«Je ne suis pas là pour me plaindre. J’ai fait un choix, je l’assume mais je tiens tout de même à pousser un coup de gueule». Industriel charentais, Antoine Pontaillier est à la tête d’un groupe familial composé de trois unités de fabrication en France, dont une à Nersac (Charente), spécialisées dans le petit thermoformage pour l’industrie agroalimentaire. Next Emballage, emploie 110 personnes pour un chiffre d’affaires d’une vingtaine de millions d’euros.
En pleine crise du Covid, Emmanuel Macron appelle à la réindustrialisation du pays et au patriotisme économique afin que le fiasco des masques ne se reproduise pas. Antoine Pontaillier prend le chef de l’État au mot et décide avec l’assentiment des salariés de son groupe d’engager la construction d’une usine de fabrication de masques. Le patron ne lésine pas sur les moyens. Il engage dix millions d’euros afin de permettre l’édification d’un bâtiment de 2 800 m2 à côté du site de Nersac, une "usine 4.0" comme il la qualifie avec «machines françaises, salariés français, ancrée dans le territoire régional. Nous sommes sur des conditions de production proche d’un laboratoire».
Une référence en Nouvelle Aquitaine
L’usine est montée en un temps record : les travaux démarrent le 4 septembre 2020 pour une livraison six mois plus tard, le 4 mars. Les ambitions du chef d’entreprise étaient grandes pour ses produits commercialisés sous la marque Next Safe : «En rythme de croisière, nous aurions pu produire 75 millions de masques chirurgicaux et 60 millions de masques FFP2 par an. Nous souhaitions devenir une référence sur la Nouvelle Aquitaine et répondre à des besoins immédiats et de proximité».
Deux ans et demi plus tard, le constat est amer : «La reconstruction de la filière a été abandonnée en rase campagne. Je doute que nous sachions tirer les leçons du passé», s’insurge le chef d’entreprise qui affirme qu’aujourd’hui encore 97 % des services de santé continuent d’acheter leurs masques en Chine. «Ce n’est pas le prix qui justifie cette position car nous sommes ultra-compétitifs et je doute que faire venir ce type de produits de l’autre bout du monde réponde aux enjeux de diminution d’empreinte carbone actuellement martelés». Pour l’industriel, la faute est à mettre sur le compte de l’inertie de l’administration française qui peine à changer ses habitudes.
Dans ce marasme, l’entreprise tourne désormais à 15 % de ses capacités. Seuls deux salariés assurent la production, contre 15 initialement prévus. Les produits sont commercialisés auprès des clients du secteur privé, notamment de l’agroalimentaire, et seul l’hôpital public de Girac, situé à trois kilomètres de l’usine, s’approvisionne en partie auprès de l’entreprise. Malgré tout, Antoine Pontaillier n’a pas l’intention de fermer son unité. «Je vais pas lâcher le morceau. Je souhaite une chose : rencontrer Emmanuel Macron et l’interroger sur ses injonctions afin de savoir s’il est capable de mettre du contenu sur les mots qu’il a prononcés. Sinon à la prochaine crise, ce sera encore pire…»



