Tribune

[Avis d'expert] Pénurie de matières premières : et si la France misait plus sur les produits biosourcés ?

Face à la pénurie de matières premières, François Monnet, président de l’Association chimie du végétal, estime que la France devrait miser d'avantage sur la chimie verte. 

François MONNET, Président de l’Association Chimie Du Végétal
François Monnet, le président de l’Association chimie du végétal, plaide pour la chimie verte qui valorise le CO2 capturé par les plantes et évite l’extraction de ressources fossiles.

Sans même parler des conséquences humaines, la crise sanitaire génère des dégâts économiques majeurs. Surtout, elle souligne la vulnérabilité des chaînes de production en Europe, fortement dépendantes d’importations de composants essentiels. Récemment encore, la Fipec – la Fédération des industries des peintures, encres, couleurs, colles et adhésifs, préservation du bois – alertait sur les difficultés d’approvisionnement de ces matières premières indispensables à la production de peintures en France, mettant en difficulté toute la filière BTP.

Et elle n’est pas la seule.

Pallier les difficultés d'approvisionnement

Pour remédier à cette dépendance stratégique de notre industrie, le plan France Relance cible différents secteurs devant faire l’objet d’une attention particulière. C’est notamment le cas de la filière des produits biosourcés, qui a été sélectionnée parmi les dix technologies clés pour les marchés du futur.

Issus de matières premières végétales (amidon, huiles, déchets agricoles, bois, algues…), les produits biosourcés sont utilisés par nombre d’industriels pour fabriquer des produits d’usage quotidien pour les consommateurs (cosmétiques, peintures, détergents, pneus...) comme pour les industriels (solvants, enduits, emballages, additifs pour bitumes, bio-intrants pour l’agriculture...). Et pour chacun de ces marchés, le biosourcé offre des ressources complémentaires aux industriels concernés, souvent produites à partir de ressources locales.

10 milliards d'euros de chiffre d'affaires

Le biosourcé offre des ressources complémentaires aux industriels concernés, souvent produites à partir de ressources locales.

Encore insuffisamment connue, cette filière industrielle de la chimie du végétal et des biotechnologies industrielles est pourtant déjà bien présente en France où elle représente plus de 10 milliards d'euros de chiffre d’affaires pour 165 000 emplois directs et indirects. Son implantation maille l’ensemble du territoire français : plus de 300 sites y ont récemment été recensés par l’Association chimie du végétal (ACDV), contribuant à sa (re)vitalisation économique. Surtout, elle est aujourd’hui en capacité technologique et humaine de passer à la vitesse supérieure.

Or pour répondre autant à l’urgence des besoins industriels du pays, qu’à celle de la lutte contre le changement climatique, il est aujourd’hui indispensable d’accélérer le développement de la chimie du végétal qui valorise le CO2 capturé par les plantes et évite l’extraction de ressources fossiles.

Cela passe tout à la fois par la mise en place d’un cadre fiscal et financier mieux adapté à une industrie de temps longs, à une meilleure prise en considération par le législateur de cette industrie innovante, y compris dans les discussions actuelles de la loi Climat et résilience, et d’un accès au marché facilité pour ces nouveaux produits.

Les industriels y sont prêts. La France a tout à y gagner.

Par François Monnet, président de l’Association chimie du végétal

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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