Avec le Covid-19, les producteurs de plastique ont traversé la 3e crise de leur histoire

Fait rare, la production de résines vierges a baissé en 2020. Le monde a produit 1 million de tonnes de plastiques de moins qu'en 2019, a notamment annoncé PlasticsEurope le 10 juin à Paris. L'association de producteurs a détaillé l'ampleur de la reprise par secteur, ainsi que l'impact des nouvelles contraintes réglementaires sur l'investissement dans des unités de recyclage.

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Eric Quenet PlasticsEurope conférence de presse du 10 juin 2021
Producteur d'un quart du plastique mondial en 2010, la Chine en fournit désormais le tiers. Sa production a doublé en dix ans, passant de 64 Mt en 2010 à 117 Mt en 2020, a indiqué Eric Quenet, le Directeur général de PlasticsEurope en France.

Après la crise pétrolière de 1973 et la crise des subprimes de 2008, les fabricants de plastiques ont fait face, l’an dernier, au troisième fléchissement historique de leur production. Cette dernière a diminué de 0,3%. "367 millions de tonnes de polymères ont été produits", a annoncé Eric Quenet, directeur général de PlasticsEurope en France, l’association des fabricants de polymères, lors de la présentation à la presse des chiffres 2020. En Asie, où se concentre désormais plus de la moitié de la production mondiale, la Chine confirme sa première place de pays producteur avec 32% du volume (près de 120 millions de tonnes). L’écart se creuse avec les autres régions du monde. Sur la même période, l’Amérique du nord a réalisé 19% de la production et l’Europe 15%. En 2010, les 265 millions de tonnes de matières produites provenaient à 24% de la Chine, 20% d’outre-Atlantique et 21% d'Europe.

La Chine, plus gros producteur et principal gagnant de la crise

Premier producteur de polymères, la Chine est également un grand consommateur. "Le pays est la seule économie majeure à avoir enregistré une croissance de son PIB", indique Eric Quenet. Résilient, avec une reprise plus précoce que les autres nations, l’empire du Milieu a dû importer des matières d’Amérique du nord et du Moyen-Orient pour soutenir sa relance quand la plupart des pays avaient des activités réduites. Elle a pu aussi compter sur l’Europe et ses résines de spécialités. Le pays a fait l’objet d’une attention particulière des producteurs nord-américains et moyen-orientaux, qui ont pu écouler leurs matières au meilleur prix.

En France, après les hausses, les prix bientôt à la baisse

L’an dernier, en France, la production a baissé de 11%, selon une estimation de PlasticsEurope. En fin d’année, la réduction des importations et des stocks, ajoutée à une multiplication des cas de force majeure chez les producteurs dans le monde, a engendré une hausse des prix, a expliqué Eric Quenet. Il a confirmé que la hausse de la moyenne de l’ensemble des prix des polymères s’était traduite par une hausse de 8% entre la fin 2020 et le début de cette année. Cette tendance devrait évoluer à court terme, après les arrêts programmés et le retour des importations.

Automobile, construction, emballage... Plus ou moins touchés

La baisse de la demande est un autre effet de la crise. Fortement affectée par les effets des confinements successifs, la consommation des plasturgistes est passée de 4,8 millions à 4,5 millions de tonnes entre 2019 et 2020. C’est 9,3% de la demande européenne. Avec une baisse de 28% de la consommation de plastiques, l’automobile est le secteur le plus touché. A l’opposé, la construction et l’emballage ont limité la casse. Le premier enregistre une baisse de 4%. Le second, dont les produits ont été largement consommés pour des raisons sanitaires, marque un recul de 6,9 %, essentiellement dans les applications industrielles et commerciales.

Après le rebond du dernier semestre 2020, la reprise se vérifie depuis le début de l’année. A l’exception de l’automobile, dont la demande reste inférieure de 9% par rapport aux quatre derniers mois de l’an dernier, estime PlasticsEurope. Les autres secteurs confirment une reprise générale amorcée en septembre dernier : +7% pour l’emballage, +1% pour les produits électroniques et autant pour la construction.

7,2 milliards d’euros d’investissement dans le recyclage chimique d’ici 2030

L’avenir des fabricants de plastique ne se limite pas à la production de polymères vierges. Eric Quenet a rappelé l’enveloppe de 7,2 milliards d’euros que les producteurs injecteront d’ici 2030 dans les différentes technologies de recyclage chimique. L’enjeu est de taille, alors que de nombreuses industries se sont vu ou se verront bientôt fixer des contraintes réglementaires d'intégration de plastique recyclé. Avec ces investissements, les pétrochimistes annoncent une production de 1,2 million de tonnes par an d’ici à 2025 et de 3,4 millions de tonnes d’ici 2030.

Mais attention aux contradictions, alerte le directeur de PlasticsEurope, en référence aux projets d'interdiction "de catégories entières d’emballages". "Il ne faut pas décourager nos membres à l’heure où ils sont pleinement engagés dans l’économie circulaire des plastiques, tant en Europe qu’en France. Il est impératif que soient garantis les approvisionnements des unités de recyclage chimique dans lesquelles ils investissent massivement".

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