Une grosse année, c'est le temps qu'il aura fallu à Seqens pour faire de CellforCure une CDMO spécialisée dans la bioproduction de thérapies cellulaires. Le groupe de chimie fine français avait en effet repris cette société, constituée d'un site de développement et de production aux Ulis (Essonne), auprès de son ancien propriétaire, Novartis, à la fin novembre 2023.
Une opération qui avait fait couler beaucoup d'encre, compte tenu du caractère hautement stratégique de CellforCure. Inauguré en septembre 2013 par son premier propriétaire, le LFB, le site des Ulis a été l'une des premières entités modulaires d'Europe à permettre la production industrielle à grande échelle de médicaments de thérapie innovante (MTI), comme le traitement par les cellules CAR-T.
Racheté en 2019 par Novartis, le site avait fait l'objet d'importants investissements - à hauteur de 50 millions d'euros - pour séparer toutes ses installations de celles de son ancien propriétaire, le LFB, pour accroître sa capacité de production, en particulier la zone de cryoconservation des MTI et pour se conformer aux standards exigeants du groupe suisse avec une production 24 h/24 et 7 j/7.
Le groupe Novartis avait alors l'intention d'y produire exclusivement des thérapies cellulaires CAR-T, en particulier le Kymriah (tisagenlecleucel), qui a été la première thérapie de ce type approuvée par la FDA sur une indication en oncologie, dont le lymphome diffus à grandes cellules B.

Malheureusement, faute d'avoir pu étendre le traitement à d'autres indications en oncologie, le laboratoire a dû revoir à la baisse sa capacité de production, renonçant à cette installation des Ulis. Le site a toutefois permis de traiter plus de 600 patients en un peu moins de deux ans.
Un site de taille industrielle
C'est grâce à cet héritage que le site des Ulis dispose aujourd'hui d'une capacité de production annuelle de plusieurs centaines de lots thérapeutiques, grâce à plus de 10 000 m² d'installations, abritant sept lignes de production GMP indépendantes et flexibles. Chaque ligne étant elle-même constituée de 8 pièces pour la réalisation des différentes opérations unitaires liées à la fabrication de ces thérapies.
CellforCure s'appuie aussi sur le savoir-faire, les compétences et l'expertise des équipes. Cette reprise a aussi été assortie d'un investissement de plus de 4 millions d'euros, sur les 18 derniers mois, pour permettre aux Ulis de retrouver ses racines de CDMO. À son origine, le site avait été pensé par son créateur, le LFB, comme un site multi-produits, avant de devenir mono-produit sous l'ère Novartis.
Outre la production de plus de 10 000 doses de CAR-T allogéniques, de nombreuses autres thérapies ont pu être testées aux Ulis, en développement et jusqu'au stade clinique, des lymphocytes T, aux cellules NK, en passant par les cellules pluripotentes induites (iPSC) ou les cellules souches mésenchymateuses (MSC). À cette époque, les productions avaient pour objectif de fabriquer pour la recherche clinique.
Une intégration réussie
Dans tous les cas, la bonne nouvelle de ce début d'année est que la greffe entre CellforCure et Seqens « commence à prendre. L'intégration se fait extrêmement rapidement et apporte des synergies », s'est félicité Pierre Luzeau, membre du conseil de surveillance de Seqens.
L'autre bonne nouvelle est qu'il existe bien un marché pour la production à façon de thérapies cellulaires, comme l'avait parié Seqens lors du rachat. « Nous avons discuté avec une trentaine de clients qui ont exprimé un intérêt très fort pour le site, en particulier après l'avoir visité. Nous avons eu plus de succès qu'escompté », a ajouté Pierre Luzeau, qui situe le taux d'utilisation des capacités à la hauteur des ambitions du groupe, sachant qu'en décembre 2023, Novartis avait mis à l'arrêt la totalité des installations.
L'explication vient du savoir-faire de CellforCure et d'une offre encore sous-capacitaire en Europe pour ce type de production. « Compte-tenu de l'émergence de nouvelles pistes de recherche dans les MTI, nous devons adapter nos capacités en Europe », a ajouté Marc-Olivier Mignon, le président de CellforCure qui se place dans le peloton de tête avec ses sept lignes de production et une expertise unique dans la production commerciale de MTI.
Dès 2024, CellforCure s'est fixé donc comme challenge d'attirer des clients et de remplir son carnet de commandes. La période 2025-2026 devrait être consacrée au transfert de technologies pour être en mesure de délivrer de premiers lots et de garantir la satisfaction client.
Ce qui n'effraie en rien les équipes de production. « Nous avons plus de 25 transferts technologiques réussis, c'est notre fierté de n'avoir jamais raté un transfert », a expliqué Pierre Noël Lirsac, ex-président, qui a participé à l'aventure de CellforCure depuis la construction du site des Ulis.
Rythme de croisière en 2027
À l'horizon 2027, et au-delà, le site devra avoir trouvé son rythme de croisière et sa rentabilité, avec des productions de CAR-Tautologues qui correspondent aujourd'hui à l'essentiel des demandes. Mais Seqens souhaite élargir le spectre de ses productions afin de ne pas mettre « tousses œufs dans le même panier » pour ventiler le risque. « L'idée est d'être présent sur de nombreux segments. On ne sait pas ce que la science va nous amener », a ajouté Pierre Luzeau.
Une des clés du succès consistera aussi à rester très proche des milieux académiques pour les aider à prendre les meilleures décisions possibles. « Le manufacturing est complexe, et il ne faut pas que son coût soit un point de blocage quand les projets passent en phase II ou III. Nous voyons passer de très beaux projets qui prennent du retard ou nécessitent une refonte de leur procédé de fabrication, le coût de ces derniers n'ayant pas été anticipé. Notre vision est de d'accompagner les biotechs et les start-up lors du passage au stade industriel (de la phase I aux phases suivantes) afin que la production soit compatible avec la vraie vie et à un prix soutenable pour le système de santé », a poursuivi Marc-Olivier Mignon.
Dans tous les cas, l'idée est de baisser au maximum les coûts de fabrication des traitements pour leur permettre d'arriver le plus vite possible sur le marché, au bénéfice des patients.



