L'Usine Nouvelle. - Le gouvernement français a vivement réagi à l’annonce du projet de fermeture de l’usine de Béthune. Certains représentants ont notamment regretté que Bridgestone ait écarté des options de transformation du site. Que leur répondez-vous ?
Emilio Tiberio. - Bien évidemment, nous n’avons pas présenté le projet de cesser notre activité à Béthune sans avoir pris le temps d’analyser toutes les options sur la table. Le problème auquel nous faisons face à l’heure actuelle en Europe n’est en rien lié au Covid-19 et à la chute du marché observée en début d’année.
Depuis plusieurs années, nous devons composer avec un marché européen stable et avec la concurrence croissante d’acteurs asiatiques low-cost, qui représentent aujourd’hui près de 25% de part de marché. Aujourd’hui, Bridgestone se trouve dans une situation de surcapacité en Europe que nous devons régler au plus vite. De toutes les usines européennes de production de pneus pour véhicules de tourisme, Béthune est le site de Bridgestone affichant le plus bas niveau de productivité.
Quels ont été le niveau de production et les capacités de l’usine en 2019 ?

- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 2168+2.94
Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
Il s’agit de chiffres confidentiels que je ne souhaite pas divulguer.
La diversification de la production vers des pneumatiques à plus forte valeur ajoutée, comme ceux destinés aux SUV, ne pourrait-elle pas être une alternative ?
Nous avons exploré ces options. Les pneumatiques de 18 pouces et plus sont de plus en plus populaires en raison de la croissance de la part de marché des SUV en Europe. Mais la solution ne nous est pas apparue viable économiquement.
Des acheteurs potentiels se sont-ils déjà manifestés ?
Nous travaillons sur une shortlist d’entreprises susceptibles d’être intéressées par la reprise de Béthune en tant qu’usine de production de pneumatiques ou pour des productions alternatives. Béthune est idéalement située en Europe, et dispose d’une infrastructure de transport de bonne qualité. Par ailleurs, nos salariés sont très qualifiés et disposent de compétences valorisées par exemple dans les activités de maintenance, ce qui pourrait intéresser de possibles repreneurs. Notre seul critère est la solidité de l’offre, afin de limiter au maximum les conséquences sociales.
Comment allez-vous accompagner vos salariés ?
Dans le cadre du dialogue social, nous allons proposer des dispositifs de préretraites pour les salariés qui pourraient en bénéficier. Nous travaillerons aussi au reclassement de salariés dans nos autres branches d’activités. Au-delà de notre site de Béthune, Bridgestone compte 3 500 salariés en France qui travaillent pour notre filiale commerciale et notre réseau de distribution. Nous sommes convaincus qu’une partie de nos salariés de Béthune pourraient être réaffectés dans notre réseau commercial notamment. Enfin, nous contribuerons à la formation de nos salariés en vue de leur redéploiement hors de Bridgestone.
D’autres usines que Béthune en Europe pourraient-elles être concernées par des décisions de rationalisation ou de fermeture ?
Pour l’instant, notre projet concerne Béthune et nous pensons qu’il nous permettra d’améliorer notre compétitivité. Cela étant, nous suivons attentivement l’évolution du marché et prendrons les mesures nécessaires pour assurer la pérennité de l’entreprise si nécessaire.
Avant vous, Michelin et Continental ont décidé de fermer des sites en France et en Allemagne. Est-il encore possible de continuer à produire des pneumatiques en Europe ?
Cela est encore possible si nous nous concentrons sur des produits à haute valeur ajoutée. C’est ainsi que nous pourrons faire la différence avec les pays à bas coût de main-d’œuvre. Nous avons par exemple présenté notre technologie Enliten, qui permet de réduire les matériaux nécessaires à la fabrication et diminuer jusqu’à 20% la résistance au roulement.
Propos recueillis par Julie Thoin-Bousquié



