Dans les polymères et la chimie, de la pénurie de matières à une crise inflationniste

Manque de matières premières, hausses de prix, tensions entre fournisseurs et clients, les organisations professionnelles représentant des entreprises qui utilisent des matières pétrosourcées dans la chimie, les polymères et le caoutchouc redoutent les conséquences sur la reprise.

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Caoutchoucs bruts
Retards de livraison, mises sous allocation, multiplication des cas de forces majeures, difficultés logistiques... Le syndicat national du caoutchouc et des polymères (SNCP) estime que la situation est critique pour nombre de transformateurs de caoutchouc.

L’inquiétude ne retombe pas. La hausse des prix de matières premières, couplée aux difficultés d’approvisionnement, continue de préoccuper les industriels de la transformation. "J’ai rarement vu une telle convergence au cours de ma carrière d’économiste", reconnait Bruno Muret, directeur économie et communication du Syndicat national du caoutchouc et des polymères (SNCP). Le 23 mars, le syndicat a exprimé ses "très grosses inquiétudes" quant aux difficultés rencontrées par ses adhérents. "Le contraste avec la situation observée au printemps 2020 est saisissant", constate le syndicat dans son communiqué.

Pour le SNCP, la crise "semble plus profonde que celle qu’avait connue le secteur, il y a 10 ans, lors de la reprise post récession 2008-2009". Parmi les évolutions significatives des prix, l’organisation professionnelle a observé sur le dernier trimestre des hausses de 35% sur le Brent (pétrole de référence en Europe), de 53% sur le butadiène et de 11% sur l’éthylène (de décembre 2020 à février 2021 par rapport aux trois mois précédents).

Forte hausse du coût de revient de la production de colle et de peinture

Même constat chez les fabricants de colles et de peintures. La fédération des industries des peintures, encres, couleurs, colles et préservation du bois (Fipec) s’alarme, elle aussi, de certaines hausses de prix ainsi que de reports de livraisons liés aux cas de force majeure déclarés par leurs fournisseurs. Une note interne présentant les chiffres d’une étude réalisée courant mars, à laquelle 27 sociétés adhérentes de la Fipec (sur 150) ont répondu, révèle qu’au moins 25% des acheteurs interrogés ont déclaré une hausse des prix des résines epoxy de 50%. Une entreprise sur trois indique aussi être confrontée à des hausses de 10 à 20% du prix du dioxyde de titane. Des pénuries sur certains intrants comme les isocyanates, les résines epoxy, vinyliques, acryliques ainsi que certains solvants sont relevées. "La hausse générale des prix des matières premières a pour effet une augmentation très forte du coût de revient de nos produits", affirme d’une même voix l’ensemble des fabricants.

Productions ralenties

Le groupe Protex International, qui commercialise des spécialités chimiques destinées notamment aux textiles, papiers et peintures, assiste à une flambée des prix du propylène et de ses multiples dérivés, ainsi que de l’éthylène. "Les hausses vont de 50 % à 250 %", relève Robert Moor, président du groupe familial, qui évoque des productions ralenties. Dans ce contexte de tensions, les répercussions par l'entreprise, tant sur les prix que sur les volumes des produits finis, restent encore peu significatives. "En dépit de la violence de certaines augmentations, cela se traduit avec parcimonie sur le prix", indique Robert Moor dont l’entreprise répond aux demandes, au cas par cas, à partir de ses stocks.

Des freins à la reprise

"Ces tensions interviennent (…) au plus mauvais moment, dans une période de rebond de l’activité de l’industrie du caoutchouc française et européenne", estiment les professionnels du SNCP. Ils craignent qu’elles fragilisent "la reprise en cours et la satisfaction des besoins des secteurs clients dans les domaines du transport, de la défense, du bâtiment, de la production d’énergie ou encore de l’hygiène et de la santé".

Les tensions se confrontent aussi à la demande de baisse des prix de la part des constructeurs automobiles, dont les ventes ont été affectées par la crise en 2020. En novembre, sous l’égide de la plate-forme de la filière automobile et sous le regard bienveillant de Bercy, une charte d’engagement sur les relations clients-fournisseurs avait été créée. A l’heure où cette crise inflationniste s’annonce durable, les entreprises du caoutchouc réclament, à l’instar d’autres représentants comme la FIEV et le GPA, une prise en compte générale des surcoûts. "Le SNCP plaide pour un dialogue constructif et la recherche de solutions équilibrées entre donneurs d’ordres et transformateurs de caoutchouc".

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