Chronique

Ce n’est pas un non à Montagne d’or, mais un non à la mine industrielle

Le recours déposé par trois ministres contre la décision du tribunal administratif de Cayenne, qui obligeait l'Etat à reconduire les concessions de la Compagnie Montagne d'or en Guyane, n'est pas un camouflet à ce projet particulier. C'est un refus de la mine industrielle, au moment où les grandes puissances travaillent toutes à sécuriser leur accès aux ressources.

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Projet Montagne d'Or
Malgré son nom, le projet Montagne d'or porté par Nordgold et Orea en Guyane se classerait entre le 114e et le 190e rang des mines d'or mondiales. On est loin de la mine géante dont les ministres dénoncent "l'ampleur". Sauf à renoncer au principe de la mine industrielle.

Il aura fallu trois ministres, pour justifier le recours du gouvernement français contre une décision de justice prise par un tribunal français, fût-ce le tribunal administratif de Cayenne (qui appréciera). Le 24 décembre, ce dernier avait enjoint à l’Etat de prolonger sous six mois les concessions de la Compagnie Montagne d’or, porteuse d’un projet de mine d’or industrielle en Guyane, faute de raison valable pour ne pas le faire.

« Le projet Montagne d’Or est clairement incompatible avec nos ambitions environnementales », a redit la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili dans un communiqué du gouvernement. Une formulation très proche de celle choisie par le président de la République Emmanuel Macron en 2019. Nous l’avions écrit à l’époque – et nous le maintenons, cette décision reste hautement contestable en justice.

Pas de mine industrielle en Guyane

Mais l’information à retenir, pour les industriels, est énoncée par ses homologues. « Je reste convaincu qu’un projet de l’ampleur de la Montagne d’Or n’a pas sa place en Guyane », ajoute dans le communiqué le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, appuyé par la ministre déléguée à l’Industrie Agnès Pannier-Runacher : « Le projet Montagne d’Or ne répondait pas par son ampleur à notre ambition écologique. » Ce n’est donc pas le projet de Nordgold et Orea Mining (ex-Columbus Gold), largement révisé pour réduire son empreinte environnementale, qui pose problème. Ni l’unité de cyanuration prévue, puisque Auplata a récemment coulé ses premiers lingots issus d’une usine similaire. C’est son « ampleur ». Pourtant, une Note d’analyse du projet Montagne d’or remise au ministère de la Transition écologique et solidaire en 2019 rappelait déjà qu’il s’agissait d’une mine « de taille moyenne » qui se classerait, si elle était développée, entre le 114e et le 190e rang mondial des mines d'or, selon qu’on considère les réserves (exploitables économiquement) ou les ressources (quantité totale d’or estimée dans le gisement).

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Place aux PME minières

« Pour autant, je crois au développement d’une filière aurifère responsable et durable, continue Sébastien Lecornu. Pour cela, nous devons travailler collectivement avec les entreprises locales pour une montée en compétences techniques et une progression sur le plan environnemental. » Sous ce gouvernement, la Guyane ne pourra donc pas prétendre au développement d’une filière aurifère à échelle industrielle. Exit, les IAMGold, Reunion Gold, Newmont… qui prospectent actuellement le sous-sol de la Guyane. L’avenir est aux PME, qui sans ces partenaires ne pourront exploiter que l'or alluvionnaire (et non les gisements primaires, plus profonds).

Mieux vaut le savoir, alors que la France s’apprête à refondre son code minier. Le texte a été intégré à la loi Climat. Pourtant, dans un avis rendu le 23 novembre 2020, même le Conseil national de la transition écologique (CNTE) soulignait « que les ressources minières se trouvent au cœur des enjeux de la société » et, après avoir rappelé l’importance de soutenir en premier lieu le recyclage, se réjouissait que le projet de loi « recherche un équilibre entre les besoins stratégiques de la France, l’intérêt des exploitants » et « la protection de l'environnement ». Il n’est pas certain que les exploitants les plus qualifiés et les plus à même de financer un projet minier soient rassurés par les décisions récentes du gouvernement dans le domaine minier.

Et la souveraineté?

Mieux, le CNTE « note avec intérêt les éléments constitutifs d’une politique nationale des ressources et usages du sous-sol » et « se félicite que cette politique intègre les enjeux de l’approvisionnement en ressources ; considérant que les projets miniers devront s’inscrire dans cette politique d’approvisionnement ». Pour sécuriser les approvisionnements français, que ce soit sur le sol national ou à l’import, il sera difficile de garantir des mines bio, raisonnées et neutres en carbone. A défaut, nous aurions pu avoir une mine fonctionnant à 80 % à l'énergie solaire, compacte, rentable, aux normes environnementales françaises et créant de l'emploi local en Guyane. Mais nous allons plutôt continuer à importer, ou à recourir à l'or made in France... extrait par les orpailleurs à grand renfort de mercure.

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