Arrivé chez Renault en octobre 2020 au moment de la relance du groupe sous la houlette de Luca de Meo, Luciano Biondo a orchestré sur le terrain la formation du pôle industriel ElectriCity regroupant dans le nord de la France les usines de montage de Douai et Maubeuge ainsi que la manufacture de boîtes de vitesse de Ruitz. Depuis la création d'Ampere en novembre 2023, le Valenciennois de 53 ans (passé par PSA Peugeot Citroën et ancien directeur de l'usine Toyota d'Onnaing) est devenu le directeur des opérations industrielles de cette nouvelle filiale dédiée au véhicule électrique et au logiciel. Il explique ce que change l'arrivée de la nouvelle Renault 5, assemblée à Douai (dont le moteur est, lui, produit à Cléon, en Seine-Maritime).
L'Usine Nouvelle - Que représente pour vous cette première mondiale de la R5 à Genève ?
Luciano Biondo - Je pense que c’est une pierre de plus à la «Renaulution». La R5, c’est un peu «l’icône des icônes». Et ça y est, l’ensemble des salariés de Renault et d’Ampere Electricity peuvent la voir. Moi, je l’ai vue en photo en maquette il y a trois ans. J’ai hâte que le public découvre cette voiture, qu’on a envie de partager. Parce qu’elle a une gueule d’enfer !
Vous parlez de voir la R5 arriver dans les usines. Aujourd’hui, à Douai, vous avez la Megane e-tech, la Scenic qui arrive puis la R5 et un modèle de Nissan. Qu’est-ce que ces nouvelles voitures changent dans les ateliers ?
Maubeuge et Douai ont une capacité installée de 650 000 véhicules par an avec des effectifs pour faire 450 000 voitures. Douai, en 2020, tournait à 10% de sa capacité de production. Pour les salariés du Nord, avec ces véhicules, c’est le «reborn», une renaissance.
Pour la petite histoire, quand il y a 50 ans on a démarré l’usine de Douai, la première voiture que nous produisions c’était la Renault 5. Aujourd’hui, avec Renault 5, la 4L, Scenic, Megane, une prochaine Nissan… c’est le retour à une usine remplie ! Un retour aux années qui ont fait le succès de Douai avec Renault 19 ou Scenic. Vous imaginez l’émotion, la confiance en l’avenir pour l’ensemble des salariés à travers la R5.
En 2022, vous avez investi 550 millions d’euros pour moderniser la ligne d’assemblage de Douai. Ampère communique que 80% des investissements pour ses quatre premiers véhicules ont déjà été réalisés. Quelles sont les dernières grosses dépenses à réaliser ?
Nous avons très peu de dépenses à venir, sauf pour quelques adaptations simples comme mettre un capot différent sur une R5 par exemple. Il nous reste encore un certain nombre d’investissements à réaliser pour passer à une capacité de 600 000 véhicules par an, mais c’est marginal par rapport aux investissements déjà effectués.
La Renault 5 démarre à peine, mais vous pensez déjà à la suite. Vous visez 40% de réduction des coûts entre la première et la deuxième génération de véhicule électrique qui arrivera en 2027-2028. Les gains vont venir essentiellement du groupe motopropulseur et des plateformes communes, mais aussi de l’excellence opérationnelle dans les usines, avec un objectif de réduction de 50% des coûts de production. Avez-vous des exemples concrets de ce que vous voulez mettre en place ?
On a développé l’écosystème ElectriCity avec l’ambition d’avoir 75% de nos fournisseurs dans un rayon de 300 kilomètres. On a eu l’idée de compacter de 144 hectares le site de Douai pour installer des composants de la voiture électrique, et idéalement la batterie, une pièce stratégique. A 100 mètres de la ligne de montage, l’usine d’Envision produira les batteries de la Renault 5 (dès l'été 2025, NDLR). Le carter du pack batterie composé de 30 kilos d’aluminium, qui venait de Serville (Eure-et-Loir), est désormais fabriqué à Ruitz dans une filiale commune avec Minth.
On continue à travailler pour réduire les déplacements logistiques. Par exemple, jusqu’en juillet 2023, nous avions des pièces qui provenaient de différents fournisseurs. Elles arrivaient sur une plateforme logistique, et ensuite cette plateforme livrait l’usine de Douai. Depuis le 1er septembre, ça arrive directement à l’usine de Douai, pour gagner en efficience.
Le deuxième travail, c’est de faire bon du premier coup. On doit parvenir à faire en sorte que 95, 96, 97% des voitures soient bonnes du premier coup, sans retouche ou rebut. Ça amène naturellement un niveau de performance.
En quoi votre rôle a changé depuis que vous êtes directeur des opérations industrielles d’Ampere ?
Je travaille toujours avec les mêmes personnes dans les différentes fonctions du groupe : l’ingénierie véhicule, l’ingénierie de production, les achats… Mais tout va plus vite, parce qu’on a les mêmes objectifs. Ampere est spécialisée dans le véhicule électrique et le logiciel. Donc tout le monde pense véhicule électrique et logiciel du matin au soir. C’est vrai pour l’ingénierie, les programmes de production, les batteries, les composants pour la voiture électrique… ça va nous permettre de gagner du temps dans la phase de conception et d'industrialisation.



