale, rapporte Florent Orsoni. Nous allons scanner l'ensemble des ressources et des matériaux de la région pour déterminer lesquels peuvent être recyclés afin de tenter d'obtenir, qui sait, un TER made in Pays de la Loire.» De quoi placer les produits locaux au centre de la réflexion de ces designers en herbe. Un processus déjà bien engagé: la longue file d’attente devant le stand de fruits et légumes en circuit court, installé près de l'accueil, en témoigne.

L’Ensci - Les Ateliers mise sur le biomimétisme

Pour attirer les étudiants les plus sensibles à l'éco-design, de nombreuses écoles proposent des formations complémentaires plus pointues. Alors que celle de Nantes s'est associée à l'École supérieure du Bois pour concevoir un master spécialisé en composites biosourcés, l’École nationale supérieure de création industrielle (Ensci) - Les Ateliers a lancé un master of science spécialisé en biomimétisme. Avec ces cours, les étudiants peuvent «réinventer leur propre pratique professionnelle en utilisant la nature comme inspiration, matériau ou processus», affirme l’école. Dans l'industrie, de plus en plus d'acteurs s'intéressent de près à cette filière pour imaginer de nouveaux procédés de fabrication, plus respectueux de l'environnement mais aussi parfois plus efficaces. La faune et la flore, des ressources à protéger pour pouvoir aussi s'en inspirer.

 

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