Bientôt séparé de Sanofi, EuroAPI prévoit 580 millions d'euros d’investissements, dont la moitié en France

Sanofi prévoit toujours pour début 2022 la sortie de son périmètre de ses activités de production de principes actifs pour tiers. L'entité EuroAPI prévoit déjà 580 millions d’euros d’investissements jusqu'en 2025 pour ses 6 sites industriels en Europe, dont 270 millions pour les sites d'Elbeuf (Seine-Maritime) et de Vertolaye (Puy-de-Dôme).

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Sanofi
Sanofi prévoit de conserver 30% du capital d'EuroAPI, entreprise qui rassemblera ses activités de production pour le compte de tiers de principes actifs, et qui doit entrer en bourse début 2022.

Une première enveloppe d’investissements industriels à 580 millions d’euros, dont 270 millions en France. C’est ce qu’a dévoilé mardi 19 octobre Karl Rotthier, le directeur général d’EuroAPI, la société qui va regrouper les activités de Sanofi dans la production de principes actifs pharmaceutiques (API, ces molécules qui soignent dans les médicaments) pour le compte de clients tiers.

Avec un chiffre d’affaires annuel de près d'un milliard d’euros et 3 200 salariés (dont 1 200 en France), la société se positionne aujourd’hui comme le numéro un mondial des API chimiques, ce qu’on appelle les petites molécules. EuroAPI dit être le numéro 2 mondial de l’ensemble du marché mondial des API, derrière le géant suisse Lonza qui est, lui un spécialiste des principes actifs biologiques (grosses molécules principalement), donc destinés aux médicaments de biotechnologies.

L’introduction en bourse d'EuroAPI est toujours prévue pour début 2022, sans plus de précision calendaire à ce stade. Sanofi prévoit de conserver 30% du capital de l’entité.

270 millions d’euros en France

L’enveloppe de 580 millions d’euros d’investissements industriels concernera « tous nos 6 sites industriels », a bien précisé Karl Rotthier. Entièrement implanté en Europe, ce réseau industriel se répartit en cinq pays, avec des spécificités pour chacune des usines : Haverhill, au Royaume-Uni pour le séchage par atomisation, Francfort, en Allemagne, pour des API, les oligonucléotides et les peptides, Ujpest en Hongrie pour des API et des prostaglandines, Brindisi en Italie pour les antibiotiques, Elbeuf (Seine-Maritime) pour la fermentation et la vitamine B12, Vertolaye (Puy-de-Dôme) pour des API, des corticoïdes et la chimie solide.

La France, qui abritera prochainement à Paris le siège social d’EuroAPI, du côté de la Gare de Lyon, se taille la part du lion de ces investissements industriels avec plus de la moitié de l’enveloppe qui lui est réservée. 190 millions d’euros sont prévus à Vertolaye, et environ 80 millions d’euros à Elbeuf, avec des finalisations anticipées à horizon 2023 ou 2024.

« La majorité des investissements à Vertolaye concerne la construction d’un nouveau bâtiment pour la production d’hormones », précise Karl Rotthier. A Elbeuf, le projet consiste à augmenter les capacités en vitamine B12, sachant qu’EuroAPI est « le seul acteur occidental aujourd’hui à produire de la vitamine B12 », assure son directeur général.

Entité indépendante

En évoluant indépendamment de Sanofi, EuroAPI pourra « investir désormais dans des projets et des bâtiments où Sanofi ne va jamais investir, car le business model est différent ». « Nous allons pouvoir investir dans nos propres domaines stratégiques », plaide Karl Rotthier. Il vante encore « l’intégration en amont » de l’entreprise, qui n’est « pas vraiment dépendante de l’Inde ou de la Chine pour acheter des matières premières » et qui produit elle-même une partie « de ses propres intermédiaires chimiques pour la production d’API ».

Actuellement, le portefeuille comprend une multitude de contrats pour des clients tiers, à hauteur de 55% environ, ainsi que pour Sanofi (45%). Les contrats auraient été sécurisés avec le géant français de la pharmacie pour cinq ans, avec l’espoir de poursuivre à l’avenir.

Inquiétudes sur les contrats clients

Les syndicats, de leur côté, s’inquiètent de se couper de Sanofi et de la relative sécurité d’être adossé à un géant du secteur, ainsi que de la concrétisation des investissements même si EuroAPI quittera Sanofi sans dette. Ils s’interrogent également des contrats pour tiers. Selon un porte-parole de la CGT EuroAPI, « certains contrats clients, qui doivent basculer de Sanofi à EuroAPI, ont pris beaucoup de retard ». La crainte est que « certains clients existants ne soient pas forcément d’accord pour basculer chez EuroAPI », met-il en avant.

La direction, de son côté, avance plusieurs arguments. Elle indique d’abord reçu de nombreuses nouvelles demandes, en particulier d’autres grands laboratoires. Et ce, alors que la tendance en Europe est d’assurer des approvisionnements en API de manière non plus mono-sourcée mais duo-sourcée, (donc avec au moins deux fournisseurs), et de privilégier des fournisseurs produisant directement en Europe pour parer aux tensions d’approvisionnements, et parfois aussi de qualité.

Production de médicaments pour tiers

La direction vante aussi le recours grandissant à l’externalisation, passée de 44% en 2016 à 46% en 2019, de la production à façon, notamment de la part des grands laboratoires préférant s’appuyer sur des sous-traitants pour leurs productions de médicaments, et pas seulement pour la fourniture d’API. Voire même aussi pour le développement des médicaments.

EuroAPI privilégie d’ailleurs cette piste de croissance. Actuellement, son activité de CDMO, donc de production et de développement de médicaments pour le compte de tiers, représente environ 20% du chiffre d’affaires. Cette activité lui permet d’aider des clients à développer un produit pharmaceutique depuis les phases pré-cliniques (avant les tests sur l’homme) jusqu’à la mise sur le marché. Elle est vouée à augmenter à l’avenir, désignée comme stratégie prioritaire.

Croissance externe

EuroAPI exclut pour le moment de se positionner dans les API biologiques. L’objectif est de consolider sa position de leader mondial dans les API issus de la synthèse chimique qui représentaient en valeur, en 2019, un marché mondial de 59 milliards d’euros sur un marché total de plus de 70 milliards d’euros, avec des perspectives de croissance de 6% à 7% jusqu’en 2024.

Karl Rotthier assure aussi qu’« aucune autre société de principes actifs chimiques ne dispose d’un portefeuille de technologies aussi large » qu’EuroAPI. Alors qu’il considère le marché mondial des producteurs d’API pour tiers et des CDMO encore très éparpillé, avec plus de 1 000 acteurs en activité, le dirigeant anticipe une nécessaire consolidation, à laquelle EuroAPI compte prendre part.

En termes de croissance externe, deux cibles sont privilégiées : des acteurs disposant de technologies encore non-présentes dans le portefeuille de l’entreprise, et des CDMO implantés en Amérique du Nord. EuroAPI est aujourd’hui très centré sur l’Europe, qui représente la majorité des ventes en valeur. L’Amérique du Nord et le Japon comptent aujourd’hui pour environ 10% chacun du chiffre d’affaires. L’objectif est aussi d’étendre ces parts de marché géographiques.

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