Et si la réponse aux défis industriels, climatiques et sociaux de l’Europe se trouvait dans ses champs, ses forêts et ses océans ? La bioéconomie, qui repose sur l’utilisation durable des ressources biologiques renouvelables pour produire des matériaux, des produits chimiques ou de l’énergie, représente déjà 8 % du PIB européen, mais elle reste sous-exploitée. Pour débloquer son potentiel, un changement de cap s’impose, explique l’Association chimie du végétal (ACDV) dans le cadre d’une consultation publique visant à réviser la Stratégie européenne de bioéconomie, adoptée en 2012 et modifiée en 2018.
Dans les grandes lignes, la bioéconomie européenne souffre d’un cadre réglementaire trop peu ambitieux et structurant. La stratégie actuelle est volontaire, non contraignante, pilotée sous une gouvernance essentiellement agricole, et sans objectifs chiffrés. Résultat : des disparités marquées entre États membres, des filières freinées et une invisibilité persistante vis-à-vis du grand public et des décideurs.
Ce manque de cohérence est d’autant plus problématique que la bioéconomie est une activité transversale. Un même gisement de biomasse peut servir à l’alimentation humaine, à la production d’ingrédients cosmétiques, ou encore de bioplastiques. Or, les secteurs dialoguent peu. Aussi, l’Europe doit se doter d’un cadre de gouvernance associant les directions générales de la Commission en charge de la croissance, du climat, de l’environnement et de l’agriculture. Elle doit fixer des objectifs supranationaux, mesurables et révisés régulièrement. Elle doit aussi parler d’une seule voix pour valoriser les apports industriels et écologiques de la bioéconomie, et éviter l’affrontement caricatural « alimentaire/non alimentaire ». Mais clarifier les ambitions ne suffit pas. Encore faut-il créer un véritable marché. Cela passe par des mesures de market pull : intégration de critères biosourcés dans les marchés publics, fixation d’objectifs d’usage, adaptations des labels, incitations fiscales… Mesures qui ont fait leurs preuves aux États-Unis avec le programme BioPreferred !
Autre levier indispensable : l’accélération de l’accès au marché pour les innovations. Aujourd’hui, les réglementations (Reach, additifs alimentaires, détergents…) ne sont pas adaptées aux spécificités des nouveaux produits. Les délais de mise sur le marché peuvent dépasser cinq ans en Europe, contre moins de deux ans aux États-Unis. D’où la suggestion de simplifier les procédures, créer des régimes pilotes, soutenir administrativement les PME ou accélérer des reconnaissances mutuelles.

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Trim 4 2025
Granulés bois producteurs - vrac€/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Trim 4 2025
Bois de trituration - Toutes catégoriesBase 100 au 4e trimestre 2011
Puis sans matière première, pas de bioéconomie. La mobilisation durable de la biomasse – agricole, forestière, marine – est donc une priorité. Il s’agit d’améliorer la logistique, soutenir l’innovation agricole, intégrer des objectifs de biomasse dans la PAC ou le Green Deal, ou de garantir un accès équitable aux ressources tout en évitant la concurrence déloyale des importations ne respectant pas les standards européens.
Enfin, la montée en puissance industrielle de la bioéconomie nécessitera d’importants investissements, en plus du soutien d'Horizon Europe et de l'initiative CBE-JU. Les infrastructures manquent : pilotes, démonstrateurs, réacteurs industries… L’Europe doit intégrer ces enjeux dans son prochain cadre pluriannuel, tout en reconnaissant les biotechnologies biosourcées dans la taxonomie verte ou les projets PIIEC.
La bioéconomie n’est pas un gadget écologique. C’est un pilier concret d’une industrie européenne plus résiliente, plus décarbonée, plus autonome. Mais pour qu’elle tienne ses promesses, l’ACDV estime que l’Europe doit faire le choix de la cohérence, de l’ambition et de l’investissement.



