Pourquoi Bridgestone ferme son usine de pneumatiques de Béthune

Bridgestone a annoncé la future fermeture de son usine de production de pneus de tourisme de Béthune, qui emploie 863 salariés. Il invoque notamment le poids de la concurrence asiatique.

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Usine Bridgestone Béthune
Le fabricant japonais de pneumatiques Bridgestone va fermer son usine de Béthune.

La production de pneumatiques en France est en grande souffrance. Le manufacturier japonais Bridgestone a annoncé, mercredi 16 septembre, son projet de cesser l’activité de son usine française de Béthune (Pas-de-Calais), qui emploie 863 salariés. "Au cours des dernières années, toutes les mesures engagées par Bridgestone visant à améliorer la performance industrielle de l’usine de Béthune n’ont pas permis de redresser la situation. Depuis plusieurs années, Bridgestone enregistre des pertes sur les pneus produits à Béthune et les dynamiques actuelles du marché ne laissent, en l’état, entrevoir aucune amélioration de la situation", a expliqué l’entreprise dans un communiqué.

Estimant que la fermeture du site ne serait pas effective avant le deuxième trimestre 2021, le président et directeur général de Bridgestone en Europe, Afrique et Moyen-Orient, Laurent Dartoux, s’engage à "trouver des solutions équitables et adaptées à chacun [des employés], en proposant un accompagnement personnalisé et des solutions cohérentes avec leurs projets personnels et professionnels". Est également évoquée la mise en œuvre "d’un plan de revitalisation ambitieux" dans la région. "L'entreprise s'est engagée […] à rechercher activement un repreneur pour le site", précise Bridgestone.

Une annonce qui a suscité une réponse immédiate des autorités régionales et nationales. Dans un communiqué publié dans la foulée de l’annonce du groupe japonais, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, la ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, ainsi que le président du Conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ont affirmé "leur désaccord total face à cette annonce". Ils appellent "Bridgestone à prendre ses responsabilités, alors qu’il a largement désinvesti l’usine de Béthune depuis de nombreuses années, en faveur de ses autres sites européens, entraînant mécaniquement un déficit de compétitivité".

Concurrence asiatique

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Dans sa communication, l’entreprise estime en effet que l’usine du nord de la France est "la moins performante parmi toutes les usines européennes" du groupe. En parallèle, le groupe justifie cette fermeture par le poids de la concurrence asiatique sur ce site spécialisé dans la production de pneumatiques pour les véhicules de tourisme. "Depuis plus d’une dizaine d’années, les volumes de ce marché [des pneus pour véhicules de tourisme, ndlr] restent stables (croissance annuelle moyenne < 1%) tandis que la concurrence de marques asiatiques à bas-coûts s’intensifie (leur part de marché est passée de 6% à 25% entre 2000 et 2018)", met en avant Bridgestone.

"Ces tendances entraînent une pression sur les prix et une surcapacité de production sur le marché, en particulier sur le segment LRD (jantes à dimensions inférieures à 18 pouces de diamètre)", ajoute le fabricant japonais. En parallèle, l’entreprise met en avant les conséquences de la crise du Covid-19, qui a touché une industrie automobile mondiale déjà sous forte pression. Sur l’ensemble de l’année 2020, les ventes de véhicules neufs en Europe devraient se contracter d’environ 25%, d’après les estimations de plusieurs experts. Un retrait inédit dans son ampleur, qui devrait priver l’ensemble des acteurs du secteur, dont les fabricants de pneumatiques, d’une partie substantielle de leurs revenus.

Avant Bridgestone, Michelin avait annoncé en 2019 son intention de fermer son usine de La Roche-sur-Yon (Vendée), la dernière spécialisée dans la production de pneumatiques pour les poids lourds dans l’Hexagone. Comme Bridgestone, le groupe clermontois avait justifié cette fermeture par la croissance de la part des pneumatiques chinois dans les ventes, et leurs prix très attractifs. Selon une étude publiée en 2017 par la banque d’affaires Bryan, Garnier&Co, la part de marché des grands leaders du pneumatique dans le monde que sont Bridgestone, Michelin et Goodyear, se serait effondrée de 54% à 37% en une dizaine d’années.

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